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ISBN 978-2-37705-068-0

Décembre 2016

64 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

Vous en verrez de toutes les couleurs !

Comédie à sketchs (de 2 à 4 personnages par saynète)

 

 

 

 

 

 

 

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1 – En couleurs

Un personnage attend. Un autre arrive avec un bébé emmailloté.

Un – Félicitation ! C’est une fille.

Deux – C’est merveilleux.

Elle prend l’enfant.

Un – Et vous allez l’appeler comment ?

Deux – J’ai hésité entre Clémentine et Prune, et puis finalement, je me suis décidée pour Violette.

Un – Violette... C’est... C’est très joli.

Deux – C’était le nom de ma grand-mère...

Un – Ah, oui... (Il ouvre un dossier) Bon... Et bien je crois que tout est en ordre.

Deux – Alors je peux le ramener à la maison ?

Un – Mais bien sûr, il est à vous. (Il sort un papier du dossier et lui tend) Tenez, voici le certificat de garantie.

Deux – Merci...

Un – Si vous avez le moindre souci, n’hésitez pas à nous le rapporter. Notre service après vente est réputé dans le monde entier. En cas de problème bien improbable, rassurez-vous, nous pourrons procéder à un échange standard.

Deux – J’espère bien que nous n’en n’arriverons pas là... Je crois que je commence déjà à m’attacher à celui-ci...

Un – Bien sûr, bien sûr... (Il jette un dernier regard au dossier) Mais... je vois que vous n’avez pas choisi l’option « vision en couleurs »... C’est un oubli de votre part, ou bien...?

Deux – Vision en couleurs ?

Un – Et bien oui... Pour que votre enfant puisse percevoir le monde avec toutes les merveilleuses couleurs dont Dieu l’a pourvu...

Deux – Je... Je suis vraiment désolée... Je ne savais pas que c’était en option...

Un – Ce n’est pas une cécité absolue... Je veux dire, ce n’est pas une nécessité absolue, mais évidemment, c’est un plus très appréciable. Nous vous proposons différents niveaux de qualité, en fonction du nombre de pixels. Selon le prix de l’abonnement, bien sûr...

Deux – Ah parce que c’est un abonnement...

Un – Hélas, en ce bas monde, rien n’est vraiment définitif, n’est-ce pas ? Mais je vous assure que la version premium est absolument fantastique.

Deux – Du temps de ma mère, la couleur n’était pas en option...

Un – Autrefois, en effet, le modèle de base était équipé de la vision en couleurs. Malheureusement, comme vous le savez, la crise est passée par là...

Deux – Oui... Aujourd’hui, tout se paie.

Un – Fort heureusement, la 3D fait encore partie des équipements d’origine.

Deux – La 3D ?

Un – Pour ce qui est de la couleur, iI est encore temps de réparer cet oubli. Un petit retour à la maternité, un coup de bistouri électronique, deux injections transgéniques, et nos techniciens médicaux permettront à cette merveilleuse enfant de voir la vie en couleurs...

Deux – Malheureusement, je crains que ce ne soit impossible pour l’instant. Nous n’avions pas prévu ça dans notre budget, et...

Un – Je comprends... Hélas, tous les bébés qui naissent aujourd’hui n’ont pas la chance d’avoir des parents fortunés.

Deux – Et avec ces complémentaires santé qui ne remboursent plus rien.

Un – Allons ce n’est pas si grave... Cet enfant se contentera de voir le monde en noir et blanc pour l’instant, voilà tout... Et quand vous aurez pu faire quelques économies... Sachez que cette option peut être ajoutée à n’importe quel moment de sa vie. Un Noël, un anniversaire, une bar-mitsva... Voilà un cadeau tout trouvé pour votre chère Violette !

Deux – Très bien, je vais y réfléchir.

Elle s’apprête à partir avec le bébé.

Un – N’oubliez pas non plus que si vous le souhaitez, notre service financier peut vous proposer un petit crédit sur quinze ou vingt ans...

Noir

2 – Voter blanc

Deux personnages regardent une affiche imaginaire.

Un – Blanc... Drôle de nom...

Deux – Ça inspire confiance. Blanc... Ça fait penser à une marque de lessive...

Un – Mais quand on se présente aux élections... Votez Blanc... Comme slogan pour se faire élire, y a mieux...

Deux – En même temps, comme il n'a pas de programme très défini...

Un – Tu crois qu'il peut être élu...

Deux – Il incarne parfaitement les aspirations de la majorité silencieuse. Il mobilisera les abstentionnistes. Et puis il a la tête de Monsieur Toutlemonde. Les gens se reconnaissent en lui. Ça les rassure.

Un – Mais qu'est-ce qu'il va faire, s'il arrive au pouvoir ?

Deux – Ah, ça, il a clairement annoncé la couleur. Rien ! Et il a juré que cette fois, les promesses électorales seront tenues.

Un – Mais alors pourquoi il se présente, exactement ?

Deux – Pour faire triompher ses idées !

Un – Ses idées...?

Deux – Il milite depuis des années pour que le vote blanc soit reconnu comme un vote à part entière... Comme il n'a pas obtenu satisfaction, il a décidé de se présenter lui-même... C'est vrai que c'est assez courageux. Au moins, il va au bout de sa démarche...

Un – Et toi, qu'est-ce que t'en penses ?

Deux – Je suis partagé...

Un – Tu vas t'abstenir ?

Deux – C'est ce que je fais depuis des années, mais là... Ce serait une façon de cautionner ses idées... Non, je suis encore indécis...

Un – Je suis un peu du même avis que toi... Aujourd'hui, quand on a des vraies convictions... C'est difficile de pas être récupéré...

Noir

3 – La vie en rose

Un personnage arrive et se plante devant un autre qui est déjà là.

Un – Docteur, je n’en peux plus. Il faut absolument que vous m’aidiez.

Deux – Je vous écoute...

Un – Eh bien voilà... Je ne sais pas comment vous dire ça... Depuis quelque temps déjà... Je vois la vie en rose.

Deux – Ah... Ce n’est pas banal, en effet. D’habitude, les gens viennent plutôt me consulter parce qu’ils voient tout en noir.

Un – Non mais dans mon cas, Docteur, ce n’est pas seulement une façon de parler, je vous assure. Je vois vraiment tout en rose.

Deux – Voyez-vous ça...

Un – Ma maison est rose, ma voiture est rose, ma femme  est rose, mon chien est rose...

Deux – D’accord... Mais dites-moi, Monsieur...

Un – Moineau... Oui, je sais, c’est cocasse... Je veux dire à cause de Piaf.

Deux – Piaf ?

Un – Vous savez bien... La Vie en Rose...

Deux – Ah oui, bien sûr... Et... vous avez un lien de parenté avec...

Un – Aucun. Vous pensez que ça pourrait avoir un rapport ?

Deux – Mon Dieu, ça dépend... Vous pensez que ça pourrait avoir un rapport ?

Un – Non, mais moi, Docteur, ce n’est pas seulement quand elle me prend dans ses bras, et qu’elle me parle tout bas, que je vois la vie en rose. C’est permanent, vous comprenez ?

Deux – Je comprends... Et... Vous prenez des médicaments en ce moment, Monsieur Moineau ?

Un – Non... Aucun...

Deux – Pardon de vous demander ça, mais... Pas de substances hallucinogènes ?

Un – Rien, je vous assure... Pour plus de sécurité, j’ai même arrêté le vin. Surtout le rosé, évidemment... Mais rien n’y fait.

Deux – C’est curieux, en effet... Et donc... Ça vous gêne.

Un – Évidemment, que ça me gêne ! C’est très handicapant, vous ne vous rendez pas compte ! Ça peut même dangereux ! Tenez, par exemple : je suis en voiture, j’arrive à un feu tricolore. Pour moi tous les feux sont roses ! Alors qu’est-ce que je fais ? Je m’arrête, et je me fais klaxonner ? Je passe, et je me fais verbaliser ?

Deux – Je vois...

Un – Vous m’imaginez en train d’expliquer aux flics : Excusez-moi, je suis passé au rose ?

Deux – Je comprends...

Un – Et puis voir la vie en rose, ça va cinq minutes... Mais au bout d’un moment, c’est très monotone...

Deux – Et ce qui est monotone peut vite devenir très déprimant.

Un – Vous, quand vous allez au cinéma, c’est pour voir un film en couleur, non ? Moi je ne vois que du rose.

Deux – Vous avez essayé les films en noir et blanc ?

Un – Oui... Pour moi, c’est du rose clair et du rose foncé.

Deux – Je vois... Et avec des lunettes noires ?

Un – Du rose à travers des lunettes noires.

Deux – Je vois...

Un – Vous pourriez arrêter de dire je vois ? Ça m’énerve, vous voyez ?

Deux – Pardon...

Un – Je vois bien que vous ne voyez rien du tout !

Deux – La médecine n’a pas encore réponse à tout, malheureusement. Et je dois reconnaître en effet que... Il doit s’agir d’une maladie orpheline...

Un – Une maladie orpheline ?

Deux – Une de ces maladies génétiques dont personne n’a rien à branler parce qu’elle n’affecte qu’une ou deux personnes dans le monde.

Un – Merci de me remonter le moral, Docteur, ça m’aide beaucoup.

Deux – Allez, il ne faut pas voir tout en noir... Pardon, je veux dire... Vous avez déjà pensé au suicide ?

Un – Vous croyez que c’est la seule solution qui me reste ?

Deux – Excusez-moi, ce n’est pas du tout ce que je voulais dire, mais... Si vous avez des idées noires... Je peux vous prescrire un antidépresseur.

Un – Mouais... Et un arrêt maladie ?

Deux – Vous pensez que...

Un – Un peu de repos, ça n’a jamais fait de mal à personne, pas vrai ?

Deux – Vous avez l’impression d’être surmené ?

Un – Maintenant que vous me le dites, Docteur, c’est vrai que... Je suis à la limite du burn out.

Deux – Je vois... Et à votre avis, il vous faudrait combien ? Je veux dire pour ne plus voir la vie en rose...

Un – Je ne sais pas, moi... Une semaine, vous pensez que c’est suffisant ?

Deux – Mon Dieu, dans votre cas...

Un – Bon, puisque vous insistez, disons un mois, ce sera plus prudent.

Deux (rédigeant l'arrêt de travail) – Va pour quatre semaines, alors.

Un – Ce n’est pas que ça m’amuse, mais... Je pense que ça va me faire du bien, vous ne croyez pas ?

Deux – Revenez me voir en rentrant de vacances, et on verra bien si votre état s’est amélioré.

Un – Je vous enverrai une carte postale, c’est promis.

Deux – Et pour les antidépresseurs, qu’est-ce qu’on fait ? Vous savez, on peut très bien voir la vie en rose et avoir des idées noires.

Un – Merci, mais je crois que je vais essayer de m’en passer. Il paraît que la France est le pays au monde qui consomme le plus d’antidépresseurs. Je ne voudrais pas contribuer à creuser un peu plus le déficit de la Sécu.

Deux – Ce civisme vous honore, cher Monsieur.  (Il lui tend son arrêt de travail, mais le laisse tomber par terre) Pardon... (Il ramasse la feuille et se relève). Bon, alors... Bonnes vacances, Monsieur Moineau.

Un – Merci beaucoup Docteur. Rien que de vous avoir parlé, il me semble que ça va déjà mieux.

Le médecin hésite à nouveau à lui tendre l’ordonnance, que l’autre a hâte de saisir.

Deux – Vous ne voyez plus la vie en rose ?

Un – Si... Mais maintenant, au moins, je sais pourquoi...

Deux – Une dernière petite question, Monsieur  Moineau... Vous partez où, en vacances ?

Un – Toulouse. Je suis né là-bas. J’ai été muté à Paris, mais je n’arrive pas à m’y faire. Je suis comme les oiseaux migrateurs : l’hiver, il faut que je m’envole vers le Sud.

Deux – Toulouse...

Le médecin reprend l’ordonnance.

Un – Il y a un problème ?

Deux – Toulouse, la ville rose... (Il déchire l’ordonnance). Je suis vraiment désolé, Monsieur  Moineau, mais franchement, dans votre cas, ça me semble tout à fait contre-indiqué...

Noir

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