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Pour inciter un ministre à signer un gros contrat lors d’un dîner, un PDG a engagé une escorte. Mais la fille en question ne fait que remplacer une amie, qui ne lui a parlé que d’un travail d’hôtesse. Elle pense servir les plats alors qu’elle figure au menu…

ISBN 979-10-90908-71-0

Octobre 2016

62 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

Traduction disponible en espagnol.

 

 

 

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Un salon bourgeois. Des fleurs sur un guéridon. Un tableau contre un mur. Une table dressée pour trois. Un portable oublié quelque part sonne. Un homme arrive en caleçon et chemise, en train de nouer sa cravate. Il saisit le portable et répond.

PDG – Oui, Jérôme… Non, sa directrice de cabinet vient de m’appeler, il est toujours à Matignon, il ne sera pas là avant une demi-heure. Heureusement, je suis encore en calbute. J’espère que ce n’est pas un mauvais présage. Pourquoi ? Mais parce que si on n’arrive pas à lui faire signer ce putain de contrat ce soir, c’est comme ça qu’on finira tous les deux, mon vieux : en calbute ! Moi, le PDG, et vous le Directeur Général. Qu’est-ce que vous voulez, c’est la crise, et les actionnaires veulent toujours une croissance de leurs dividendes à deux chiffres ! Vous vous êtes bien occupé de la fille ? Elle devrait déjà être là, je ne sais pas ce qu’elle fout. Il faut quand même que j’aie le temps de la briefer un peu avant que le ministre arrive… Oui, un sacré chaud lapin, à ce qu’on dit. C’est pour ça que j’ai repensé à votre idée d’escorte pour lui tenir le stylo… Le stylo ! Pour signer le contrat ! Je reconnais qu’au début, je n’étais pas très pour. Mais depuis que j’ai vu votre… Annabelle à l’œuvre. Super classe ! Pas du tout le genre stripteaseuse vulgaire pour enterrement de vie de garçon bon marché, si vous voyez ce que je veux dire… C’est capital. Le ministre ne doit absolument pas se douter que c’est une professionnelle. Parce que figurez-vous qu’en plus, ce vieil obsédé se prend pour un grand séducteur ! Non, il faut que tout ça ait l’air parfaitement naturel... Qu’il ait l’impression que c’est son charme qui a encore opéré… Mais bon, je la sens bien, cette fille… Vous vous souvenez quand vous avez loué ses services pour l’arbre de Noël de la société ? Histoire de pimenter le réveillon du délégué CGT qui nous menaçait d’une grève pour le nouvel an… Eh ben vous allez rire, mais quand j’ai vu cette fille à côté de vous en arrivant, j’ai cru que c’était votre femme… Et c’est votre femme que j’ai prise pour une pute ! Enfin, vous savez ce que c’est, pendant ces fêtes de fin d’année... Toutes les femmes se croient obligées de s’habiller en sapin de Noël ou en putes. (Un bruit de sonnette se fait entendre) Excusez-moi une minute, il faut que j’aille ouvrir la porte. Ça doit être elle…

Le PDG, toujours en caleçon, va ouvrir la porte.

Hôtesse – Monsieur Martin Puig ?

PDG – Oui…

Hôtesse – Emmanuelle… Je suis envoyée par l’agence.

PDG – Emmanuelle ? Mais… c’est Annabelle que j’attendais. Et vous ne lui ressemblez pas du tout… Annabelle était beaucoup plus… Enfin beaucoup moins…

Hôtesse – Annabelle m’a priée de l’excuser auprès de vous. Elle a eu… un petit empêchement. C’est moi qui la remplace…

PDG – Qui la remplace ?

Hôtesse – Je suis très expérimentée aussi, je vous assure…

PDG – Ah, oui, mais… Ce n’est pas du tout ça qui était prévu… Et puis j’avais dit classe, pas… sortie de classe…

Hôtesse – C’est à dire que…

PDG – Bon, entrez, ne restez pas là, on va voir ça…

La fille entre. Jeune et jolie, mais habillée façon étudiante d’une école de bonnes sœurs (duffle coat, chemisier blanc, jupe écossaise, chaussettes montantes et souliers vernis).

Hôtesse – Merci…

PDG (reprenant son portable) – Jérôme ? Oh, putain, ça commence bien : l’agence ne m’a pas envoyé la fille que j’avais commandée… Mais qu’est-ce que vous avez branlé, bordel ? À quoi ressemble celle-là… ? (Martin détaille la fille de la tête au pied avec un air navré). Comment dire… ? (À la fille) Vous m’excusez une minute… (Il commence à s’éloigner vers la pièce de laquelle il était précédemment sorti) Écoutez, c’est la cata… (Plus bas) Même avec beaucoup d’imagination et un esprit très pervers, j’ai du mal à penser qu’on puisse signer un contrat de trois milliards d’euros dans le seul espoir de passer une nuit avec une gourde pareille… Elle a l’air de sortir d’un pensionnat de bonnes sœurs…

Il sort. La fille reste seule, un peu déstabilisée, et jette un regard circulaire sur le salon. Son portable sonne et elle répond.

Hôtesse – Oui… ? Ah, Isabelle ! Oui, oui, je viens d’arriver. Mais j’ai à peine eu le temps de lui parler, en fait… Écoute, je ne comprends pas très bien… En me voyant, il avait l’air super déçu… Genre le mec qui a commandé une Margherita avec un supplément de piment et à qui on livre une végétarienne sans sel… Sauf que j’avais l’impression d’être la pizza… Je te jure, c’était très bizarre… Tu es vraiment sûre que tu ne peux pas te libérer ? Ah, d’accord… Donc, tu as pris deux engagements pour la même soirée... Oui, ça arrive… Non, évidemment, tu ne peux pas te couper en deux… Dis donc, ça a l’air plutôt sélect, ici. Mais c’est qui, ce type, exactement ? Le groupe de travaux publics ? Ah, oui, quand même… Et tu crois vraiment que je… Non, non, ne t’inquiète pas, j’y suis, j’y reste… Mais c’est vraiment pour te rendre service, hein ? Oui, Isabelle, aussi pour commencer à te rembourser les trois mois de colocation que je te dois… Au fait, je ne sais pas pourquoi, mais il tient absolument à t’appeler Annabelle ? Ah, oui ? Je ne savais pas qu’il fallait un pseudo pour servir des petits fours… Je t’avoue que je n’ai pas l’habitude de jouer les soubrettes, mais bon… Oui, les hôtesses, si tu préfères… D’ailleurs, quand je lui ai dit que j’étais très expérimentée, il n’a pas eu l’air de me croire. À mon avis, dès le premier coup d’œil, il a bien vu que je n’avais jamais fait ça de ma vie… Il a fait une réflexion sur ma tenue, aussi… Je ne comprends pas… Tu m’avais demandé de venir habillée normalement… Une tenue classique, mais soignée… C’est ce que j’ai fait… Mais je pensais qu’ils allaient me fournir un costume d’hôtesse, comme au Salon de l’Agriculture… Il n’y a pas de costume d’hôtesse ? Excuse-moi, le voilà qui revient…

Retour du PDG, cette fois habillé.

PDG – Bon… Ça ne fait rien, il va bien falloir faire avec, parce qu’on n’a plus le temps, là. (Il la détaille à nouveau) Et puis finalement, votre côté nunuche devrait très bien faire l’affaire. C’est vrai que c’est très réaliste, hein ? Bravo ! On ne croirait pas du tout que vous êtes… Enfin, vous voyez ce que je veux dire... Bon, alors je vous explique le topo, vite fait. Voilà, je suis Martin Puig, PDG du groupe de Bâtiment et Travaux Publics Delapierre.

Hôtesse – Ah, oui ! C’est quand même le premier groupe de BTP en France. (Récitant le slogan de l’entreprise) Investissez dans l’avenir, investissez dans Delapierre !

PDG – Très bien… Je vois qu’on exige aussi de vous un bon niveau de culture générale… Comme ça on gagne du temps en explications… Donc, je reçois à dîner ce soir une personnalité politique avec qui nous devons signer un très gros contrat, que voici (Il lui montre le contrat). C’est le Ministre des Transports…

Hôtesse (surprise) – Jean-François Knock ?

PDG – Plus connu sous le nom de JFK.

Hôtesse – Parce que la presse le présente comme le favori aux prochaines présidentielles…

PDG – C’est sûr que pour le reste, il n’a pas vraiment le physique de John Fitzgerald Kennedy. Mais heureusement pour nous, comme Kennedy, JFK est un homme à femmes. Vous n’avez qu’à vous dire que vous êtes Marilyn Monroe… Même si vous non plus, vous n’avez pas vraiment le physique de Marilyn, hein ?

Hôtesse – Non…

PDG – Pour plus de discrétion, j’ai organisé cette petite sauterie chez moi. Ce n’est pas que ça m’arrange vraiment, comme vous pouvez l’imaginer. Mais dans les grands hôtels, pour la discrétion, vous savez ce que c’est…

Hôtesse – Oui… Enfin non…

PDG – Aujourd’hui, dans la presse, on voit un ministre sortir du Sofitel ou du Carlton, c’est pire que si on l’avait pris en photo à la sortie d’un hôtel de passe rue Saint Denis.

Hôtesse – Ah, oui…

PDG – Donc, je profite de ce que ma femme est allée voir sa mère pour quelques jours à Bordeaux…

Hôtesse – Mmm…

PDG – Je préfère autant qu’elle ne soit au courant de rien… Comme elle est très jalouse…

Hôtesse – Bien sûr…

PDG – Bref… Vous êtes ici pour… mettre le ministre dans les meilleures conditions possibles afin qu'il signe ce contrat avec nous plutôt qu’avec notre principal concurrent… C’est clair ?

Hôtesse – Euh, oui…

Le PDG, un peu embarrassé, sort une liasse de billets de sa poche et lui tend.

PDG – Voilà… La moitié de la somme dont nous avons convenu avec Annabelle… Le reste… à la livraison.

Hôtesse (prenant l’argent) – La livraison ?

 

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