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Patrick est dans un coma profond suite à un accident. Ses proches depuis longtemps perdus de vue sont appelés à son chevet pour statuer sur son sort. Cette décision est d’autant plus difficile que le patient s’avère détenteur d’un secret qui pourrait rapporter gros...

ISBN 978-2-37705-007-9

Octobre 2016

64 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

Traduction disponible en espagnol.

 

 

 

 

 

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Une chambre d’hôpital. Sur un lit à roulettes repose le corps d’un patient en position inclinée, relié à un goutte à goutte ainsi qu’à de multiples appareillages électriques. Son visage est couvert d’un drap. Ce rôle n’étant que de figuration, le patient sera un mannequin. Le Docteur Mahler (homme ou femme) et Mademoiselle (ou éventuellement Monsieur) Lajoie, son infirmière (ou infirmier) entrent, tous deux en blouses blanches.

Mahler– Il fait une chaleur, dans ces hôpitaux. Ça donne envie d’ouvrir une clinique privée rien que pour avoir la clim.

Lajoie – Et après on s’étonne que les microbes prolifèrent.

Mahler – On nous rebat les oreilles avec le déficit de la Sécurité Sociale. Si on commençait déjà par arrêter le chauffage en été dans les hôpitaux publics, on réduirait déjà notre facture de fioul.

Lajoie – Et on ralentirait aussi la propagation des maladies nosocomiales, Docteur Mahler (prononcer Malheur).

Mahler – D’ailleurs, je me demande si je ne couve pas un petit staphylocoque doré, moi. À moins qu’il ne s’agisse d’une maladie tropicale. En tout cas vous, Mademoiselle Lajoie, vous avez une mine resplendissante.

Lajoie – Merci Docteur. C’est la carotène. Je ne suis pas trop orange au moins ?

Mahler – Mais non, mon lapin. Alors, qu’est-ce qu’on a   aujourd’hui ?

Elle lui tend un dossier médical.

Lajoie – Patrick Mariani, quarante ans. Le patient est dans un coma profond suite à un accident de Velib.

Le médecin jette un regard au dossier.

Mahler – Le port du casque, en vélo, ça devrait être obligatoire.

Lajoie – Dans le cas présent, la victime portait bien un casque. Malheureusement, cela n’a pas suffit. Il a percuté un bus de plein fouet.

L’infirmière relève le drap et on découvre que la tête du patient est couverte d’un casque intégral.

Mahler – Mais ici, il ne risque plus rien, à part tomber de son lit. Pourquoi ne lui a-t-on pas retiré son casque ?

Lajoie – C’est tellement en vrac là-dedans… On n’a pas osé lui enlever de crainte que le cerveau ne se répande sur l’oreiller.

Mahler – J’en conclus qu’il y a peu de chance pour qu’il se réveille prochainement...

Lajoie – Arrêt respiratoire ayant probablement entraîné un manque d’oxygénation du cerveau.

Le médecin regarde à nouveau le dossier.

Mahler – Je vois… Encéphalogramme plat. Mort cérébrale apparente. Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux abréger ses souffrances tout de suite ?

Lajoie – C’est vrai que ça libérerait un lit, mais…

Mahler – Vous avez raison, il vaudrait mieux consulter les proches avant. La famille a été prévenue ?

Lajoie – Oui, ils ne devraient pas tarder.

Mahler – Parfait.

Lajoie – Pas d’autres recommandations au sujet de ce patient, Docteur ?

Mahler – Laissez-moi réfléchir… Veillez à laisser la visière du casque bien fermée pour éviter que les mouches ne puissent entrer à l’intérieur.

Lajoie – Vous êtes impayable, Docteur Mahler…

Mahler – Impayable, c’est le mot ! C’est pourquoi je vais bientôt opter pour la médecine à deux vitesses, ma chère. Le public n’a plus les moyens de rémunérer mon talent à sa juste valeur… Ça vous dirait de me suivre dans ma nouvelle clinique, si j’avais besoin d’une bonne infirmière en chef ?

Lajoie – Je vous suivrais jusqu’au bout du monde, Docteur Mahler... Même dans un dispensaire gratuit au fin fond de l’Afrique. Alors pourquoi pas dans une clinique bien climatisée à Neuilly ?

Mahler – Je sens que nous allons faire de grandes choses ensemble, Mademoiselle Lajoie… Il ne me reste plus qu’à trouver quelques généreux donateurs pour rassembler les fonds nécessaires à la réalisation de mon projet !

Lajoie – J’ai peut-être une idée à ce sujet…

Mahler – Vraiment ? Vous êtes merveilleuse, Mademoiselle Lajoie.

Elle replace le drap sur le casque intégral.

Mahler – Mais pourquoi est-ce que vous lui couvrez la tête avec ce drap ? Tout à l’heure, j’ai cru qu’il était déjà mort…

Lajoie – Parfois, il ouvre les yeux. Ça doit être nerveux. C’est pour le protéger de la lumière…

Mahler – C’est vrai que ces néons, c’est très agressif… Dans notre clinique, je ferai installer une lumière d’ambiance. C’est beaucoup plus agréable.

Lajoie – Surtout pour ces pauvres gens en fin de vie.

Mahler – Rassurez-vous, ma clinique n’accueillera que des patients solvables et en parfaite santé. Je pense plutôt me recycler dans la chirurgie esthétique…

Lajoie – Les gens riches aussi ont le droit qu’on s’occupe un peu de leurs petits défauts… Moi même, je sais bien que je ne suis pas tout à fait parfaite. Qu’est-ce que vous pensez de ma poitrine, Docteur ?

Ils commencent à partir.

Mahler – Le plus grand bien, Mademoiselle Lajoie. Le plus grand bien. Mais si vous le souhaitez, je regarderai cela de plus près tout à l’heure, n’est-ce pas ? Patient suivant ?

Lajoie – Un SDF que le Samu Social a retrouvé dans la rue cette nuit en coma éthylique. Lui non plus, il n’y a guère de chance pour qu’il se réveille maintenant.

Mahler – Avec la chaleur qu’il fait ici, il ne faudrait pas le garder trop longtemps, sinon ça ne va pas tarder à sentir… Il ne reste pas une petite place dans le congélateur à la cuisine ? Au moins, lui, il serait au frais…

Lajoie – Vous allez me faire mourir de rire, Docteur ! Avec vous, au moins, on ne s’ennuie pas…

Mahler – Avec le métier qu’on fait, il faut bien rigoler un peu…

Ils quittent la chambre.

Aussitôt après, Alban (ou éventuellement Albane selon les besoins de la distribution), un homme (ou une femme) au look bobo, entre dans la pièce, téléphone portable vissé sur l’oreille.

Alban – Écoute, je ne sais pas du tout. Je viens juste d’arriver à l’hôpital, mais je me suis trompé de chambre. Je suis tombé sur un pauvre type en hypothermie qui ne sentait pas très bon. Mais là ça y est, je suis devant lui…

Il aperçoit le patient sur son lit.

Alban – Et il n’a pas l’air d’aller très bien non plus, dis donc... Il y a des fils et des tuyaux partout… On dirait un transformateur électrique. Remarque, je ne suis pas  encore complètement sûr que c’est lui. Il y a un drap qui recouvre son visage… Oui, tu as raison, souvent ce n’est pas très bon signe… Enfin, le médecin ne va pas tarder à passer, j’en saurai un peu plus…

Louise, look bcbg, arrive à son tour.

Alban – Excuse-moi, je vais devoir te laisser. Ma sœur vient d’arriver. D’accord, je t’appelle quand j’ai du nouveau, mais ne m’attends pas pour déjeuner… Moi aussi, je t’embrasse…

Il range son portable et fait la bise à sa sœur.

Louise – Bonjour Alban.

Alban – Bonjour Louise.

Elle aperçoit le patient sur son lit recouvert d’un drap.

Louise – Oh mon Dieu ! Ne me dis pas que j’arrive trop tard… Il est mort ?

Alban – Je pense que s’il était mort, ils auraient débranché tout ça.

Louise – Tu es sûr que c’est lui, au moins ? J’ai commencé par me tromper de chambre…

Alban – Ah toi aussi ? Il faut dire qu’entre la chambre 13 et la 13 bis…

Louise – Espérons que ça lui portera chance quand même…

Alban – Quoi ?

Louise – Le numéro 13 !

Il regarde la feuille de soin accroché au pied du lit.

Alban – Patrick Mariani. Oui, c’est bien ça.

Louise – On pourrait peut-être lui enlever ce drap qu’il a sur la tête, non ?

Alban – C’est vrai que ça ressemble un peu à un suaire, mais bon… Je ne sais pas si…

Louise – Tu as raison. Il vaut mieux ne toucher à rien avant que la police arrive.

Alban – Tu veux dire le médecin…

Louise – Je l’ai croisé dans le couloir, il m’a dit qu’il venait tout de suite.

Alban – Quelle histoire… Ça fait tellement longtemps que je n’avais pas de ses nouvelles… Le retrouver aujourd’hui comme ça… Dans cet état… Et toi, ça va ?

Louise – Oui, oui, ça peut aller…

Silence embarrassé.

Alban – Tu habites toujours à Fontenay-sous-Bois ?

Louise – Je n’ai jamais habité à Fontenay-sous-Bois.

Alban – Sans blague ?

Louise – C’est Fontenay-aux-Roses

Alban – Ah oui, bien sûr…

Nouveau silence embarrassé.

Louise – Et toi, toujours dans la publicité ?

Alban – Je suis dans la finance.

Louise – Ah oui, c’est vrai…

Alban – Et Patrick, tu avais de ses nouvelles ?

Louise – Pas plus que toi… La dernière fois que je l’ai vu, c’est à l’enterrement de papa. Auquel tu n’es pas venu, si ma mémoire est bonne.

Alban – Un empêchement de dernière minute. Mais il faut bien reconnaître que dans la famille… on n’a jamais trop eu le sens de la famille.

Louise – C’est terrible… Décidément. Il n’aura jamais eu de chance.

Alban – Non… Pauvre Patrick… Déjà avec son prénom…

Louise – Quoi ?

Alban – Tu n’as jamais trouvé ça curieux qu’il s’appelle Patrick ?

Louise – Plein de gens s’appellent Patrick.

Alban – Pas des gens de notre milieu. Et pas des gens de son âge.

Louise – C’est vrai… Et à ma connaissance, on n’a aucun grand-père ou aucun oncle qui s’appelle Patrick.

Alban – Je ne sais pas… Il a peut-être été adopté…

Louise – Remarque, ça expliquerait pas mal de choses…

Alban – C’est vrai que ça a toujours été le vilain petit canard…

Louise – Oui… On ne peut pas dire qu’il nous ressemble beaucoup.

Alban – Il a un petit côté asiatique, non ?

Louise – Asiatique, tu crois ?

Alban – Non mais léger, hein.

Louise – Tu crois qu’il aurait été adopté, et qu’on lui aurait laissé son prénom d’origine ?

Alban – En même temps, des Chinois qui s’appellent Patrick…

Louise – Ah oui…

Alban – L’avantage, si finalement on n’était pas vraiment de la même famille, c’est que s’il avait besoin d’un rein, on ne serait pas compatible…

Louise – Oui…

Alban – Ah, tiens… Voilà le médecin, justement… (En aparté) Et vu son nom à lui, ça m’étonnerait qu’il soit porteur de bonnes nouvelles…

Le médecin et l’infirmière arrivent.

Mahler – Docteur Mahler (prononcé Malheur). Et voici mon infirmière, Mademoiselle Lajoie.

 

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