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Gérard et Josiane ont invité pour l’apéro un couple croisé dans un restaurant avec lequel ils ont vaguement sympathisé. Mais depuis tout le monde a eu le temps de dessaouler, et ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas grand chose à partager. La soirée s’annonce longue. À moins que…

ISBN 978-2-37705-031-4

Octobre 2016

56 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

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Un couple un peu bidochon dans le petit salon d’un appartement glauque. Un canapé crado et une table basse encombrée de vaisselle sale.

Gérard – Ils ne viendront pas.

Josiane semble écouter.

Josiane – Je n’avais jamais remarqué qu’on entendait le métro, d’ici. Tu avais remarqué toi ?

Gérard – Ils ne viendront pas, je te dis !

Josiane – Peut-être qu’avant, il faisait moins de bruit… Quand il était moins vieux…

Gérard – Tu leur as bien donné l’adresse, au moins ?

Josiane – Ou alors c’est moi qui entends mieux en vieillissant… D’habitude, c’est plutôt le contraire…

Gérard (plus fort) – Est-ce que tu leur as donné l’adresse ?

Josiane – Non mais ça ne va pas de crier comme ça, je ne suis pas sourde !

Gérard – Le métro…

Josiane – Oui, je leur ai noté l’adresse. Sur la nappe…

Gérard – Sur la nappe ?

Josiane – Un bout de nappe en papier ! Pour nous aussi, c’est la crise… Tu crois qu’on a encore les moyens de se payer des restos avec des nappes en tissu ?

Gérard – Ou alors, ils ont perdu l’adresse… Le bout de nappe est resté dans une poche, et il est passé à la machine à laver. Ça arrive souvent…

Josiane – Ah oui ? Et comment tu sais ça, toi ? Tu t’en sers souvent de la machine à laver ?

Gérard – Un bout de nappe, ça se perd très facilement.

Josiane tend à nouveau l’oreille.

Josiane – Encore un métro… Peut-être qu’ils sont dedans…

Gérard – On devrait se faire des cartes de visites…

Josiane – Des cartes de visite ?

Gérard – Maintenant, sur internet, pour quelques euros, tu as une centaine de cartes de visite.

Josiane – Qu’est-ce qu’on pourrait bien foutre avec cent cartes de visite ?

Gérard – C’est toujours mieux qu’un bout de nappe en papier…

Josiane – Et à qui on les donnerait tes centaines de cartes de visite ?

Gérard – Je ne sais pas, moi… Aux gens qu’on rencontre…

Josiane – Aux gens qu’on rencontre ? On ne rencontre jamais personne !

Gérard – Ben si, la preuve…

Josiane – Pour nous, une carte de visite tous les dix ans, ça suffirait largement…

Gérard – Ouais ben désolé, les cartes de visites, ça ne se commande pas à l’unité. C’est au minimum une centaine.

Josiane – Enfin… Tu l’as dit toi-même, ils ne viendront pas…

Gérard – Si on leur avait donné une carte de visite au lieu d’un bout de nappe en papier tout graisseux, ils seraient peut-être venus…

Josiane – Ils seraient venus ? Parce qu’on leur aurait donné une carte de visite ?

Gérard – Parce que ce putain de bout de nappe ne serait pas passé à la machine ! Voilà pourquoi ! Une carte de visite, ça se perd moins facilement. C’est cartonné ! Et si jamais ça passe à la machine, avec un peu de chance, ça peut encore rester à peu près lisible.

Josiane – Tu as raison, on va se faire faire des cartes de visite waterproof, lavables en machine. Essaie donc voir de trouver ça sur internet.

Gérard – Bon, de toute façon, ils ne viendront pas…

Josiane – En même temps, il n’est que neuf heures.

Gérard – On avait dit huit heures et demie.

Josiane – « Huit heures et demie - neuf heures », il avait dit ! Je m’en souviens très bien, parce que tu lui avais demandé « huit heures et demie ou neuf heures » ?

Gérard – Et qu’est-ce qu’il avait répondu ?

Josiane – Je crois qu’il a préféré prendre ça pour une blague…

Gérard – En tout cas, il est neuf heures. On a dépassé le haut de la fourchette, et ils ne sont pas là.

Josiane – Le haut de la fourchette… Heureusement qu’en plus, tu ne les as pas invités à bouffer…

Gérard – Ah parce que maintenant, c’est moi qui les ai invités ?

Josiane – Ce n’est pas toi qui les as invités ?

Gérard – J’ai dit que ce serait sympa de se revoir un de ces soirs pour prendre l’apéro… Je n’ai pas dit quel soir ! C’est toi qui aussitôt as proposé une date…

Josiane – Tu ne voulais pas qu’ils viennent ?

Gérard – Si mais…

Josiane – Alors pourquoi tu les as invités pour l’apéro ? Tu les invites, il fallait bien fixer une date ! On aurait eu l’air de quoi, sinon ?

Gérard – J’ai dit ça comme ça, pour être poli.

Josiane – Pour être poli ? Gégé, là, tu commences à m’inquiéter… Tu es sûr que ça va ?

Gérard – Comme on avait un peu sympathisé... Je ne pensais pas qu’ils viendraient, moi…

Josiane – Ben ça tombe bien, tu vois, ils ne sont pas là… D’ailleurs, entre nous, ce n’est pas du tout notre genre, ces gens-là… Je ne sais pas ce qui t’as pris de les inviter à la maison…

Gérard – Ah oui ? Et c’est quoi, notre genre ?

Josiane – Le genre qui n’a pas de carte de visite, parce qu’on n’a rien à mettre dessus ! Voilà ce que c’est, notre genre. Non mais je te demande un peu. Qu’est-ce que tu pourrais bien marquer, sur ta carte de visite ?

Gérard – Quand même, ils auraient pu passer un coup de fil pour se décommander… Ça se fait, non ? Ou alors ils ont aussi perdu notre numéro de téléphone… Tu leur avais donné, notre numéro de téléphone ?

Josiane – Mais oui, ne t’inquiète pas. Je l’ai noté sur ce bout de nappe en papier. Tu sais ? Celui qu’ils ont mis à la machine avec leur petit linge sale.

On sonne à la porte.

Josiane – Ah… La machine était peut-être en panne.

Gérard reste figé.

Gérard – Merde, les voilà, dis donc…

Josiane – Quand on invite des gens, c’est le risque. Ou alors, il ne faut pas les inviter.

Gérard – Bon ben va voir ! C’est peut-être une erreur…

Josiane lance à Gérard un regard furibard et va ouvrir.

Josiane – Ah bonjour Charles !

Charles (off) – Bonjour Josiane ! Mais vous avez l’air surprise de nous voir !

Dorothée (off) – On n’avait pas dit jeudi vers neuf heures ?

Josiane (off) – Si, si… On avait dit huit heures et demie - neuf heures. Mais comme il est neuf heures deux, Gérard pensait que vous ne viendriez plus…

Charles (off) – Ah, ah, ah ! Elle est bonne celle-là !

Josiane (off) – Entrez donc… Gérard ! Ce n’est pas une erreur ! C’est Charles ! Avec sa femme…

Entrent Charles et Dorothée, au look plus classe moyenne que leurs hôtes. Ils se serrent la main.

Gérard – Bonjour, bonjour… Bonjour Dorothée… C’est bien Dorothée, non ?

Charles – Oui, oui, c’est bien elle… C’est vrai qu’elle a pas mal changé depuis la dernière fois qu’on s’est vu la semaine dernière, mais oui, c’est bien Dorothée, ma femme.

Gérard – Non, je voulais dire, c’est bien Dorothée… C’est bien Dorothée votre prénom…

Dorothée – Mais oui, c’est bien Dorothée. Mon mari vous fait marcher…

Charles (tapotant sur l’épaule de sa femme) – C’est bien, Dorothée.

Dorothée – Je suis juste allée chez le coiffeur.

Josiane – Ah oui, dites donc, ça vous va mieux. Hein Gérard, que ça lui va mieux ?

Gérard – Quoi ?

Josiane préfère enchaîner.

Josiane – Je vous préviens, ce sera à la bonne franquette… On n’a rien préparé de spécial…

Dorothée – On avait dit pour l’apéro, non ? Alors pour l’apéro, tant qu’on a de l’apéro !

Charles – Et justement, on vous a apporté une bouteille de mousseux !

Gérard – Ah ben ça tombe bien, on a du sirop de cassis. On va pouvoir faire des kirs royals !

Josiane – Des kirs royaux, Gérard ! Un kir royal, des kirs royaux !

Gérard – Oui bon, d’un côté comme de l’autre, c’est toujours du mousseux avec du cassis, pas vrai ?

Dorothée – Mon mari plaisante. Ce n’est pas du mousseux, c’est du champagne.

Charles – On le prend chez un petit producteur du côté d’Epernay.

Dorothée – Si vous le trouvez bon, on vous donnera l’adresse.

Josiane – Du champagne ! Ah ben alors… Gérard, on ne va pas mettre ton sirop de cassis de chez Auchan dans du champagne millésimé…

Gérard – Il ne vient pas de chez Auchan, il vient de chez Carrefour !

Josiane – Ce n’est pas raisonnable. On vous invite à prendre l’apéritif, et c’est vous qui amenez les munitions. Prenez une chaise, au moins ! Gérard, tu vas chercher les Tuc et les cacahuètes ?

Gérard – On a des Tuc et des cacahuètes ?

Josiane – Évidemment qu’on a des Tuc et des cacahuètes ! Je suis obligée de les planquer, sinon il me bouffe tout en regardant le foot la télé, et après je n’ai plus rien quand on a des invités… Eh ben alors, Gégé, bouge-toi un peu !

Gérard – Je ne sais pas où ils sont, je te dis ! Puisque que c’est toi qui les as planqués…

Josiane – Ah ces bonshommes… On ne peut vraiment rien leur demander… Bon j’y vais. Excusez-moi, je reviens tout de suite. Mettez-vous à l’aise. Faites comme chez vous.

Josiane sort.

Gérard – J’espère qu’ils ne sont pas périmés depuis trop longtemps… On n’a jamais d’invités…

Charles – Ah, ah, ah ! Sacré Gérard ! Au moins, avec vous, on ne s’ennuie pas ! Hein Dorothée ?

Gérard, qui ne plaisantait pas, semble un peu étonné par cette hilarité. Silence embarrassé. Les deux invités jettent un regard sur la pièce plutôt sordide.

Dorothée – Vous êtes bien installés, dites-moi.

Gérard – Ça va. C’est petit mais au moins… Pour nous deux ce n’est pas trop grand...

Dorothée – Et oui…

Charles – Vous avez des enfants, Gérard ?

Gérard – Non… On aurait pu, mais… Non, ça ne s’est pas fait…

Dorothée – Il n’est peut-être pas trop tard…

Gérard – Oh non, maintenant… Non et puis comme je vous disais, on n’a pas la place… Où est-ce qu’on les mettrait ?

Charles – Oui, c’est sûr…

Josiane revient avec un plateau avec des Tuc et des cacahuètes.

Josiane – Et voilà les amuse gueules… Et ben alors, vous n’avez pas encore fait péter le champagne ?

Gérard – Tu n’as pas ramené le cassis ?

Josiane – Gérard… Pas avec du vrai champagne…

Dorothée – Mais si voyons ! Si ça lui fait plaisir… D’ailleurs moi aussi, je vais en prendre un peu, tiens. Pour tenir compagnie à Gérard.

Gérard – Tu vois ? Madame dit qu’elle va en prendre aussi. Je vais chercher le cassis…

Gérard se lève et sort.

Charles – Et puis ce n’est pas non plus… un grand champagne.

Josiane – Ah oui, c’est incroyable, maintenant. Dans les grandes surfaces, on trouve des bouteilles de champagne au prix d’une bouteille de cidre.

Charles – Espérons que celui-ci n’aura pas le même goût…

Josiane – Je ne disais pas ça pour le vôtre, évidemment. Qui vient directement d’Épernay.

Charles – Vous pensez que le champagne d’Auchan vient directement de Normandie ? Je plaisante…

Gérard (off) – Josiane ! Je ne trouve pas le cassis !

Josiane (soupirant) – Ah non, je vous jure… Il me rendra folle… Je reviens tout de suite…

Josiane sort. Le sourire poli de Dorothée se fige aussitôt.

Dorothée – Mon Dieu, Charles, mais qu’est-ce qu’on est venus faire ici ?

Charles – N’exagère pas… C’est vrai qu’ils sont un peu… pittoresques, mais bon… Ils sont bien gentils, non ?

Dorothée – Pittoresque ? C’est Monsieur et Madame Bidochon !

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