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Un cadavre dans un sauna et une histoire de plagiat. Le Commissaire Navarin est chargé d’une enquête qui semble déboucher sur une affaire d’état. À moins que tout cela ne soit que du théâtre...

ISBN 978-2-37705-017-8

Novembre 2016

68 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

 

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Un bureau vieillot dans un commissariat à l’ancienne. Mobilier sommaire et désuet. L’inspecteur Bordeli ronfle, affalé sur sa table, derrière une bouteille de whisky. Le commissaire Navarin arrive. Sans même un regard vers Bordeli, il ôte son imperméable, qu’il dépose sur un portemanteau. Il s’installe à l’autre bureau et commence à lire un magazine pour les retraités du type Pleine Vie ou Notre Temps, titrant sur un sujet déprimant (Retraite et dépression, ou encore Conventions-Obsèques : les bonnes affaires). Visiblement peu habitué à ce genre de lecture, il affiche un air sceptique. Le téléphone fixe d’un autre âge qui trône sur son bureau se met à sonner. Bordeli sort lentement de sa torpeur. Navarin décroche.

Navarin – Navarin, j’écoute... Bonjour Monsieur... Non, le Commissaire Ramirez nous a quitté, malheureusement.

La Commissaire Divisionnaire Delatruffe entre dans le bureau avec une couronne portant l’inscription « À notre regretté collègue et ami ».

Navarin (avec un regard vers la couronne) – Oui, définitivement, on peut dire ça comme ça... Non, il ne m’a pas parlé de cette affaire avant son départ... C’est ça, il n’a pas dû avoir le temps... Pas de problème, vous pouvez passer quand voulez.

Navarin raccroche. Delatruffe pose la couronne contre le bureau de Navarin.

Delatruffe – Bonjour Navarin.

Bordeli – Madame la Divisionnaire...

Delatruffe lance un regard réprobateur vers Bordeli qui émerge lentement.

Delatruffe – Inspecteur...

Navarin (lisant) – « À notre regretté collègue et ami ». Mais vous êtes folle, Delatruffe, il ne fallait pas... Après tout, je pars seulement à la retraite...

Bordeli se lève et fait quelques pas incertains.

Delatruffe – Enfin, Navarin... C’est pour le Commissaire Ramirez... L’enterrement a eu lieu ce matin... Il fallait bien faire un geste...

Navarin – Ah oui, bien sûr, Ramirez... Ce matin ? Et vous avez ramené la couronne ?

Bordeli s’approche de la couronne et pose la main dessus.

Bordeli – C’est des fausses, non ?

Navarin – Ah oui, dites donc, c’est bien imité...

Delatruffe – L’avantage, avec les fleurs artificielles, c’est qu’elles sont éternelles. Comme nos regrets. On peut donc s’en servir plusieurs fois...

Navarin – Bien sûr... Et comme il n’y a pas de nom sur la couronne... C’est pratique...

Delatruffe – Comme vous le savez, le budget de la police a encore été amputé cette année pour tenter de réduire le déficit abyssal de la France...

Navarin – Des fausses couronnes mortuaires... Il est temps je quitte la police. Bientôt, on nous équipera avec de faux pistolets et de faux gilets pare-balles.

Bordeli (marmonnant) – Tant qu’on me laisse boire du vrai whisky...

Bordeli tente d’escamoter sa bouteille. Delatruffe lui lance un regard agacé, mais préfère ne pas relever.

Delatruffe – Alors, commissaire, c’est votre dernière journée ! Et cette retraite, ça se prépare ?

Navarin (montrant son magazine) – J’essaie de me documenter un peu en lisant la presse spécialisée. Pour l’instant, ça me donne plutôt envie de me suicider.

Delatruffe – Allons, Navarin ! Vous êtes encore jeune. Vous auriez pu rester quelques années de plus avec nous. Qu’est-ce qui vous oblige à partir, si vous craignez tellement de vous ennuyer ?

Navarin – Il ne faut pas lasser son public, Delatruffe... (Ironique) Je préfère partir au sommet de ma gloire...

Son téléphone sonne à nouveau.

Navarin – Navarin, j’écoute ! Oui, Monsieur le Directeur... Très bien, Monsieur le Directeur... Au revoir, Monsieur le Directeur... (Il raccroche) C’était Monsieur le Directeur...

Delatruffe – Pour vous féliciter personnellement avant cette retraite bien méritée, j’imagine.

Navarin – Il voulait surtout s’assurer que je ne serai plus là demain matin... et que je n’emmène avec moi aucun dossier compromettant.

Bordeli – Compromettant pour qui ?

Navarin – Vous aviez autre chose à me dire, Madame la Divisionnaire ? Une dernière affaire à me confier, peut-être ?

Delatruffe – Ma foi non, Navarin... La journée s’annonce plutôt calme. Vous aurez tout le temps de faire vos cartons tranquillement.

Navarin se lève et prend la couronne.

Navarin – Je vais commencer par remettre ces fleurs dans la réserve. En attendant l’occasion de leur faire prendre l’air encore une fois.

Bordeli – Oui, parce que là, on pourrait croire que c’est vous qu’on enterre...

Navarin sort avec la couronne.

Delatruffe – C’est à quelle heure son pot de départ ?

Bordeli – Dix-huit heures... Après la fin du service.

Delatruffe – Très bien... Vous ne lui avez rien dit, au moins ? Il faut que ce soit une surprise...

Bordeli – En principe, il ne se doute de rien. Mais peut-on vraiment cacher quelque chose à un grand flic comme lui ?

Delatruffe – Sans alcool, le pot, hein ? Vous connaissez les nouvelles consignes...

Bordeli – Rassurez-vous, Madame la Divisionnaire. Je ne bois jamais en dehors des heures de service... On a remplacé le vrai champagne par du Champomy.

Delatruffe – C’est tout aussi bon... et c’est beaucoup moins cher. Mais où est-ce que vous avez planqué les bouteilles pour qu’il ne les voit pas ? Pas dans la réserve, j’espère.

Bordeli – Je les ai mises au frais. À un endroit où il n’est pas près de les trouver.

Delatruffe – Où ça ?

Bordeli – Dans la chambre froide, à la morgue.

Delatruffe – Il fallait y penser, en effet... Bon, je vous laisse travailler. Et puisque vous n’avez pas l’air débordé, vous non plus, si vous pouviez me ranger un peu tout ce bordel, Bordeli...

Bordeli – Oui Madame la Divisionnaire.

Delatruffe – Le Procureur sera là, ce soir, pour le pot de départ de Navarin. Je ne voudrais pas qu’il ait une mauvaise impression...

Bordeli – Bien Madame la Divisionnaire.

Delatruffe s’en va.

Bordeli – J’ai l’impression d’entendre ma mère quand elle me disait de ranger ma chambre...

Conchita Ramirez arrive, et jette un regard vers Bordeli, en train de s’envoyer une rasade de whisky pour se mettre en train.

Bordeli – Décidément, il n’y a pas moyen d’être tranquille cinq minutes.

Ramirez – Pardon de vous interrompre en plein travail...

Bordeli – La prochaine fois, mon petit, il faudra vous annoncer au planton, à l’entrée. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

Ramirez – Je suis le Commissaire Ramirez.

Bordeli – Si vous êtes le Commissaire Ramirez, moi je suis Sœur Emmanuelle.

Ramirez – Désolée, ma sœur, je vous avais pris pour un flic.

Bordeli – Le Commissaire Ramirez, on l’a enterré ce matin.

Ramirez – Oui. D’ailleurs, je ne vous ai pas vu à l’église.

Navarin revient, avec la couronne.

Navarin – Il n’y a plus de place dans la réserve... Ça ira mieux quand j’aurai vidé mes affaires... Je vais la foutre là en attendant...

Il pose la couronne, et jette un regard vers Ramirez.

Navarin – Mademoiselle... Je peux faire quelque chose pour vous ?

Ramirez – Vous allez rire, Commissaire. Cette jeune personne prétend être le Commissaire Ramirez.

Navarin – Tiens donc. Jusqu’à maintenant, je ne croyais pas à la réincarnation. Mais si c’est vrai, on ne perd pas au change, n’est-ce pas Bordeli ? Parce que la dernière fois qu’on l’a vu, le Commissaire Ramirez, il avait beaucoup moins de sex-appeal que vous, croyez-moi.

Bordeli – Entre nous, on l’appelait Quasimodo...

Delatruffe revient.

Delatruffe – Ah, Commissaire, vous êtes déjà là ? Messieurs, je vous présente le Commissaire Conchita Ramirez. C’est la fille de notre regretté collègue, à qui nous avons rendu les honneurs ce matin avant de le mettre en terre.

Navarin – Non ?

Bordeli – Maintenant que vous le dites... C’est vrai qu’il y a comme un air de famille...

Navarin (tendant la main à Ramirez) – Commissaire Navarin. Toutes mes condoléances... Je suis vraiment désolé de ne pas avoir pu assister à la cérémonie, mais c’est mon dernier jour dans la maison, et...

Delatruffe – Justement, Commissaire... J’avais oublié de vous le dire, c’est Mademoiselle Ramirez qui occupera votre bureau désormais. Ce bureau que vous partagiez déjà avec son père...

Navarin – Si c’est une affaire de famille, alors...

Delatruffe – Réduction des effectifs. Remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ou au cimetière. Vous connaissez la chanson...

Navarin – Donc, Mademoiselle Ramirez nous remplacera tous les deux...

Delatruffe – Je suis sûre que cette jeune femme fraîchement diplômée est tout à fait qualifiée pour remplacer deux policiers d’expérience. Même si évidemment, on ne remplace pas le Commissaire Navarin...

Navarin – Comme dit le poète... la femme est l’avenir de l’homme.

Ramirez – Merci pour cet accueil chaleureux...

Delatruffe – Je vous l’enlève cinq minutes, j’ai quelques papiers à lui faire signer pour sa nouvelle affectation chez nous. Ensuite, Navarin, vous serez gentil de mettre Mademoiselle au courant des affaires en cours...

Navarin – Mais avec plaisir, Madame la Divisionnaire.

Ramirez – Merci pour la couronne, ça m’a beaucoup touchée.

Bordeli tente d’escamoter la couronne.

Delatruffe – Votre père était un grand flic, il est mort au service de la France... Vous me suivez ?

Delatruffe sort avec Ramirez.

Bordeli – Au service de la France... Il est mort au restaurant pendant sa pause déjeuner en avalant une moule de travers...

Navarin – La question, c’est qu’est-ce que cette pétasse vient foutre ici ? Un flic, ce n’est pas comme un notaire. On ne se refile pas la charge de père en fils...

Bordeli – La fille veut peut-être reprendre le flambeau que son père a laissé tomber dans sa chute...

Navarin – Méfiez-vous, Bordeli, le whisky vous rend théâtral. Mais vous avez raison. Mort au service de la France... À ce compte-là, si vous mourrez demain d’une cirrhose du foie, on vous donnera la Légion d’Honneur à titre posthume pour votre contribution majeure à la TVA sur l’alcool.

Bordeli – Je ne suis pas sûr, patron. C’est du whisky de contrebande. Un stock récupéré lors d’une saisie à la frontière espagnole.

Navarin – Si les Espagnols se mettent à fabriquer du whisky, Bordeli, ce n’est pas seulement que la mondialisation est en marche. C’est que la fin du monde est proche, croyez-moi.

Bordeli – Vous avez raison, patron. Moi aussi depuis quelques temps, je perçois des signes avant-coureurs d’une apocalypse imminente. Tenez, par exemple, c’est vrai que ce n’est pas commun, de mourir en avalant une moule de travers. Je dirais même plus, c’est bizarre.

Navarin – Bizarre ? Qu’est-ce que vous insinuez par là, Bordeli ? Vous n’allez pas donner vous aussi dans la théorie du complot. Vous avez une raison de soupçonner la confrérie des ostréiculteurs d’en vouloir à la police ?

Bordeli – Conchyliculteurs, patron. Ostréiculteurs, c’est plutôt les huîtres.

Navarin – Bon. Je vous écoute...

Bordeli – Voilà le scénario que je vois : la fille n’a jamais cru à la thèse de l’accident… et c’est pour éclaircir cette affaire qu’elle se fait affecter dans le même commissariat que son père, le jour-même de son enterrement.

Navarin – Qu’est-ce qui vous fait croire ça, Bordeli ?

Bordeli – Je ne sais pas... J’ai déjà vu ça dans une série policière.

Navarin – Je vous l’ai déjà dit, Bordeli. Vous regardez trop la télé. Au fait, j’espère que vous ne m’avez pas organisé un pot de départ surprise. Je vous préviens, j’ai horreur des surprises. Et il n’y a rien qui ressemble plus à un enterrement qu’un pot de départ...

Bordeli – Rassurez-vous, Commissaire. Vos dernières volontés seront respectées. Vous partirez sans fleur ni couronne...

Ramirez revient.

Navarin – Ah, Commissaire Ramirez... Justement, nous évoquions la mémoire de votre défunt père.

Bordeli – Et les circonstances héroïques de sa mort.

Navarin lui lance un regard réprobateur.

Ramirez – Je ne vois que deux bureaux... Où est-ce que je m’installe ?

Navarin – Pour aujourd’hui, nous devrons partager le mien. Mais demain, il sera tout à vous, rassurez-vous.

Bordeli – Évidemment, il y a un peu de ménage à faire, Ramirez...

Ramirez – Si vous permettez, Inspecteur, je préfère que vous m’appeliez Commissaire Ramirez.

Bordeli – Bien sûr, Commissaire.

Elle s’approche du bureau de Navarin.

Ramirez – Vous n’avez pas d’ordinateur ?

Navarin – Qu’est-ce que vous voulez ? Je suis un flic à l’ancienne... Quand j’ai commencé ma carrière, les nouvelles technologies, c’était la calculette électronique et le Minitel Rose.

Ramirez – Je vois...

Navarin – Je pars ce soir. Ça ne vaut plus la peine de changer mes méthodes de travail maintenant...

Ramirez – Je demanderai à Latruffe de me trouver un ordinateur de bureau.

Bordeli – Le nom exact de Madame la Divisionnaire, c’est Delatruffe. Elle tient beaucoup à sa particule.

Navarin – Vous voulez un café ?

Bordeli – À moins que Mademoiselle ne préfère un thé... (Elle le fusille du regard) Je veux dire, le Commissaire Ramirez.

Ramirez – Un café, c’est parfait.

Navarin lui sert un café dans un mug au design ridicule, qu’il lui tend comme le Saint Sacrement.

Navarin – Tenez, c’était la tasse de votre père... Je pense qu’il aurait été fier de vous la transmettre lui-même s’il en avait eu le temps.

Ramirez – Merci... J’essaierai d’en être digne.

Navarin – Bordeli, un café ?

Bordeli – Oui, volontiers. Avec une sucrette et un nuage de lait, je vous prie...

Navarin sert aussi Bordeli. Ils prennent tous une gorgée de café et font la grimace.

Navarin – Si vous voulez mon avis, Ramirez, une vraie réforme de la police, ce serait d’équiper tous les commissariats d’une machine à expresso.

Bordeli verse une larme de whisky dans son café. Ce qui n’échappe pas à Ramirez.

Ramirez – Oui... Et pourquoi pas d’alcootests…

Silence embarrassé. Ils finissent leur café. La baronne Margarita de Casteljarnac entre dans la pièce.

Margarita – Commissaire Navarin ?

Navarin – Jusqu’à ce soir, oui.

Margarita – Commissaire, je viens vous signaler la mort de mon mari.

Bordeli – On dirait que les affaires reprennent...

Navarin – Mais je vous en prie, asseyez-vous.

Margarita s’assied.

Navarin – Si vous commenciez par me dire qui vous êtes, chère Madame.

Navarin fait signe à Bordeli d’approcher pour l’assister.

Bordeli – Nom, prénom, âge, qualités... Si vous en avez.

Navarin lui lance un regard désapprobateur, pendant que Margarita le fusille des yeux.

Navarin – À défaut de qualités, votre profession nous suffira.

Margarita – Baronne Margarita de Casteljarnac. La cinquième du nom.

Navarin (à Ramirez) – Mais je vous en prie, Commissaire, si vous voulez vous joindre à nous...

Ramirez – Conchita Ramirez, Commissaire de la République. La cinquième du nom.

Bordeli – Âge, qualité... ou profession ?

Margarita – Mon âge ne vous regarde pas, et j’ai en effet la prétention de faire partie des gens de qualité, qui par définition n’ont pas nécessité d’avoir une profession.

Navarin – Très bien... Pouvez-vous au moins nous dire le nom de votre défunt mari ?

Margarita – Bernard-Henri de Casteljarnac.

Bordeli – Profession ?

Margarita – Ne me dites pas que vous n’avez jamais entendu ce nom auparavant...

Navarin – Vous savez, dans notre métier, on voit passer tellement de monde...

Bordeli – Alors s’il n’avait pas de casier judiciaire...

Margarita – Les de Casteljarnac n’ont pas de casier judiciaire, Monsieur, ils n’ont que des quartiers de noblesse. J’en ai cinq en ce qui me concerne.

Bordeli – Cinq quartiers ? C’est possible, ça, patron ?

Navarin – J’imagine que c’est comme le quatre-quarts, Bordeli, mais avec un quart en plus.

Ramirez – Si nous revenions à notre affaire, Chère Madame... Où avez-vous trouvé votre mari ?

Margarita – Vous voulez dire après sa mort, je pense ?

Ramirez – Euh... oui.

Margarita – Au sous-sol de notre hôtel particulier, à l’espace fitness...

Bordeli – Cool..

Margarita – Dans le sauna.

Navarin – Dans le sauna ?

Margarita – Un horrible accident, Commissaire...

Ramirez – Et vous êtes sûre qu’il est mort ?

Margarita – Hier soir, je ne m’étais pas rendu compte de sa disparition. Sa Jaguar n’était pas dans le garage. Je pensais qu’il était sorti. Ce n’est que ce matin...

Ramirez – Ce matin ?

Margarita – Ça fait maintenant une douzaine d’heures qu’il est dans le sauna.

Bordeli – Donc, vous êtes sûre qu’il est mort.

Margarita – C’est difficile à dire. À travers le hublot, on ne voit que de la buée. Et quelques traces d’ongles sur la vitre. Mais je pense que personne ne résiste à ça. Surtout que mon mari avait le cœur fragile.

Ramirez – Et vous n’avez pas essayé de le sortir de là ?

Margarita – Apparemment, la porte du sauna est coincée. Elle a dû gonfler avec la chaleur... Plutôt que d’appeler un dépanneur, j’ai préféré prévenir la police.

Navarin – Vous avez bien fait, chère Madame... L’Inspecteur Bordeli va vous emmener dans le bureau d’à côté pour prendre votre déposition. Et nous allons envoyer quelqu’un à votre domicile pour constater les faits...

Margarita – Merci Commissaire.

Bordeli – Madame la Baronne, si vous voulez bien vous donner la peine...

Bordeli sort avec Margarita.

Navarin – Une baronne... Il ne manquait plus que ça...

Ramirez – Qu’est-ce que vous pensez de cette affaire, Commissaire ?

Navarin – Cette affaire ? Quelle affaire ? A priori, il ne s’agit que d’un accident domestique, non ?

Ramirez – Je ne sais pas... Je trouve ça louche, cette histoire de sauna.

Navarin – C’est vrai que ce n’est pas banal, mais bon. Mourir d’une crise cardiaque dans un sauna ou en avalant une moule de travers dans un restaurant... (Ramirez lui lance un regard noir) Excusez-moi, je ne voulais pas réveiller en vous de douloureux souvenirs...

Ramirez – Dans les deux cas, je ne crois pas à la thèse de l’accident.

Navarin – Je comprends que vous soyez un peu sur les nerfs aujourd’hui, mais la douleur vous égare. Il ne faut pas voir le mal partout, Ramirez.

Ramirez – Ah oui ? Je pensais pourtant que c’était notre métier de soupçonner tout le monde...

Navarin – Alors pour vous, tout innocent est un coupable qui s’ignore ?

Ramirez – Un type qui se retrouve enfermé dans un sauna pendant toute une nuit, vous ne trouvez pas ça bizarre, vous ?

Navarin – Remarquez, vous avez raison... Le sauna était fermé de l’intérieur... C’est vrai que ça ferait un bon titre pour une comédie policière...

Delatruffe arrive, préoccupée.

Delatruffe – Je viens de saluer la Baronne de Casteljarnac, qui est en train de faire sa déposition au sujet de la mort de son mari...

Navarin – Vous n’allez pas vous y mettre vous aussi ? Un vieux qui meurt d’une crise cardiaque dans un sauna ! Ce n’est pas l’Affaire Dreyfus, tout de même !

Delatruffe – Vous ne vous rendez pas compte, Navarin. On marche sur des œufs ! Bernard-Henri de Casteljarnac, ce n’est pas n’importe qui !

Navarin – Ah oui ? Et c’est qui, exactement ?

Delatruffe – Vous n’avez jamais entendu parler de Bernard-Henri de Casteljarnac ?

Navarin – Ça me dit vaguement quelque chose... Mais il est célèbre pour quoi, au juste ?

Delatruffe – Je ne sais plus très bien. Mais en tout cas, on le voit souvent à la télé.

Ramirez – C’est sûrement pour ça qu’il est très connu.

Navarin – De mon temps, on passait à la télé parce qu’on était connu, maintenant on est connu parce qu’on passe à la télé...

Delatruffe – J’ai essayé de joindre le Procureur Canadair pour le mettre au courant et lui demander ses instructions, mais son portable ne répond pas.

Ramirez – Le Procureur Canadair ? C’est son vrai nom ?

Navarin – En tout cas, c’est un nom prédestiné. Dès qu’une affaire embarrassante se présente, c’est lui qu’on envoie pour éteindre l’incendie.

Delatruffe – Quoi qu’il en soit, Navarin, je vous demande de traiter cette affaire avec la plus grande discrétion.

Navarin – Et moi qui espérais finir ma carrière sur un coup d’éclat...

Delatruffe – Pas de zèle, Navarin. C’est votre dernier jour. J’ai parlé de vous à Monsieur le Procureur pour la rosette, et il doit en toucher un mot au Ministre...

Ramirez – Si vous permettez, Madame la Divisionnaire, j’aimerais assister le Commissaire Navarin dans cette enquête.

Delatruffe – Excellente idée, Ramirez. Vous n’y voyez pas d’inconvénient, Navarin ? Ce sera l’occasion de lui mettre le pied à l’étrier...

Navarin – Vous voulez dire que ce sera l’occasion pour elle de me fliquer et de vous faire un rapport...

Delatruffe – Aussi, oui... Nous avons affaire à des people, Navarin. Des célébrités.

Navarin – Oui, j’avais compris. Des gens connus, quoi.

Delatruffe – En tout cas, pas des justiciables ordinaires.

Navarin (sentencieux) – Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir...

Delatruffe – Je connais trop vos méthodes parfois un peu cavalières, Commissaire. Sans parler de Bordeli. Je pense que Mademoiselle Ramirez sera plus à même de traiter cette affaire avec la délicatesse qui convient.

Ramirez – Dans ce cas, je vais me rendre tout de suite sur les lieux, Madame la Divisionnaire.

Delatruffe – Je compte sur vous pour agir avec la plus grande circonspection, Ramirez.

Ramirez sort.

Navarin – Alors comme ça, vous me débarquez d’un dossier sensible. À quelques heures de la retraite ?

Delatruffe – Mais pas du tout, Navarin ! Vous pensez bien... J’ai juste dit ça pour la mettre en confiance.

Navarin – Je plaisante, Delatruffe. Je m’en fiche complètement de cette histoire. Et si je peux aider un peu cette pauvre fille à surmonter l’épreuve qu’elle traverse.

Delatruffe – Je crois que la mort de son père l’a sérieusement secouée. D’ailleurs je compte sur vous pour l’encadrer sur sa première mission. Vous croyez qu’on peut lui faire confiance ?

Navarin – Bon sang ne saurait mentir...

Delatruffe – Je ne sais pas si ça doit me rassurer... Son père est mort en avalant une moule de travers...

Delatruffe sort. Navarin soupire. Et commence à mettre le contenu de ses tiroirs dans un carton.

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