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Dans un bar de nuit, surveillé par la police à la recherche d'un dangereux psychopathe, un inquiétant barman sert de confident à des clientes esseulées ayant rendez-vous avec de mystérieux partenaires rencontrés sur le net... Outrance et humour noir, à mi-chemin entre le Splendid et les Monty Python...

ISBN 978-2-37705-024-6

Novembre 2016

62 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

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1.

Le barman (ou la barmaid) - La brune

Debout derrière son comptoir, le barman (ou la barmaid) essuie des verres. Le rôle peut être interprété par une femme ou un homme. On pourra d'ailleurs jouer sur l'ambiguïté sexuelle du personnage. La radio passe une chanson d'Aznavour (J'habite seul avec maman...). On entend un bruit de chasse d'eau. Sortant des toilettes, une brune, assez ordinaire voire vulgaire, revient s'asseoir au bar devant son verre. Elle porte un pull informe de couleur indéfinissable. Le barman change de station. Un speaker commente avec exaltation la fin d'un match de foot. Le barman éteint la radio. La brune finit son verre.

Barman - Je vous en remets un coup ?

La brune lui lance un regard fatigué, pas sûre d'avoir compris le sens de sa question, mais se prenant peut-être à rêver.

Brune - Pardon ?

Le barman lui montre d'un air blasé au-dessus du comptoir l'inscription Happy Hour, contrastant avec l'ambiance morose de ce café désert.

Barman - Le cocktail maison ! Le deuxième est gratuit.

Brune (soupirant) - Happy hour... Tu parles... Une heure que j'attends un mec, et il n'est toujours pas là...

Barman - Un mec ?

Brune - Ça vous étonne à ce point-là qu'un homme puisse avoir rencard avec moi ?

Barman - Un homme, oui...

La brune a l'air surprise.

Brune - Il s'appelle comment, votre bar, déjà ?

Barman - Les Flamands Roses...

Brune - Ah, ouais, d'accord... C'est... C'est un bar belge, alors... (Pour changer de sujet) Il y a un petit goût de banane, ce cocktail, non ?

Barman - Vous saviez que l'homme a 99% de gènes en commun avec le singe ?

Brune - Non...

Barman - Et comme le singe a 50% de gènes en commun avec la banane... On peut presque dire que l'homme est une banane avec des jambes et un cerveau...

Brune - Et encore... Pour certains, le cerveau, c'est en option...

Barman (se sentant visé) - Vous pensez à quelqu'un en particulier...?

Brune - Je pense à l'abruti qui a oublié qu'on avait rendez-vous ensemble.

Barman - Il attend peut-être la fin du match. Ça ne devrait plus tarder, ils en sont aux prolongations... Le buteur brésilien vient de la mettre dans le fond au gardien bruxellois...

Brune - Vous êtes sûr que c'est un match de foot ? (Le barman ne répond pas) Qu'est-ce que vous feriez, vous, à ma place ?

Barman - Une heure de retard ? À votre place, je ne sais pas, mais à la sienne... S'il arrive maintenant... Ça sent un peu la fille désespérée qui est prête à tout pour pas rentrer se coucher toute seule, non ?

La brune accuse le coup.

Brune - Vous croyez...?

Barman - Vous connaissez le proverbe : Suis-moi, je te fuis... Fuis-moi, je te suce...

Brune (anéantie) - Je vais prendre le deuxième cocktail gratuit, finalement...

Le barman puise avec une louche dans la bassine contenant le cocktail maison, et la ressert. Elle s'envoie une longue gorgée et déglutit.

Brune - On sent bien le gingembre aussi...

Barman - Y'en a...

Brune (regardant autour d'elle la salle vide) - Eh, ben... C'est pas la fête du slip, ici... Pour un vendredi soir... C'est le match de foot sur la Une ?

Barman - La rétrospective Dalida, sur Arte. Ça nous fait toujours beaucoup de tort. C'est pour ça qu'on fait Happy Hour...

Brune - Vous auriez dû appeler ça Gay Hour. Histoire de lever toute ambiguïté... Pourquoi il m'a donné rendez-vous dans un bar gay ?

Barman - Pour être le seul mâle hétéro dans la place, j'imagine... Craindre la concurrence à ce point-là, en général, c'est pas bon signe...

Brune (prise d'un doute) - Ou alors, il est vraiment homo et il m'a prise pour un mec. La photo que j'avais mise sur le site était un peu floue... (Inquiète) Vous pourriez me prendre pour un mec, vous, sur une photo un peu floue ?

Barman - Non... Même dans le noir...

La brune a toujours l'air déprimée.

Barman - C'est quoi votre prénom ?

Brune - Jane...

Barman - Allez, Jane, votre Tarzan peut encore arriver...

Brune - C'est à cause de Birkin que ma mère m'a appelée Jane. D'ailleurs, en général, les types avec qui j'ai rencard tiennent plus de Gainsbourg que de Tarzan. Quand ils viennent, évidemment...

Barman - Vous savez ce qu'on dit : un de perdu...

Brune - Dix de perdus... C'est comme pour les cheveux. Ça commence par un, et un beau jour, vous vous retrouvez chauve sans savoir pourquoi... Je sais de quoi je parle...

Barman - Vous perdez vos cheveux ?

Brune - Non... Je travaille dans un salon de coiffure... Et croyez-moi, au rythme où ça va, les shampouineuses ont du souci à se faire.

Barman - Vous n'êtes pas de nature optimiste, vous, hein ?

Brune - Optimiste... J'ai des toiles d'araignée sous la jupe tellement on m'a posé de lapins ces derniers temps...

Barman - Je suis sûr qu'un jour votre prince viendra... et qu'il se prendra dans cette toile d'araignée. (Paternaliste) Mais pensez à vous protéger, quand même...

Brune - Vous n'allez pas le croire, mais je suis allergique au latex. C'est très mauvais pour la flore vaginale, le latex, vous savez...

Barman - Ah, tiens ? Non, je l'ignorais... Et pour la faune ?

Brune - Ça me file des démangeaisons terribles... (Un temps) Vous n'auriez pas une fourchette...?

Barman (inquiet) - Pour...?

Brune - Y'a un truc qui flotte dans mon cocktail. (Se penchant pour voir) Ça ressemble à un oeil. (Levant la tête, perturbée) On dirait qu'il me regarde....

Le barman semble contrarié.

Barman - J'ai pas dû mixer assez fin...

Il prend une fourchette et enlève discrètement la chose. Poursuivant sa pensée, la brune soupire.

Brune - J'ai même pas d'amis... Je me suis inscrite sur Facebook, le seul qui m'ait proposé spontanément son amitié, c'est un pétomane argentin. Ma vie sociale est d'une telle vacuité... Si je devais me marier demain, je ne suis pas sûre que je pourrais trouver un témoin. Alors un mari...

Barman - Vous n'avez pas de famille ?

Brune - Ils sont tous morts quand j'avais trois ans...

Barman - Non...

Brune - Asphyxiés... Le monoxyde de carbone, ça ne pardonne pas. On vivait avec le RMI dans un logement social à Neuilly. Ma mère n'avait pas fait ramoner le tuyau de poêle depuis ma naissance...

Le barman la regarde, interloqué.

Brune - Je suis la seule de la famille à avoir survécu. Mon père m'enfermait la nuit à la cave. C'est ça qui m'a sauvée...

Barman (atterré) - À la cave...?

Brune - Pour pas entendre mes cris ! J'avais faim... Mon père était alcoolique. Quand ma mère lui donnait de l'argent pour acheter un litre de lait, il revenait avec un litre de rouge.

Barman (au bord des larmes) - Oh, mon Dieu...!

Brune - Je déconne. Vous avez déjà vu un logement social à Neuilly...

Le barman marque un temps, un peu froissé de s'être fait balader.

Brune - Mais je suis un peu en froid avec mes parents... Le dernier cadeau que j'ai reçu d'eux pour mon anniversaire, c'est une lettre recommandée de leur notaire. Ils m'informaient qu'à leur mort, ils léguaient tous leurs biens à la recherche contre le cancer. Ça m'étonne de leur part, d'ailleurs, cette générosité. Financer la recherche contre une maladie dont ils seraient déjà morts... Et vous, vous avez encore vos parents ?

Barman - Ma mère est décédée, et mon père est interné en Belgique...

Brune (impressionnée) - Parce que le chagrin l'a rendu fou...

Barman - Non, parce qu'il a décapité ma mère avec une tronçonneuse.

Brune - Ah, oui... Il était bûcheron...?

Barman - Cinéphile, plutôt. Il venait de voir Massacre à la Tronçonneuse.

La brune accuse le coup, avant de reprendre une gorgée de son cocktail et de revenir à ses problèmes en soupirant.

Brune - Je ne demande pourtant pas grand chose. Un peu d'affection, quoi. Quelqu'un qui m'attende tous les soirs à la maison pour me sauter dessus quand je reviens du boulot.

Barman - Prenez un berger allemand...

Tête de la brune, se demandant s'il plaisante ou pas.

Brune - Et vous, vous avez quelqu'un ?

Barman - Je viens de rompre avec mon fiancé. Il était informaticien...

Blonde - Oui, j'imagine que c'est une raison suffisante...

Barman - À chaque fois qu'on faisait l'amour, il me susurrait dans l'oreille : ouvre ton port USB, je vais brancher mon périphérique...

La brune soupire.

Barman - Allez... Il y a bien quelqu'un pour qui vous comptez un peu...

Brune - C'est simple, c'est mon anniversaire aujourd'hui, et les seuls à y avoir pensé, c'est Les Trois Suisses... C'est chez eux que j'ai acheté mon pull...

Le barman ajoute dans le cocktail un bâtonnet qu'il allume et qui se met à brûler en lançant des étincelles.

Barman - Happy Birthday...!

Brune - Merci...

Dans une ambiance pathétique, ils regardent tous les deux le bâtonnet étinceler jusqu'à extinction.

Brune - Et vous ? Ça doit pas être facile non plus. Je veux dire... Avec votre famille. Ça s'est passé comment, votre coming out ?

Barman - Mon père m'a surpris en train de m'astiquer devant une vidéo gay.

Brune (l'esprit ailleurs) - Ah, ouais... (Elle sort un miroir de son sac et se regarde) Je ne sais pas pourquoi j'ai mis ce pull over. Ça me boudine un peu, non  ? (Moue polie du barman) Acheter des trucs par internet... C'est le même problème que pour les sites de rencontre. Sur la photo, on se dit que ça va aller, et à la livraison...

Barman - C'est pas toujours la bonne taille...

La brune se regarde encore dans son miroir.

Brune - Et puis cette couleur, ça ne me va pas au teint... On dirait que j'ai un cancer du foie... (Soupirant) Bon, je vais fumer une cigarette dehors... Si je ne suis pas revenue dans cinq minutes, c'est que je me suis jetée dans la Seine. Et surtout, vous n'appelez pas le SAMU. Je refuse d'être réanimée...

Barman - Pas la peine, j'ai été pompier volontaire. C'est comme ça que j'ai appris le bouche à bouche... avant d'être radié pour recel de cadavre. En fait, c'était mon père qui... Enfin, bref...

La brune tique un peu, puis s'éloigne vers la porte.

Brune - Si il arrive entre temps, vous ne lui dites pas que je suis déjà passée et que je l'attends depuis une heure, hein...?

Barman (avec un sourire inquiétant) – Ne vous inquiétez pas. Je ferai tout ce que je peux pour le retenir.

Brune - Je me demande si ça me rassure vraiment...

Elle sort. Le barman remet la radio, qui passe une chanson de Dalida (Besame, besame mucho...).

2.

L'homme - Le barman

Le barman astique sa pompe à bière en écoutant la radio, qui diffuse un flash d'information.

Speaker - On est toujours sans nouvelles du dangereux schizophrène qui s'est échappé de l'hôpital psychiatrique de Namur, où il était interné après avoir décapité sa femme avec une tronçonneuse... (Le barman tend l'oreille) Des témoins l'auraient aperçu dans un magasin de bricolage du centre ville, puis à la gare, où il aurait acheté un billet de train pour Paris. Les polices belge et française collaborent étroitement afin de tout mettre en œuvre pour le retrouver au plus vite...

Un homme entre, nerveux. Il jette un regard vers la salle. Quel que soit son physique et son accoutrement, c'est tout sauf un sex-symbol. Le barman éteint la radio.

Barman - Qu'est-ce que je vous mets ?

Homme - Qu'est-ce que vous avez de plus fort ?

Barman - Le cocktail maison...

Homme - Je vais prendre ça.

Le barman le sert. Le type regarde autour de lui.

Barman - Vous attendez quelqu'un...?

Homme - Ça se voit tant que ça ? Je suis un peu en retard... Vous avez vu quelqu'un ?

Barman - Ça dépend... Il ressemble à quoi ? Ah, d'accord... Vous aussi, vous êtes hétéro... Alors, elle ressemble à quoi ?

Homme - À rien... Je l'ai connue sur un site de rencontre. Elle n'avait pas mis sa photo...

Barman - Etre modeste à ce point-là, c'est pas toujours bon signe...

Homme - Remarquez, je n'avais pas mis la mienne non plus... Je me suis rendu compte que depuis que j'ai retiré la photo de ma fiche, je suis beaucoup plus sollicité...

Barman - Sûrement parce que les femmes ont le goût du mystère...

Homme - Enfin quand je dis sollicité... C'est le premier vrai rendez-vous que j'arrive à décrocher depuis que je suis inscrit sur le site. Ça fait quand même trois ans... Je n'ai jamais eu de chance avec les femmes. Déjà, à l'école primaire, ma prof de géo m'avait pris en grippe. On devait reconnaître les différentes sortes de nuages, et j'avais répondu cunnilingus au lieu de cumulonimbus...

Barman - Ah, oui...

Homme - C'est simple, hier, en rangeant mon portefeuille, je me suis rendu compte que mes préservatifs étaient périmés. Ça vous donne une idée de l'intensité de ma vie sexuelle...

Barman - Si vous les rangez dans votre portefeuille...

Homme - Ben oui, avec ma carte vitale... Oh, et puis les préservatifs, c'est celui qui reçoit à domicile qui fournit, non ? C'est comme au foot...

Barman - Au foot...?

Homme - Au foot... L'équipe qui reçoit à domicile...

Barman - Oui...?

Homme - Laissez tomber... (Revenant à son idée) En plus, elles m'avaient coûté la peau des fesses, ces capotes. C'est des préservatifs avec gel anesthésiant à effet retardateur... Il paraît que ça peut provoquer des allergies chez les femmes, mais bon...

Barman (interloqué) - Avec gel anesthésiant...?

Homme - Ben oui, la dernière nana avec qui j'ai couché... Je pensais que ça lui avait plu... J'allais m'endormir avec le sentiment du devoir accompli... Elle m'embrasse sur la joue et elle me dit : T'inquiète pas, ça arrive... Depuis, rien. C'est le désert... Hier, je m'emmerdais tellement... J'ai passé la soirée à jouer à un jeu vidéo qui consiste à arrimer une fusée à une Station Orbitale... En cinq ans, j'ai dû avoir trois expériences sexuelles. Et encore, la dernière fois, je ne suis même pas allé jusqu'à l'arrimage. Vous croyez que je dois la compter, celle-là ?

Barman - Si la fusée a quand même décollé…

Homme - Disons qu'elle a plutôt explosé en vol... (Un temps) Moi, mon rêve, ce serait d'avoir deux femmes. Une brune et une blonde. Tous les soirs, je choisirais celle qui se marie le mieux avec ma cravate, et c'est elle que j'emmènerai faire un tour avec ma décapotable...

Barman - Et l'autre ?

Homme - Elle resterait à la cuisine pour préparer le dîner !

Barman - C'est la première fois que j'entends une version aussi torride de l'amour à trois...

Homme - La nuit dernière, en revanche, j'ai fait un de ces cauchemars... J'étais le Prince Charmant, j'arrivais à cheval et je devais réveiller la Belle au Bois Dormant en lui roulant un patin...

Barman - Un cauchemar ?

Homme - Vous imaginez l'haleine de chameau, après une sieste de 100 ans... En plus, elle embrassait comme un poulpe... Et vous, votre rêve, c'est quoi ?

Barman - Epouser le Prince Harry et devenir Reine d'Angleterre.

Homme - Ah, d'accord... Alors c'est pour ça que vous n'êtes pas branché foot...

Barman - On peut être gay et aimer le foot, vous savez. Mais je préfère le rugby... J'adore regarder les rugbymen à la télé, vautré sur le canapé avec un copain en sirotant quelques bières.

Homme - Je me demande si je ne suis pas homo, moi aussi...

Barman - La dernière fois, j'ai rêvé que Chabal me plantait un essai.

Homme - Non, mais j'ai rien contre, remarquez. D'ailleurs, je travaille avec un homo... Des fois, on mange ensemble, chez Mac Do. Enfin, pas à la même table...

Barman (avec un air navré) - Je vous sers votre deuxième cocktail ? C'est happy hour...

Homme - Je vais d'abord essayer de  finir celui-là. (Prenant une gorgée) On sent bien l'alcool à 90, hein ?

Barman - Il y a de la crème de banane, aussi. Pour ajouter le petit côté suave...

Homme - C'est curieux... Ça croustille un peu sous la dent. (Il se penche vers la bassine contenant le cocktail) C'est quoi, ce truc marron qui flotte à la surface...? On dirait que ça bouge...

Le barman se penche à son tour pour regarder.

Barman - Ça doit être un cafard... Non, mais ça ne fait pas partie de la recette, hein ? Il a dû tomber du plafond... Bougez pas, je suis pompier... (Il repêche le cafard avec la louche et l'examine) Coma éthylique... On arrive trop tard... Enfin, lui au moins, il a l'air d'avoir apprécié mon cocktail...

L'homme le regarde, interloqué.

Homme - Moi aussi, la première fois où j'ai fait l'amour, j'étais ivre mort...

Barman - Une soirée d'ado un peu trop arrosée...?

Homme - Non... J'avais 27 ans... C'était dans un hôpital...

Barman - Une infirmière ?

Homme - Non, non... Une malade... (Étonnement du barman). Non, mais pas en phase terminale, hein ? C'était une copine qui venait de se faire opérer des amygdales. Enfin, c'était pas vraiment une copine, c'était la fille de ma concierge. Une réunionnaise. Je lui avais amené une bouteille de punch. Mais comme elle ne pouvait pas boire, à cause de son opération, c'est moi qui me la suis enfilée... Je veux dire, la bouteille... Comme elle ne pouvait pas parler non plus, on a échangé par gestes. Et de fil en aiguille...

Il prend une gorgée de son cocktail.

Homme - Je me demande si elle était complètement réveillée de son anesthésie, en fait... En tout cas, elle ne m'en a jamais reparlé... Et vous ? Votre première fois, c'était où ?

Barman - Dans une baignoire...

Homme - Non, mais je veux dire... à deux.

Barman - Une grande baignoire.

Homme - Ah, ouais... Je me suis toujours demandé quel effet ça faisait de faire ça dans l'eau...

Barman - Ça, je saurais pas vous dire.

Homme - Pardon ?

Barman - On avait pas eu l'idée de la remplir...

L'homme marque le coup, puis regarde sa montre.

Homme - Je vous parie mon slip qu'elle ne viendra pas... Je ferais mieux de rentrer chez moi, de me coucher et d'ouvrir le gaz. Enfin... D'ouvrir le gaz et de me coucher... Ça m'évitera de me relever... Dans quelques mois, ma concierge réunionnaise retrouvera mon corps décomposé sur le lit. Il faudra découper le matelas autour pour emmener le corps... (Reprenant une gorgée) Je peux vous faire une petite critique constructive ? Il est vraiment infâme, votre cocktail. Je ne sais pas où vous avez trouvé la recette...

Barman (offusqué) - C'est une composition personnelle. Aucun client ne s'est jamais plaint jusque là...

Homme - Peut-être parce que personne n'a survécu. Je ne sais pas si c'est ça qui m'a filé mal au ventre. À moins que ce soit le trac. Pour ce rendez-vous, je veux dire. Imaginez que ce soit un top model. Je vais aller lâcher mon alien avant qu'elle arrive, tiens, ce sera plus prudent. Les toilettes, c'est par où ?

Barman - Au fond du couloir, à droite... (Il s'éloigne vers les toilettes) Poésie, quand tu nous tiens...

Le barman rallume la radio, qui passe une chanson de Dalida (Il venait d'avoir 18 ans...).

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