Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

À la veille de Noël, le retour imprévu d’un grand père qu’on croyait mort bouleverse la routine d’une famille d’apparence ordinaire. Une comédie loufoque et cruelle sur le lien familial. Allez directement en enfer… ou tirez une carte chance.

ISBN 978-2-37705-000-0

Octobre 2016

54 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

POUR LES PARTICULIERS

ACHAT EN LIGNE

ou auprès de votre libraire

POUR LES LIBRAIRES

VOIR CONDITIONS DE VENTE

remise de 30% et port offert

LIRE LE DÉBUT

Librairie théâtrale acheter livres théâtre en ligne éditions théâtrales comédies auteur contemporain sketchs saynètes éditeur vente en ligne ebook bibliothèque

Un salon ouvrant sur une terrasse. Quelques décorations de Noël mais pas de sapin. Judith, quarante à cinquante ans, assise dans un fauteuil, lit un journal titrant sur l’éruption d’un volcan islandais perturbant le trafic aérien. William, son mari, même âge, prend soin d'une plante dans une jardinière. Il l'arrose, la vaporise, la taille... À court d'imagination, il s'installe dans un autre fauteuil. Silence. Un grand coucou à l’ancienne en forme de pendule de parquet, situé entre eux, chante trois fois.

William – Le coucou chante toujours trois fois…

Judith – Il est quelle heure ?

William – Je ne sais pas. Pas trois heures, en tout cas.

Judith – Il faudrait le faire réparer.

William – Ou s’en débarrasser. C’est quand les encombrants ?

Judith – C’est la seule chose qui te vient de ta famille.

William – Oui ben c’est encore trop encombrant…

Un temps.

William – C’est incroyable, ce temps, pour un mois de décembre.

Judith – C’est l’été indien.

William – Noël au balcon…

Judith – En tout cas, heureusement qu’on n’avait pas prévu de partir en vacances aujourd’hui. Tu as lu ça ? Tous les aéroports sont bloqués.

William – On se croirait revenu au temps des caravelles. Pour qu’un avion décolle, maintenant, il faut attendre que les vents soient favorables.

Judith – Tout ça à cause d’un volcan dont on ne peut même pas prononcer le nom.

William – Comme celui du diable…

Judith – Pardon ?

William – Le diable non plus, on ne peut pas prononcer son nom ! Ça prouve bien qu’il y a quelque chose de diabolique dans cette histoire.

Judith – Bon, ce n’est pas la fin du monde, non plus.

William – Je me demande si ce ne sont pas les millénaristes qui ont raison. Et si l’apocalypse était vraiment pour le 25 décembre de cette année ?

Judith – Parce qu’un volcan est entré en éruption ?

William – Pour les dinosaures aussi, ça a commencé comme ça !

Judith – Il ne faudrait jamais réveiller un volcan qui dort…

William – Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait?

Judith – En attendant la fin du monde ?

William – Quand le petit oiseau aura quitté son nid…

Judith – Il y a un nid ? Où ça ?

William – C’est une métaphore ! Je parle de Nina, notre fille ! Quand elle sera vraiment partie, et nous aura laissés tout seuls dans cette maison avec une chambre en trop.

Judith – Elle ne part pas pour toujours. Et elle ne va qu’à Paris. Elle reviendra.

William – Oui, en transit.

Judith – Je préfère ne pas y penser. Pas tout de suite…

William – Ça fait plus de vingt ans que nos journées sont rythmées par elle. Que notre vie tourne autour d’elle. Qu'est-ce qu'elle a mangé ? Qu'est-ce qu'elle va manger? Qu’est-ce qu’elle a fait ? Qu’est-ce qu’elle va faire ? Il va falloir s’habituer à l'idée que maintenant, notre fille unique sait manger et aller aux toilettes toute seule.

Judith – Il faudra trouver d’autres repères, se créer de nouvelles habitudes.

William – Comment on faisait avant ?

Judith – Je ne sais plus.

William – Il va falloir réapprendre.

Judith – Mais ce ne sera plus jamais comme avant.

William – Alors il va falloir réinventer.

Judith remarque la jardinière.

Judith – Tu fais des plantations ?

William – Juste un ou deux plans de cannabis, pour notre consommation personnelle.

Judith – Non ?

William – On a dit qu’on devait changer nos repères, non ? Un petit pétard de temps en temps, ça devrait au moins nous aider à nous défaire de nos anciens repères. (Elle le regarde interloquée) Je déconne, c’est des tomates cerises. J’ai trouvé ça chez le fleuriste.

Judith – Chez le fleuriste ? C’est très délicat de ta part, mais il ne fallait pas. J’espère que tu ne t’es pas ruiné, au moins…

William – Dix euros. J’y allais pour acheter un sapin de Noël. Mais il paraît que ça peut avoir un rendement incroyable, les tomates cerises. Plus que l’épicéa en tout cas. Tu as vu le prix des tomates cerises ? C’est presqu’aussi cher que le cannabis.

Judith – Et en plus c’est légal…

William – Si je fais vraiment partie de la charrette de licenciement, à la banque, je pourrais toujours faire dealer de tomates cerises.

Judith – Mmm…

William – Bon, pour l’instant je n’ai encore rien récolté, mais je l’ai acheté il y a une heure.

Judith – Oui, et on est quand même au mois de décembre.

Ils restent tous les deux silencieux un instant.

William – Tu vois, je ne sais même plus si je le redoute ou si je l’espère, ce licenciement.

Judith – Ça pourrait être l'occasion d'évoluer...

William – Ou le début de la fin, comme pour les dinosaures. Eux, ils n'ont pas réussi à évoluer...

Judith – On a de quoi voir venir. Tu toucherais une indemnité. Et puis je travaille, moi.

William – Je sais. C’est ça qui me déprime. Il y a vingt ans, on n’avait rien, et on n’avait peur de rien. Surtout pas de l’avenir. Aujourd’hui on a une maison, deux voitures, une assurance-vie chacun... On a tout, et on a peur de tout. Même des volcans. On est devenu des dinosaures, je te dis...

Un temps.

Judith – Tu aurais enfin le temps d’écrire ton roman. Tu en parles depuis des années. Comment ça s'appelait, au fait ?

William – « Mémoires d'un amnésique ».

Judith – C'est un bon titre.

William – Malheureusement, depuis le temps, il a été déjà été pris.

Judith – Tu pourrais appeler ça « Mémoires d'un dinosaure »...

William – C’est déjà pris aussi. Tous les bons titres sont déjà pris. Tu te rends compte ? Si seulement j’étais né cent ans plus tôt, j’aurais pu intituler mon bouquin À la Recherche du Temps Perdu ou Voyage au Bout de la Nuit. Avec des titres pareils, évidemment, j’aurais fait un carton.

Judith – C’est à vous dégoûter d’écrire…

William – En attendant, je ferais mieux de ne pas lâcher l'idée de la culture en terrasse. Au cas où mon indemnité de licenciement ne soit pas à la hauteur de nos espérances.

Judith – Ça t’inquiète tant que ça ?

William – Pourquoi tu crois que j’ai acheté une plante vivrière plutôt qu’un plan de cannabis ?

Judith – Parce qu’ils ne vendent pas de plan de cannabis chez le fleuriste ?

On entend un bruit pénible de flûte parsemé de nombreuses fausses notes.

William – Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est atroce ! Comment veux-tu que je puisse écrire le prochain Goncourt dans ces conditions ?

Judith – La fille de la voisine... Nina aussi apprenait  à jouer de la flûte quand elle était au collège. Tu ne te souviens pas ?

William – C'est vrai. C’est incroyable. Hier encore, on lui apprenait à jouer du pipeau, et aujourd’hui elle est avocate. Remarque, c’est un peu pareil…

Judith – Quoi ?

William – Un avocat aussi, ça joue du pipeau.

Judith – Ah, oui… Pour éviter qu’on mette ses clients au violon.

William – Excellent. En tout cas, si un jour on découvre des plantations illicites sur notre terrasse, on pourra toujours l’appeler dès notre première heure de garde à vue. C’est quand même rassurant, non ?

Judith (regardant la plante avec suspicion) – Tu me jures que c’est bien un plan de tomates cerises ?

Nina arrive en tirant une valise à roulettes. C’est une jeune fille d’une vingtaine d’années au look assez sportif.

William – Alors ça y est, tu t’en vas ? Tu vas nous laisser tout seuls ici, comme deux vieux croûtons… On va enfin être un peu tranquille.

Nina – Moi aussi. 

William – On parlait de toi, justement. Je disais à ta mère que si un jour on découvre un cadavre enterré dans notre jardin, tu pourras toujours nous éviter d’avoir des ennuis avec la police.

Nina – Tu crois ?

William – C’est quand même nous qui avons payé tes études !

Judith – Tu ne veux vraiment pas qu’on t’accompagne à Paris ?

Nina – Ce n’est pas la peine, maman, je t’assure. Josiane passe me prendre en voiture.

William – Josiane ? C’est qui, ça, Josiane ?

Judith – La… collègue de Nina avec qui elle va partager son appartement, tu sais bien.

William – Non… On ne me dit rien… Et elle a quel âge   cette Josiane ?

Nina – Qu’est-ce que ça peut faire ? T’es de la police ?

William – Les gens ont encore le droit d’appeler leur fille Josiane ? Ça n’a pas été interdit ?

Judith – Les loyers sont tellement chers, à Paris… Tu es sûre que tu n’as rien oublié ?

Nina – Si j’ai oublié quelque chose, je reviendrai. Je ne pars pas au bout du monde.

William – Oui, enfin… Ramené à l’échelle de Paris, le quinzième arrondissement, c’est quand même ce qui se rapproche le plus du bout du monde.

Nina (à Judith) – Je te laisse mes clefs ? Pour la femme de ménage…

William – C’est ça, laisse tes clefs à la réception en partant. Tu as pris quelque chose dans le minibar ?

Judith – Je te jure, tu devrais écrire ton bouquin. Si tu couchais par écrit toutes les bêtises que tu racontes, ça pourrait faire plusieurs volumes…

Le téléphone sonne à l’intérieur de la maison.

William – J'y vais. Je préfère ne pas assister à vos adieux déchirants.

Partager cet article

Repost 0