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Dix ans après le bac, elle fait son come-back… En conviant chez lui ses deux ex « meilleurs potes » qu’il n’a pas revus depuis le bac, un comédien au bout du rouleau provoque leurs improbables retrouvailles avec une ex « bonne copine » de lycée à qui ils ont laissé un mauvais souvenir…

ISBN 978-2-37705-001-7

Octobre 2016

68 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

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Un appartement sentant la vie de bohème, et meublé principalement de cartons, visiblement en prévision d'un déménagement. Nicolas, la trentaine, look de looser, fait les cent pas, pensif. Il se décide, décroche le téléphone, et attend nerveusement pendant que ça sonne à l'autre bout du fil.

Nicolas (avec une amabilité surjouée) - Allo, Brigitte Paradis ? Vous avez bien fréquenté l'École Saint-Sulpice de Villiers-sur-Marne dans les années 90...? (Se laissant aller petit à petit) Vous êtes brune, avec des yeux noisette, et une poitrine plutôt...? (Brusquement) Excusez-moi, j'ai dû faire un faux numéro. Je cherche une rousse aux yeux gris avec des petits seins...

Il raccroche, et pousse un soupir de soulagement satisfait, interrompu par la sonnerie de la porte d'entrée. Nicolas va ouvrir. Antoine arrive, look prof.

Nicolas - Salut Antoine, entre...

Antoine - Nicolas ! Eh ben... Si je t'avais croisé dans la rue, je t'aurais pas reconnu... Ça fait au moins dix ans, non ?

Nicolas - Neuf.

Antoine - Eh oui ! L'année du bac... Tu te souviens ? Les grèves ! On avait passé tout le mois de mai à draguer sur les pelouses... Ce n'était pas soixante-huit... ni même soixante-neuf, mais bon... On n'avait rien foutu, et ils ont donné le bac à tout le monde...

Nicolas - Oui... Je dois être le seul à l'avoir raté, cette année-là...

Antoine (feignant l'embarras) - Je suis désolé, je n'ai rien amené... Je voulais prendre une bouteille en passant, mais la supérette d'en bas était déjà fermée...

Nicolas - Ah ouais...? Normalement, ils ferment à huit heures...

Antoine jette un coup d'oeil sur l'appartement sordide de Nicolas.

Antoine (faux-cul) - Tu es bien installé, dis donc...

Nicolas - Mmm... Ça vient d'être classé logement insalubre...

Antoine (ne relevant pas) - Toujours célibataire ?

Nicolas - Ouais...

Antoine - Veinard ! Tu ne sais pas la chance que t'as... Et tu fais quoi, maintenant ?

Nicolas - Je suis comédien...

Antoine - Ce n'est pas vrai ? T'as continué, alors ?

Nicolas - Quand on a le virus... Et toi ? Tu as laissé tomber ?

Antoine (emphatique) - Errare humanum est, perseverare diabolicum !

Nicolas - T'es prof de latin ?

Antoine - De gym... Je suis marié, mon vieux ! J'ai deux gosses. Alors le théâtre, tu penses bien... Et toi, ça marche ?

Nicolas - Tu as vu le dernier épisode de Navarro ?

Tête d'Antoine signifiant qu'il ne sait pas trop.

Nicolas - Dans la scène avec le légiste, là, c'est moi...

Tête étonnée d'Antoine.

Antoine - Le légiste de Navarro, c'est toi ?

Nicolas - Pas le légiste... Le cadavre...

Antoine - Ah ouais, d'accord... Je ne t'aurais pas reconnu, dis donc... Je me suis toujours demandé comment ils faisaient pour ne pas bouger, comme ça... Ça ne doit pas être évident, hein ?

Nicolas - C'est un métier... Enfin, c'est surtout le maquillage, qui prend beaucoup de temps...

Antoine - Et Navarro, il est sympa... Enfin, je veux dire Roger Hanin...

Nicolas - Tu sais, je ne l'ai pas beaucoup vu, hein... Comme j'avais les yeux fermés...

Antoine - Ah, ouais... Et sinon, tu as d'autres projets...?

Nicolas - Pour l'instant, je suis en arrêt maladie...

Antoine - Ah... (Tentant de plaisanter) Ce n'est pas contagieux, au moins...?

Nicolas (sinistre) - Non, non, rassure-toi... C'est mortel, mais c'est pas contagieux...

Antoine prend évidemment cela comme une blague à froid. Il jette un regard intrigué autour de lui et constate l'absence de tout autre invité et de tout préparatif de fête. Il remarque aussi les cartons...

Antoine (inquiet) - Tu déménages...?

Nicolas - Euh... Non... Enfin, pas tout de suite...

Antoine (soulagé) - J'ai eu peur... J'ai cru que tu m'avais fait venir pour charger le camion...

Antoine ne dit rien et semble préoccupé. Antoine commence à se demander ce qu'il fait là. Il regarde Nicolas en essayant de faire bonne figure, mais ne sait plus très bien quoi dire.

Antoine - Ça sent le fauve, ici, non...? Tu as un chat ?

Nicolas - Un iguane.

Antoine - Un iguane ?

Nicolas - Non mais rassure-toi, il est enfermé dans la salle de bain...

Nouveau silence embarrassé. Antoine se demande visiblement ce qu'il fout là, pour ne pas dire qu'il doute de la santé mentale de Nicolas.

Antoine - Dis-moi, c'est vraiment très sympa de m'avoir invité, mais on fête quelque chose, là...? C'est ton anniversaire, ou...? Je suis peut-être un peu en avance...?

Nicolas (ailleurs) - Euh... Non, non... On n'attend personne d'autre... Enfin, à part Vincent...

Antoine (étonné) - Ah, tu as invité Vincent...? (Forçant un peu son enthousiasme) Ah oui, ça me fera plaisir de le revoir... On s'est croisé, une fois ou deux... Je ne sais pas trop ce qu'il devient...

Nicolas - Il est dans la communication, je crois...

Silence embarrassé.

Antoine - Alors, comme ça, tu as eu l'idée de nous réunir tous les trois ? Pour se rappeler le bon vieux temps...?

Nicolas - En fait, j'avais quelque chose à vous demander. Mais je préfère attendre que Vincent soit là...

La sonnette de la porte se fait à nouveau entendre.

Antoine - Ah... Quand on parle du loup...

Nicolas va ouvrir.

Nicolas - Salut Vincent...! Entre...

Nicolas revient, suivi de Vincent, look business branché, une bouteille de Moët et Chandon à la main.

Vincent - Désolé, je suis un peu en retard... (Il tend à Nicolas sa bouteille de champagne) Tiens, j'ai pris ça à la supérette d'en bas...

Nicolas - C'était pas fermé...?

Embarras d'Antoine qui, afin de faire diversion, s'approche de Vincent pour le saluer.

Antoine - Salut Vincent !

Vincent (surpris et pas très enthousiaste) Ah, d'accord... C'est une réunion nostalgie... Les Trois Mousquetaires, dix ans après...

Nicolas - Neuf... Je vais sortir des coupes...

Nicolas pose la bouteille sur la table et farfouille dans un carton à la recherche de coupes, pendant que Vincent sourit à Antoine, avec une joie un peu affectée.

Vincent - Tu as dû en faire du chemin, depuis que tu as quitté le lycée...?

Antoine - Ben, je suis toujours au lycée Saint-Sulpice, en fait... Je suis juste passé de l'autre côté du bureau. Enfin, je n'ai même pas de bureau. Puisque je suis prof de gym... Et toi ? (Considérant son look golden boy) Ça a l'air de marcher, dis donc... Tu es dans quoi, exactement ?

Vincent - Dans la pub... Je suis directeur artistique pour une grande agence...

Antoine - C'est peut-être ce que j'aurais dû faire, moi, parce que prof, tu sais... Bon d'accord, contrairement à nos élèves, nous on est payés, mais tellement mal... Non, et puis il n'y a plus aucune discipline... Tu ne peux pas savoir ce que les jeunes de maintenant peuvent être violents... Remarquez, nous, on était pas mal non plus, hein ? Vous vous souvenez de ce gamin, en sixième, qu'on avait accroché par le col au portemanteau ? On appelait ça jouer au pendu.  Si un autre élève n'était pas passé par là et ne l'avait pas décroché... Il était déjà tout bleu...

Nicolas - Oui, je m'en souviens très bien... C'était moi...

Antoine - C'est toi qui l'a décroché...?

Nicolas - Non le... le pendu... C'était moi...

Antoine (gêné) - Ah ouais... Ah je ne me souvenais plus du tout que c'était toi, dis donc, c'est marrant... Je crois que c'est comme ça qu'on a fait connaissance, d'ailleurs...

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