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Monologues poétiques, psychanalytiques et néanmoins humoristiques.

ISBN 979-10-90908-67-3
Octobre 2016

72 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

 

 

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Divan

Je m'allonge ou...? Ok... Je ne sais pas très bien par où commencer... J'ai trouvé vos coordonnées dans l'annuaire... On peut demander à un ami si il connaît un bon dentiste pas trop cher et qui ne fait pas mal, mais... quelqu'un comme vous. Alors, j'ai consulté les pages jaunes... Et puis j'ai choisi votre nom au hasard dans la liste... Plutôt longue, la liste, hein ? Un job payé en liquide, par les temps qui courent... Il paraît qu'on n'a pas besoin de diplôme pour faire votre métier. Qu'il suffit d'avoir été client pour se mettre à son compte... C'est vrai ? Alors moi aussi, après, si je veux... Je vais considérer que je suis en formation alors. Mais ça ne vous fout pas un peu les boules que tous vos clients deviennent des concurrents potentiels ? Vous imaginez ? Je vais voir mon boucher, je prends une tête de veau, et en sortant j'ouvre une boucherie juste en face... Ça ne risque pas d'arriver, remarquez, j'ai horreur de la viande... Même avec les œufs, j'ai du mal. Bon, j'en mange de temps en temps, mais... Il paraît que les oiseaux sont les descendants des dinosaures... Alors un œuf, c'est un peu un fœtus de dinosaure, non ? En fait, je n'ai pas choisi votre nom tout à fait par hasard... Vous étiez le dernier sur la liste... Comme votre patronyme commence par un Z... J'ai sûrement voulu réparer une injustice... C'est mon côté Zorro. Oui, j'imagine que les autres choisissent toujours le premier de la liste... Monsieur Aa, Madame Ab, ou Monsieur Bb... Je me doute de ce que vous avez dû endurer pendant vos études... Si vous en avez fait... Toujours le dernier à passer à la casserole... Moi, ça va. Je suis dans les M... Plutôt dans le peloton de queue, mais bon... Tiens, c'est marrant, moi c'est à la fin de mon nom qu'il est le Z... Mon père était espagnol... Je ne sais pas pourquoi je dis "était", parce qu'il l'est toujours... Je veux dire, vivant. Enfin, je crois... Mais est-ce qu'on peut dire qu'il est encore espagnol ? Il a été naturalisé... Naturalisé français, je veux dire... Pas empaillé... Ou congelé... C'est dingue, toutes ces bonnes femmes qui mettent leurs marmots au congélateur, non ? Entre le poisson pané et les esquimaux... Si seulement les enfants pouvaient faire la même chose avec leurs parents... Les conserver comme ça au congélo en attendant de savoir quoi en faire... Pourquoi je vous raconte tout ça, moi...? Ah, oui, le Z ! Alors il faut que je vous raconte tout depuis le début, c'est ça ? De A à Z. Ou plutôt de M à Z... Puisque pour moi ça commence à M... Je n'ai jamais aimé mon prénom... Vous avez remarqué, à la télé, dans les films ? L'abruti de service s'appelle toujours Jean-Pierre... Comme dans Ma Sorcière bien aimée, par exemple. Vous connaissez ? Mais si, le mari de Samantha ! Eh ben le con, dans l'affaire, c'est lui. Elle, elle rame toute la journée pour lui éviter la honte de passer pour le con qu'il est vraiment. Et elle n'a pas trop de tous ses pouvoirs magiques pour empêcher ça. Bon, elle l'aime, son Jean-Pierre, parce qu'il est gentil. Gentil, mais con. C'est l'idée qu'on se fait des Jean-Pierre, en général. Moi aussi, j'ai une fille. J'aurais dû l'appeler Tabatha. Je ne veux pas dire par là que ma femme est une sorcière. Ce serait plutôt une fée... Pour arriver à me supporter... C'est ce que ma mère lui dit toujours, d'ailleurs : Comment vous faites pour le supporter ? Elle est normande, ma mère. Comme les vaches. Alors le lait, le beurre, la crème... Qu'est-ce qu'on a pu en bouffer... Je ne digère pas, moi, le beurre. Je dois tenir ça de mon père. En Espagne, c'est plutôt l'huile d'olive. Il lui disait toujours : Pourquoi tu mets autant de crème dans la soupe ? Il aurait mieux fait de lui demander pourquoi elle ne mettait pas plus de soupe dans sa crème... C'était plus fort qu'elle, apparemment... L'atavisme... Finalement, mon père a trouvé quelqu'un d'autre pour lui servir la soupe... À la maison, maintenant, c'est moi qui cuisine. Comme ça, au moins, je sais ce que je mange. Vous ne dites rien, hein ? Mais vous n'en pensez pas moins. Vous vous demandez sûrement pourquoi je suis venu vous voir. Si je le savais, je ne serais pas venu, j'imagine. Enfin si, il y a quand même quelque chose. Comment vous dire ça ? Plus ça va... plus je me sens proche du minéral. Je ne sais pas pourquoi. Vous connaissez la formule : plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien ? Moi, plus le temps passe, plus les gens m'ennuient. Les chiens aussi, d'ailleurs. C'est avec les pierres que je me sens vraiment à l'aise... Une vie d'homme... C'est trop court, non ? Alors une vie de chien... Tandis qu'une pierre, ça ne vieillit pas... Même les arbres, ça ne me dit plus rien. Pourtant, il y en a qui ont plus de mille ans. Mais un arbre aussi ça finit par mourir. Ça peut même avoir des maladies. Et puis c'est bouffé par les vers, comme le reste. Ça finit par réintégrer la chaîne alimentaire. Une pierre, non. Personne ne mange de cailloux ! Sauf les poules, c'est vrai... Pour fabriquer la coquille de leurs œufs. Vous avez raison, on ne peut pas dire non plus que les pierres soient vraiment éternelles... Vous croyez que les dinosaures aussi bouffaient des cailloux pour fabriquer leurs œufs ? Dans ce cas, à quoi bon être une pierre ? Si c'est pour finir en coquilles vides après une omelette... Alors pourquoi j'aime les pierres, docteur ? Je veux dire Monsieur Z. Vous croyez que ça a quelque chose à voir avec mon nom ? Jean Pierre M.

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Les petites heures

Les petites heures, vous connaissez ? Un, deux, trois, quatre... À cinq, on serait déjà tiré d'affaire. Il suffirait de patienter un peu en écoutant la radio. Mais on se réveille, et on regarde par la fenêtre. Pas une lueur. On tend l'oreille. Pas un chant d'oiseau. Les diurnes dorment encore, les nocturnes sont déjà couchés. Aucun espoir de lendemain proche. On est au plus profond de l'obscurité, dans la contrée d'aucun homme, la nuit des dormeurs éveillés. Bien sûr, un effort suffirait pour se lever, et marcher. Mais ce serait prématuré. Presque contre nature. Voir la nuit avant d'avoir vu le jour... Alors on doit rebrousser chemin. Repasser la frontière. Revenir là où rien ne peut encore nous atteindre. Où rien ne peut nous attendre. Où personne ne peut nous entendre. L'au-delà est l'en-deçà d'un éternel réversible. Je compte jusqu'à cent. À l'envers. Quatre-vingt dix-neuf, quatre-vingt dix-huit... Espérant qu'avant la fin de ce compte à rebours, j'aurai cessé de compter. Les nuits de grande insomnie, je commence à sept milliards. Six milliards neuf cent quatre-vingt dix neuf millions neuf cent quatre-vingt dix neuf mille neuf cent quatre-vingt dix neuf autres, avant que mon tour vienne dans cette vaste salle d'attente à ciel ouvert qu'est le monde des vivants. Combien de temps pour effeuiller une à une toutes ces existences qui ne sont pas la mienne, pour me reconnaître dans cette foule et trouver mon sommeil ? Une nuit pour savoir qui on est. Ce qui nous distingue des autres. Une vie pour découvrir tout ce qui n'est pas nous. Mourir. Se fondre à nouveau dans l'indistinct. Dormir. Lâcher prise. Avec la peur de se réveiller un autre. Dans une obscurité qui serait un cauchemar sans espoir de matin. Ce qui me tient en vie, qui me tient en éveil, c'est la peur de sombrer par une mauvaise nuit, dans le mauvais sommeil, la fatigue éternelle. L'insomnie est une course immobile contre le temps. Une victoire provisoire. Quatre, trois, deux, un... Suspendues entre la torpeur de la nuit et la brutalité du réveil, les petites heures égrènent le temps compté des insomniaques.

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