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Deux touristes débarquent dans la villa qu'ils ont louée pour les vacances dans un pays du Maghreb, en promo après sa récente révolution. Mais la maison est déjà occupée par un autre couple...

ISBN 978-2-37705-035-2

Novembre 2016

60 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

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La terrasse d’une villa quelque part en Afrique du Nord. Une table de jardin. Quelques chaises. Deux transats. Maurice et Delphine, un couple de bobos parisiens, arrivent, fourbus. Maurice tire derrière lui une valise à roulettes Vuitton.

Delphine – Ce n’est pas trop tôt… Vingt minutes de l’aéroport, tu parles !

Maurice – En hélicoptère, peut-être…

Delphine – Pas avec une de ces bétaillères qu’on appelle ici un autobus, en tout cas… Je t’avais dit qu’on aurait dû prendre un taxi !

Maurice – Reconnais que c’était quand même assez typique…

Delphine – Quoi ? De voyager au milieu de tous ces animaux ? J’ai l’impression de sentir la chèvre, non ?

Maurice – Je ne sens rien…

Delphine – Ils auraient au moins pu nous prévenir que c’était un omnibus… Deux heures pour venir jusqu’ici…

Maurice pose la valise et admire le paysage.

Maurice – On est arrivé, c’est le principal ! Et la vue est magnifique. Regarde !

Delphine regarde à son tour et esquisse un sourire, avant de se rembrunir.

Delphine – Où est la mer ? Sur le site, c’était marqué terrasse avec vue sur la mer !

Maurice cherche désespérément, et trouve enfin.

Maurice – Ah, si, là-bas…

Delphine – Je ne vois rien… Où ça ?

Maurice – Mais si ! Tout à fait à gauche. Entre les deux chameaux…

Delphine – Ah, oui… En se penchant un peu, avec de bonnes jumelles…

Maurice (avec un geste tendre) – Allez… L’important, c’est qu’on soit ici… Ensemble… Pour notre deuxième lune de miel…

Delphine (se radoucissant un peu) – Tu as raison… Dix ans de mariage, tu te rends compte ? Si c’était à refaire, tu le referais ?

Maurice – Les yeux fermés !

Delphine – Et les yeux ouverts ?

Maurice – Tu vas voir, je suis sûr qu’on sera très bien ici… En tout cas, ce sera toujours plus confortable que le terminal low cost de l’aéroport de Beauvais…

Delphine – Onze heures de retard… à se nourrir de sandwichs avariés. C’est vraiment du racket. Ils te refilent une intoxication alimentaire avant d’embarquer, et dans l’avion, même pour vomir, les sacs en papier sont en supplément.

Maurice – Vois le bon côté des choses : au moins, on est déjà vaccinés contre la turista...

Delphine – Et dire qu’on a dû entasser toutes nos affaires dans une seule valise pour éviter de payer un bagage supplémentaire…

Maurice – Comme ça on voyage plus léger ! Je suis sûr qu’autrement, on aurait emmené des tas de trucs inutiles.

Delphine – Inutiles ? Sache qu’une femme n’emmène jamais rien d’inutile dans ses bagages. Tu confonds l’inutile avec le superflu, qui est absolument indispensable au bonheur de toute femme. Surtout pendant les vacances.

Maurice - Et puis Les Seychelles, avec Air France et en hôtel club, franchement… C’est un peu cliché, non… ?

Delphine – C’est là où on a passé notre première lune de miel !

Maurice – Justement ! À l’époque, Les Seychelles, c’était encore l’aventure. Maintenant, c’est tellement surfait...

Delphine – Pour notre anniversaire de mariage, ça ne m’aurait pas dérangée de faire dans le conventionnel.

Maurice – Et puis là, au moins, on soutient les mouvements de libération dans le Maghreb… Tu as vu tous ces panneaux électoraux fleurir un peu partout ? Ce vent de démocratie qui souffle sur le pays ?

Delphine – Oui, enfin… Passer ses vacances dans une villa avec piscine pour relancer le tourisme après la révolution… J’espère que tu ne te prends pas pour Che Guevara, quand même…

Maurice – N’empêche que si tout le monde optait pour des vacances solidaires...

Delphine – Ce n’est pas une démocratie, Les Seychelles ?

Maurice – Je ne sais même pas si c’est un pays…

Delphine – À qui ça appartiendrait, alors ?

Maurice – À un tour operator ?

Ils jettent un coup d’œil autour d’eux.

Delphine – Bon… Qu’est-ce qu’on fait ? On attend que quelqu’un arrive ?

Maurice – C’est ouvert, regarde.

Delphine – Je pensais que le propriétaire serait là sur la terrasse pour nous accueillir, en costume folklorique, assis sur un tapis d’orient, avec du thé à la menthe… Où est passé le légendaire sens de l’hospitalité dans les pays arabes ? Je te dis, la révolution, ça n’a pas que du bon. Les vieilles coutumes se perdent…

Maurice – Ça prouve au moins qu’il n’y a pas de problème de sécurité. À Paris, si on laissait notre porte ouverte comme ça… On ne retrouverait même pas la porte…

Delphine – Bon, ben on va aller voir à quoi ça ressemble à l’intérieur alors… Je ne rêve que d’une chose, c’est de prendre une douche et de changer de vêtements…

Maurice – Moi aussi.

Ils entrent dans la maison en tirant leur valise… Aussitôt après, un autre couple arrive sur la terrasse, plutôt beauf, celui-là. Patrick est vêtu d’un short et un teeshirt publicitaire. Brigitte, sexy tendance vulgaire, est habillée d’un paréo assez voyant. Ils reviennent de la piscine. Patrick porte un parasol replié ainsi qu’une radio et Brigitte une glacière.

Patrick – Heureusement qu’on avait emmené le parasol et la glacière, parce que ça tape au bord de la piscine… Je me rincerais bien la glotte, moi. Tu n’as pas soif, bébé ?

Brigitte – Je boirais la mer et ses poissons…

Ils s’installent dans les transats. Brigitte allonge la main vers la glacière qu’elle a posée à côté d’elle.

Brigitte – Qu’est-ce que tu veux, Patou ?

Patrick – Une petite mousse, tiens, ça me fera du bien…

Elle lui passe une cannette, et se sert un Coca Light.

Brigitte – C’est la dernière, il faudra en racheter.

Patrick – Déjà…

Brigitte – Tu en as bu combien, depuis ce matin ?

Patrick – Quand on aime, on ne compte pas… Tu crois qu’on trouve de la bière, ici ?

Brigitte – De la bière sans alcool, peut-être.

Patrick – Non ?

Brigitte – C’est des musulmans.

Patrick – Je me demande si on n’aurait pas mieux fait de repartir sur la Costa Brava…

Brigitte – Oh, la Costa Brava… C’est devenu très snob, non ?

Patrick – Tu trouves?

Brigitte – Et puis c’est vrai que cette année, avec ce qui est arrivé, on n’aurait pas eu le cœur à retourner là-bas, non ?

Patrick – Ni les moyens… C’est plus cher qu’en France maintenant !

Brigitte – Surtout depuis le passage à l’euro.

Patrick – Sans parler de la sécurité… L’année dernière, on nous a forcé la portière de la voiture… Avec Franco, il n’y avait pas tous ces problèmes là.

Brigitte – Non, c’est vrai que jusque là, je n’étais pas très fan du Maghreb. Mais faut reconnaître qu’à ce prix là…

Patrick – Et puis ici, ce n’est pas vraiment des Arabes, non ?

Brigitte – Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ?

Patrick – Je ne sais pas… Des Bédouins…

Brigitte – Des Bédouins ? (Un temps) Et les Bédouins, ce n’est pas des Arabes ?

Patrick – Je ne crois pas…

Ils boivent une gorgée de leurs cannettes, songeurs.

Brigitte – Les Bédouins, ce n’est pas ceux qui vivent dans le désert ?

Patrick – Pourquoi ?

Brigitte – Ben ici, on n’est pas dans le désert ! On est au bord de la mer.

Patrick – Sur des chameaux, tu veux dire ? Ça c’est les Touaregs, non ?

Brigitte – Et les Touaregs non plus, ce n’est pas des Arabes ?

Patrick – Va savoir.

Brigitte – Mais ils sont musulmans ?

Patrick – Qui ?

Brigitte – Les Bédouins !

Patrick – Ah ben, oui, quand même. Enfin je crois… On est dans le désert, mais au bord de la mer. Regarde, il y a un chameau là-bas ! Le vaisseau du désert, comme disent les gens d’ici.

Brigitte (bâillant) – Ah, bon ? Je ne suis pas encore remise du voyage, moi.

Patrick - Ça ne fait qu’une heure qu’on est arrivés.

Brigitte – Ça doit être le décalage horaire.

Patrick – Il n’y a qu’une heure de décalage ! Et encore, seulement l’été…

Brigitte – Ouais ben quand on n’est pas habitué…

Patrick – C’est vrai qu’il est déjà midi, et je n’ai même pas encore la dalle…

Brigitte – Tu as raison. Avec la Costa Brava, on n’avait pas ce problème de jet lag.

Patrick – Bon, ben en attendant que l’appétit vienne en mangeant, je ferais bien un petit somme, moi. Qu’est-ce que tu en penses ?

Brigitte – On va se gêner ! On est en vacances, non !

Ils commencent à s’assoupir... Maurice et Delphine reviennent sur la terrasse, et ne voient pas tout de suite Patrick et Brigitte, endormis dans les transats.

Maurice – Alors ? Pas mal, non ?

Delphine – Un peu rustique, mais ça ira.

Maurice – Si tu songes que ces gens se relèvent à peine d’une dictature d’un demi-siècle...

Delphine – Pourquoi un demi-siècle ? C’était une démocratie, il y a cinquante ans, ici ?

Maurice – Une royauté, je crois… Non ?

Delphine – Et c’est qui, exactement, ce candidat, pour ces premières élections démocratiques ?

Maurice – Lequel ?

Delphine – Il y en a plusieurs ?

Maurice – Ah ben oui, quand même…

Delphine – Celui dont on voit la tête sur toutes les affiches !

Maurice – Ah, le favori… C’est l’ancien ministre de la justice…

Delphine – Le ministre de la justice du dictateur qu’ils viennent de renverser ?

Maurice – C’est ce que j’ai lu dans la presse…

Delphine – Et ça ne t’a pas étonné… ?

Maurice – Quoi ?

Delphine – Que les dictateurs aient aussi un ministère de la justice ?

Maurice – En fait, ces pauvres gens n’ont jamais connu la démocratie. Évidemment, il va leur falloir un peu de temps pour l’apprécier à sa juste valeur.

Delphine – Eh oui… La démocratie à la française, c’est comme le vin d’appellation ou le parfum de luxe, ça demande quand même une certaine culture…

Maurice – Il faut que le palais soit éduqué.

Delphine – Et l’odorat. Tu es sûr que je ne sens pas un peu la chèvre ?

Maurice – Pas plus que ça…

Delphine – Il fait une chaleur… Tu as raison, finalement, soutenir la révolution sans la clim, ça commence vraiment à devenir héroïque.

Maurice – En tout cas, tu as vu ? Ils ont même mis des boissons au frais dans le frigo ! Toi qui doutais de leur sens de l’hospitalité…

Patrick émet alors un ronflement. Maurice et Delphine aperçoivent enfin l’autre couple, toujours assoupi.

Delphine – Qu’est-ce que c’est que ça ?

Maurice – Ça doit être les propriétaires…

Delphine – Ils n’ont pas vraiment le type arabe.

Maurice – C’est peut-être des Kabyles…

Delphine – Ils ont surtout l’air un peu débiles.

Maurice – Vous parlez français ?

Patrick et Brigitte, que la conversation des deux autres vient de sortir de leur torpeur, reprennent leurs esprits. Maurice et Delphine les regardent avec effarement.

Patrick – Ah, on piquait un  petit roupillon… C’est vous, les tauliers ?

Delphine – Les tauliers…

Maurice – Ça veut dire les patrons.

Delphine – Oui, merci, j’ai déjà vu un film de Michel Audiard. Mais je ne pensais pas que les gens du peuple parlaient encore comme ça aujourd’hui. (À Patrick) Qu’est-ce que vous faites là, mon brave, si vous n’êtes pas le propriétaire ? Vous êtes venu tondre la pelouse ?

Patrick – Ben on habite ici !

Brigitte – Enfin pour les vacances…

Maurice – Comment ça ? Mais c’est nous qui avons loué cette villa !

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