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Dans un lit d’hôpital, un homme qui a perdu la mémoire à la suite d’une opération de la dernière chance, voit défiler toutes les femmes qu’il a oubliées. L’une d’elles serait-elle la femme de sa vie ?

ISBN 979-10-90908-90-1

Octobre 2016

48 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

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Un homme est couché dans le lit, en pyjama rayé. Il dort. Entre une femme qui pourrait être sa mère (vêtements vieillots, absence de maquillage, démarche peu dynamique). Elle s’approche du lit.

Femme – C’est l’heure... (Comme il ne répond pas, elle hausse le ton en le secouant énergiquement) C’est l’heure !

L’homme se réveille en sursaut et la regarde, un peu perdu.

Homme – Maman ? Mais qu’est-ce que tu fais là ?

Femme – C’est l’heure, mon grand.

Homme – L’heure ? Quelle heure ?

Femme – Je ne sais pas. Mais c’est l’heure.

Homme – Mais enfin... L’heure de quoi ?

Il fait un effort pour se relever, avant de s’interrompre pour reprendre des forces.

Femme – Allez, fainéant ! Fais un effort, bon sang ! Lève-toi et marche !

Il reprend un peu ses esprits.

Homme – J’ai l’impression d’avoir déjà entendu ça quelque part.

Femme – Malheureusement, il faut que je te le répète tous les matins. (L’homme regarde sa mère avec un air étonné) Ça va ? Tu as l’air bizarre...

Homme – C’est toi qui me dis ça ? Écoute maman, ne le prends pas mal, mais...

Femme – Quoi ?

Homme – Je te croyais morte...

Femme – Mais... je le suis.

Un temps.

Homme – Je me disais bien aussi que tu avais quelque chose de changé.

Femme (avec un air pincé) – Ah oui ?

Homme – Non mais... en mieux, je t’assure ! Et papa ?

Femme – Il est mort aussi. Et toi, tu es sûr que tu n’es pas mort ?

Homme – Je ne crois pas...

Femme – Donc tu n’es pas sûr.

Homme – J’imagine que quand on est mort, on le sait, non ?

Femme – Oh, ça... Tu manges bien, au moins ?

Homme – Je ne sais pas... Pourquoi ?

Femme – Si tu manges, c’est que tu n’es pas mort.

Elle fouille dans la poche de son manteau, et en sort une pomme, qu’elle lui tend.

Femme – Tiens, je t’ai apporté ça.

Il prend la pomme avec une certaine méfiance.

Homme – Une pomme... Comme la sorcière dans Blanche-Neige...

Femme – Tu te prends pour Blanche-Neige ?

Homme – Je me méfie, c’est tout.

Femme – Tu te méfies de ta propre mère ?

Homme – Je te rappelle que tu es censée être morte.

Femme – Tu me prends pour une sorcière, c’est ça ?

Homme – Je me méfie de l’eau qui dort. Alors de la mère morte...

La femme regarde autour d’elle.

Femme – Ce n’est pas très gai, cet endroit...

Il semble découvrir à son tour les lieux.

Homme – Non... Où est-ce qu’on est ?

Femme – Ça ressemble à un asile d’aliénés.

Homme – J’imagine que si j’étais fou, on m’aurait mis une camisole.

Femme – Et ta femme ? Elle vient te voir, de temps en temps ?

Homme – Non... Enfin, je ne me souviens pas bien... Je suis marié ?

Femme – Et tes amis ? Tu as des amis, au moins ?

Homme – Je ne sais pas. Je n’ai vu personne.

Femme – Qu’est-ce que tu veux, c’est comme ça... Depuis que tu es tout petit... Tu n’as jamais été très populaire...

Homme – Merci... Ça me remonte le moral...

Femme – Même moi, je me demande pourquoi je suis venue. Tu n’es même pas mort !

Homme – Désolé de te décevoir encore une fois.

Femme – Décidément, tu auras tout raté, dans ta vie. (Elle se lève, commence à partir mais se retourne une dernière fois) Même ton décès.

Elle sort. Il regarde la pomme. Il croque dedans et repose le reste sur la table de nuit. Il mastique un moment avant d’avaler le morceau.

Homme – Donc, je ne suis pas mort...

Noir.

Musique d'attente de répondeur téléphonique.

Lumière.

L’homme couché dans le lit, en pyjama rayé, se réveille peu à peu. Il se redresse, s’assied et regarde autour de lui, semblant ne pas savoir ce qu’il fait là. La même femme revient, mais elle paraît vingt ans de moins (vêtements plus jeunes, rouge à lèvres, allure décidée). Elle apporte sur un plateau un petit déjeuner sommaire.

Femme – Bonjour !

L’homme a visiblement un peu de mal à émerger.

Homme – Bonjour...

Femme – Comment ça va ?

Homme – Ça va... Je crois.

Femme – Tiens, voilà ton petit déjeuner.

Homme – Un petit déjeuner au lit ? Merci, mais... c’est en quel honneur ?

Elle ne répond pas, sourit avec indulgence, et s’assied à son chevet.

Femme – Je ne sais pas ce que vaut le café. Ce n’est sûrement pas un expresso.

Homme – Ça ne fait rien, je le boirai quand même... J’ai l’impression d’avoir la gueule de bois.

Il commence à boire son café et à manger une biscotte.

Femme – Désolée, je crois que ce sont des biscottes sans sel...

Il sourit et continue à mastiquer sa biscotte.

Homme – Tu sais ce que je me disais ?

Femme – Non...

Homme – Je ne pense pas qu’on puisse vraiment changer les choses.

Femme – Les choses ? Tu veux dire...

Homme – Ou les gens.

Femme – Ah oui...

Homme – Moi, par exemple, avec ma famille... J’ai tout de suite compris que ça ne pourrait pas marcher.

Femme – Ta famille ? Je te rappelle que je suis ta femme...

Homme – Non mais je ne parle pas de ça, bien sûr. Toi, c’est autre chose... (Un temps) Et tu es sûre qu’on est mariés ?

Femme – Pourquoi tu me demandes ça ?

Homme – Je ne sais pas... Je dors dans un lit à une place...

Femme – Ah oui...

Homme – Je ne me souviens même pas que je suis marié, tu te rends compte ? Le médecin m’a dit que c’était normal. Je n’ai pas encore recouvré la mémoire immédiate.

Femme – On est marié depuis vingt ans...

Homme (ailleurs) – Oui, c’est bizarre, hein ? Vous n’avez pas encore recouvré la mémoire immédiate. C’est la dernière chose que j’ai entendu, et je ne me souviens que de ça... (Un temps). Je ne sais pas... Ça me vient peut-être de là...

Femme – Quoi ?

Homme – Ce besoin que j’ai toujours eu de tout gâcher... Pour ne pas risquer d’être déçu... (Il prend la pomme et la regarde) Quand le ver est dans la pomme, ça ne peut se terminer bien pour personne.

Femme – Sauf pour le ver... (Il la regarde étonné, et elle se reprend aussitôt) Excuse-moi, je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça...

Homme – Non, tu as raison, c’est vrai... On ne pense jamais au ver.

Femme – Et puis tu n’es pas une pomme.

Homme – Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Femme – Tu as bien pris tes médicaments ?

Homme – Quels médicaments ?

Femme – Je vais te chercher un verre d’eau.

Elle sort. Il croque à nouveau dans la pomme. Elle revient avec quelque chose de changé, dans le vêtement (un accessoire) ou la coiffure (une perruque). Rien d’extravagant, mais quelque chose de très voyant et d’un peu étrange. Il semble ne rien remarquer. Elle lui tend un verre d’eau, comme si de rien n’était.

Homme – Merci.

Il prend les cachets qu’elle lui tend et les avale. Elle le regarde fixement.

Homme – Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que j’ai ?

Femme – Il faut que je te dise quelque chose.

Homme – Ok.

Femme – Ce n’est pas facile.

Homme – Tu me fais peur...

Femme – Non mais, ce n’est pas à propos de toi. Enfin si, mais...

Homme – Bon...

Femme – Eh bien voilà, je... Je ne suis pas exactement... celle que tu crois.

Homme – Comment ça ? Mais je ne crois rien, moi.

Femme – Quand même, je suis ta femme.

Homme – Tu veux dire que... tu me trompes ?

Femme – Non, ce n’est pas du tout ça. Enfin...

Homme – Enfin quoi ?

Femme – Je ne te trompe pas, au sens où... Mais je t’ai trompé.

Homme – Quand ? Avec qui ?

Femme – Pas avec un autre homme, en tout cas, rassure-toi.

Homme – Je n’étais pas inquiet.

Femme – Non, par... je t’ai trompé, je veux dire que je ne t’ai pas dit la vérité. Je t’ai menti.

Homme – À propos de quoi ?

Femme – À propos de tout. Depuis toujours. En fait, je ne suis pas tout à fait une femme...

Homme – Je suis marié avec un homme et je ne m’en suis jamais rendu compte ?

Femme – Je ne suis pas un homme non plus.

Homme – D’accord... Entre les deux, donc.

Femme – Je dirais plutôt ni l’un ni l’autre.

Homme – Bon... alors c’est pour ça qu’on n’a jamais eu d’enfant, j’imagine.

Femme – Oui... Entre autre...

Homme – Parce qu’il y a autre chose ?

Femme – Je ne suis pas d’ici.

Homme – Ici ? Mais où est-ce qu’on est, au juste ?

Femme – Je viens d’un autre monde que le tien.

Homme – Tu es une sorcière... Tu t’appelles Samantha et je m’appelle Jean-Pierre.

Femme – Les sorcières, ça n’existe pas. Tout le monde le sait.

Homme – Donc tu n’es pas une sorcière non plus.

Femme – Tu te souviens de ma mère ?

Homme – Non.

Femme – Elle a accouché de moi après avoir reçu la visite d’un extra-terrestre.

Silence. Il la regarde, semblant chercher quoi répondre.

Homme – J’ai l’impression d’avoir déjà entendu une histoire comme ça quelque part.

Femme – Dans une église, peut-être. À propos de la grossesse de la Vierge Marie.

Homme – Oui... Ou alors c’est à cause des médicaments...

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