Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Vincent et Juliette partent depuis toujours en vacances avec Patrick et Christelle. Mais ils aspirent maintenant à des relations plus haut de gamme susceptibles de servir leurs nouvelles ambitions. Cherchant un prétexte pour se défaire de ces amis devenus encombrants, ils vont se prendre au piège de leurs propres mensonges. Il n’est pas si facile de se débarrasser de ses meilleurs amis...

ISBN 978-2-37705-033-8

Novembre 2016

74 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

POUR LES PARTICULIERS

ACHAT EN LIGNE

ou auprès de votre libraire

POUR LES LIBRAIRES

VOIR CONDITIONS DE VENTE

remise de 30% et port offert

LIRE LE DÉBUT

Librairie théâtrale acheter livres théâtre en ligne éditions théâtrales comédies auteur contemporain sketchs saynètes éditeur vente en ligne ebook bibliothèque

Intérieur petit bourgeois moderne. Vincent achève de mettre en place une cave à vin électrique, avant de se plonger dans la lecture de la notice d’utilisation. Juliette arrive depuis l’extérieur et s’annonce avant d’entrer.

Juliette – C’est toi ?

Vincent – Oui.

Juliette – C’est moi !

Vincent – Dans ce cas, je pense que c’est bien nous...

Elle entre et pose un sac de courses dans un coin.

Vincent – Quelqu’un d’autre a les clés d’ici à part toi et moi ?

Elle ôte son imper et dépose le courrier sur la table basse.

Juliette – On ne sait jamais. Ça pourrait être un voleur.

Vincent – Tu as raison... Ou même un terroriste... Bonsoir ma chérie.

Juliette – Bonsoir mon cœur.

Ils échangent un baiser rapide.

Vincent – Tu as passé une bonne journée ?

Juliette – J’ai travaillé sur mon nouveau scénario.

Vincent – Ah oui... Ça parle de quoi, déjà ?

Juliette aperçoit la cave à vin.

Juliette – C’est l’histoire d’une femme qui découvre que son mari est en réalité un extra-terrestre.

Vincent – Tiens donc... Et comment elle s’en aperçoit ?

Juliette – Elle se rend compte qu’il a bricolé le moteur de leur frigo et qu’il l’a transformé en module spatio-temporel pour tenter de regagner sa planète d’origine.

Vincent (la tête ailleurs) – Intéressant... Et ça se termine comment ?

Juliette – Je ne sais pas encore... Par un divorce, j’imagine...

Vincent – Super...

Juliette – Non, mais je te fais marcher, c’était pour vérifier que tu m’écoutais vraiment.

Vincent – Dommage, ça me plaisait bien, cette histoire...

Juliette – Je suis juste sortie faire quelques courses pour ce soir... Ils arrivent à quelle heure ?

Vincent (plongé dans sa notice) – Qui ?

Juliette – Les Envahisseurs ! Patrick et Christelle...

Vincent – Ah oui, c’est vrai... Patrick m’a appelé. Il passe prendre Christelle au salon et ils arrivent.

Juliette – Au salon ?

Vincent – Au salon de coiffure ! C’est nocturne ce soir, elle termine à 21 heures...

Juliette s’approche et regarde la cave à vin.

Juliette – Qu’est-ce que c’est que ça ? On a déjà un frigo, non ? Ne me dis pas qu’il est tombé en panne...

Vincent (fièrement) – Ce n’est pas un frigo, c’est une cave à vin.

Juliette – Une cave à vin ?

Vincent – C’est un peu comme un frigo. Mais c’est pour maintenir le vin à température constante.

Juliette – Pour...?

Vincent – Pour qu’il vieillisse dans de bonnes conditions...

Juliette – En général, nos bouteilles, on ne leur laisse pas tellement le temps de vieillir...

Vincent – ...et pour que le vin soit à la bonne température quand on le boit.

Juliette – En même temps, on n’a pas de très grandes bouteilles, non plus...

Vincent – Raison de plus pour que le vin soit à la bonne température !

Juliette – Et ça t’a coûté combien, ce frigo à vin ?

Vincent – Pas très cher. C’est un client pour qui on bosse à l’agence...

Juliette – Combien ?

Vincent – Trois ou quatre cents euros, je ne sais plus.

Juliette – Trois cents ou quatre cents ?

Vincent – 399.

Juliette – Eh ben... Avec ça, on aurait pu s’acheter pas mal de bonnes bouteilles.

Vincent – Qu’on n’aurait pas pu boire à la bonne température...

Juliette – Ok, mais... On a déjà une cave, non ? Je veux dire une vraie cave. Au lieu d’y entasser nos vieux ordinateurs à température constante, on pourrait y stocker du vin.

Vincent – Ouais... J’y ai pensé.

Juliette – Ah oui quand même... Tu me rassures...

Vincent – Malheureusement, j’ai vérifié, la cave n’est pas à la bonne température.

Juliette – Sans blague ?

Vincent – Elle est un peu trop chaude. Ça doit être à cause de la chaudière.

Juliette – On n’a qu’à mettre la chaudière au milieu du salon ! Comme ça on pourra mettre le vin à la cave ! (Vincent lui lance un regard perplexe) Je plaisante.

Vincent – Et puis ce sera plus pratique d’avoir les bouteilles sous la main...

Juliette – Si tu le dis... (Elle regarde le courrier) Tiens, j’ai reçu mes résultats d’analyse...

Vincent (plongé dans le mode d’emploi) – Ah ouais...?

Juliette ouvre l’enveloppe et lit.

Juliette – Ouh la la, c’est compliqué... Alors... Normal, normal, normal... Ouf... Tous les résultats sont normaux.

Vincent (ailleurs) – Tant mieux...

Juliette – Aucune trace de cancer. Tu ne seras pas encore veuf tout de suite.

Vincent – La température...

Juliette – Non, je n’ai pas de température non plus, je te remercie...

Vincent – Je ne sais pas sur quelle température je dois la régler... Pour garder le vin, c’est plutôt 12 degrés... Mais pour le boire c’est plutôt 18...

Juliette – Bon, je vais mettre la table...

Vincent – Enfin, pour le vin rouge, parce que pour le blanc... C’est du blanc ou du rouge, qu’il amène, Patrick ?

Juliette – Tu n’as qu’à lui demander...

Vincent – Tu as raison, je lui envoie un SMS.

Il pianote sur son portable, et envoie le SMS. Le portable se met aussitôt à sonner.

Vincent – Eh ben, il est rapide... (Vincent prend l’appel) Ouais... (N’ayant pas l’air de savoir qui c’est) Stéphane...? (Se reprenant tout à coup, beaucoup plus concerné) Stéphane ! Non, non, bien sûr... C’est juste que j’attendais un autre appel de... Non, non, pas de problème... Bien sûr, on peut se tutoyer... Mais pas du tout, vous... Tu ne me déranges pas... On attend des amis, là, ils ne sont pas encore arrivés... Ouais... Ouais... Ah ouais... Ah ben oui, bien sûr... Ah ben non, au contraire... Ah ben si, tu penses bien... Ok... Ok... D’accord, on en parle lundi, Stéphane... Merci de me faire confiance, tu ne seras pas déçu, tu verras... Bonne soirée à toi, Stéphane...

Il raccroche, aux anges.

Vincent – C’était Stéphane...

Juliette – Stéphane...?

Vincent – Mon nouveau patron.

Juliette – Je ne savais pas qu’il s’appelait Stéphane.

Vincent – Je t’avoue que moi non plus. Quand il a racheté la boîte, il a commencé par virer dix personnes. Jusqu’à maintenant, pour moi, c’était Monsieur Zimmerman.

Juliette – Et maintenant vous vous tutoyez ?

Vincent – Attends, ce n’est pas fini... Il me confie le Web Marketing d’un nouveau client. Tiens, celui qui fabrique ces caves à vin, justement.

Juliette – Non ?

Vincent – Si tout se passe, bien, il m’a laissé entendre que je serai bientôt promu Responsable de Budget.

Juliette – Génial !

Vincent – Et en attendant, il me passe en CDI !

Juliette – Mais c’est merveilleux !

Ils s’enlacent.

Juliette – Je suis fière de toi, mon cœur.

Vincent – Merci...

Juliette prend un air plus sérieux.

Juliette – Écoute, je voulais attendre un peu avant de te l’annoncer, pour être vraiment sûre, mais moi aussi j’ai une grande nouvelle à t’annoncer.

Vincent – Tu n’es pas enceinte au moins ?

Juliette – Non, rassure-toi...

Vincent – Raconte !

Juliette – J’ai reçu un mail, tout à l’heure. Une maison de prod à qui j’avais envoyé mon premier scénario.

Vincent – Et alors ?

Juliette – Ils sont intéressés. Ils parlent de me signer une option !

Vincent – Une option ?

Juliette – Un pré-contrat, si tu préfères.

Vincent – Combien ?

Juliette – Comment ça, combien ?

Vincent – Le contrat, combien ?

Juliette – Non, mais pour l’instant, il n’y a pas d’argent. C’est juste une option, avec une clause d’exclusivité. Pour je n’aille pas proposer le sujet à quelqu’un d’autre, tu comprends ?

Vincent – Ah oui...

Juliette – Mais ça veut dire que le scénario les intéresse ! C’est un petit producteur indépendant. À Marseille. Évidemment, s’ils décident de tourner le film...

Vincent – Waou... Mais c’est super ! Moi bientôt Responsable de Budget, toi qui vends ton premier scénario...

Juliette – Tu as raison... Je ne sais pas pourquoi... mais je crois qu’on est sur une pente ascendante, là.

Vincent – Moi aussi... J’ai l’impression qu’on est en train de passer un cap.

Le portable de Vincent signale l’arrivée d’un SMS. Il jette un regard vers l’écran.

Vincent – Christelle... Ils amènent du rouge...

Juliette sort une bouteille de champagne de son sac.

Juliette – Et si tu réglais ta cave à vin sur champagne ! On pourrait fêter ta promo et la signature de mon premier contrat ?

Vincent – Avec Patrick et Christelle ?

Juliette – Tu as raison, il vaut mieux qu’on fête ça en amoureux...

Il prend la bouteille.

Vincent – De toutes façons, il n’est pas à la bonne température. On boira ça tous les deux quand on sera tranquilles. En attendant, je vais la mettre au frigo. Le champagne, c’est meilleur quand c’est bien frais.

Il sort avec la bouteille de champagne. Elle commence à mettre la table.

Juliette – Et cette histoire de bateau, c’en est où ?

Vincent revient sans la bouteille.

Vincent – Ça y est, Patrick en a trouvé un. Une occase, sur le Bon Coin. Une affaire, apparemment...

Juliette – Comme la cave à vin... Combien ?

Vincent – Je ne sais pas encore exactement. Il nous dira ça tout à l’heure... Le seul problème, c’est que pour l’instant, il est à quai à Saint-Brieuc. Il va falloir qu’on trouve une remorque...

Juliette – Une remorque ?

Vincent – Pour l’amener jusqu’à Concarneau.

Juliette – Je pensais qu’un bateau... Pour aller de Saint-Brieuc à Concarneau...

Vincent – Attends, ça fait presque tout le tour de la Bretagne. Ce n’est qu’un petit voilier... Et nous, pour l’instant, on est des marins d’eau douce. Je ne suis pas encore prêt pour la Route du Rhum, moi...

Juliette soupire.

Juliette – Super... Une année de plus en Bretagne, alors... Avec Patrick et Christelle...

Un temps.

Vincent – C’est vrai que moi aussi, j’aimerais bien changer de temps en temps. Mais la Bretagne, ça a quand même certains avantages...

Juliette – Déjà, on ne se ruine pas en crème solaire...

Vincent – Sans compter qu’on n’a pas de location à payer.

Juliette – Ouais...

Vincent – Tu imagines combien ça nous coûterait si on devait louer une villa à Concarneau ?

Juliette – Bon, en même temps, ce n’est pas vraiment une villa... Moi j’appellerais plutôt ça un cabanon, pas toi ?

Vincent – C’était la maison de sa grand-mère...

Juliette – Oui... Et ils n’ont jamais fait de travaux depuis qu’ils en ont hérité...

Un temps.

Vincent – Concarneau... C’est quand même là où on s’est connus... Tu avais seize ans quand je t’ai rencontrée, avec Patrick, dans cette boîte, tu te souviens...

Juliette – En fait, je n’en avais que quinze. Mais le videur était le cousin de ma copine...

Il la prend un instant dans ses bras.

Vincent – Et c’est moi que tu as choisi...

Juliette – Oui... Tu y tiens vraiment, à ce voilier ?

Vincent – C’est surtout une idée de Patrick. Ça a l’air de lui faire tellement plaisir...

Juliette – Si c’est pour faire plaisir à Patrick, alors...

Vincent – Ils ne nous ont jamais rien demandé financièrement, pour la maison... C’est une façon de participer aux frais des vacances.

Juliette – Et moi, qu’est-ce que je ferai pendant que vous serez sur votre voilier ? Je parlerai chiffons avec Christelle ?

Vincent – Tu t’ennuies tellement, avec elle ?

Juliette – Ils sont très gentils, tous les deux, mais il faut bien reconnaître que...

Vincent – Ils sont un peu beaufs.

Juliette – On est presque des amis d’enfance, c’est vrai, mais qu’est-ce que tu veux ? On n’a pas évolué dans le même sens. À la longue, ça finit par se voir un peu... Lui maître nageur, elle coiffeuse... On a de moins en moins de choses à se dire... De quoi vous parlez, quand vous êtes tous les deux, avec Patrick ?

Vincent (embarrassé) – Ben...

Juliette – Moi si je veux discuter avec une coiffeuse, je vais chez le coiffeur. Personne ne part en vacances avec sa coiffeuse.

Vincent – Tu as raison, ces gens ne nous tirent pas vers le haut.

Juliette – C’est triste à dire, mais quand on est dans une montgolfière et qu’on veut s’envoler, il faut savoir lâcher du lest.

Partager cet article

Repost 0