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Juste avant les trois coups, les comédiens répètent une dernière fois. Mais un événement inattendu vient compromettre le début du spectacle. Une joyeuse farce sur le petit monde du théâtre…

ISBN 978-2-37705-009-3

Octobre 2016

60 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

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Michael et Nancy sont debout, le premier à l’avant-scène et la deuxième un peu en retrait. Ils semblent écrasés par le destin qui les accable.

Nancy (avec emphase) – Que vois-tu par la fenêtre, Dimitri ?

Michael se tourne vers la salle, et fait mine de saisir les barreaux d’une fenêtre imaginaire pour regarder dehors.

Michael – Je ne vois plus rien, Natacha. Le soleil a disparu derrière la colline. Mais je crois deviner dans cette noire obscurité la présence des fantômes qui s’apprêtent à nous hanter.

Nancy – Quelle heure est-il à présent ?

Michael – Je l’ignore... Ma montre s’est s’arrêtée ce matin.

Nancy – Dieu fasse que ce ne soit pas un mauvais présage.

Michael – Ne nous abandonnons pas à la superstition, Natacha. C’est sûrement la pile.

Nancy – Je suis un peu nerveuse, pardonne-moi. J’ai tendance à tout surinterpréter…

Michael (soupirant) – Qui pourrait t’en blâmer, Natacha ? La nuit tombe sur les ruines de cette ville inconnue. Et il est vrai que nous ne sommes pas assurés de voir un nouveau jour se lever.

Silence.

Nancy – Et si nous rentrions à la maison, comme prévu, Dimitri ? Personne ne nous oblige à être des héros. Nous pouvons encore fuir…

Michael – Je ne sais plus, Natacha. Je n’ai pas le droit d’exiger de toi ce sacrifice. Mais comment pourrions-nous, demain, après une telle lâcheté, nous regarder dans la glace en nous rasant ?

Nancy – Tu as raison, Dimitri, comme d’habitude… Je serai forte, je te le promets…

Michael – Moi aussi, j’ai peur, Natacha, tu sais...

Nancy – Toi ?

Michael – Je ne suis qu’un être humain après tout. Mais comment abandonner ici tous ces orphelins qui n’ont pas de parents, et qu’une cruelle maladie a en outre privés de tous leurs pauvres souvenirs, jusqu’à celui de leur enfance malheureuse.

Nancy – C’est cruel à dire, Dimitri, mais comme ils ont perdu la mémoire, si nous les abandonnions à leur triste sort, ils nous auraient vite oubliés…

Michael – Oui, Natacha. Mais nous, nous ne les oublierions pas. Et le souvenir de cette trahison nous hanterait à jamais.

Nancy – Bien sûr, c’est notre devoir de rester à leurs côtés jusqu’au bout, mais je tremble à l’idée de ce qui pourrait nous arriver… Reverrons-nous un jour notre modeste loft à Montmartre ?

Michael – Partir ou rester... Quel affreux dilemme ! Et c’est si beau, Montmartre, en automne…

Nancy – Il est encore temps de changer d’avis, Dimitri. N’avons-nous pas déjà nos cartes d’embarquement ?

Michael sort une carte d’embarquement de sa poche et la regarde avec un air las.

Michael – Oui, je les ai imprimées ce matin, Natacha. Comme cela me paraît dérisoire à présent… (Lisant) Easyjet, Terminal 2B.

Nancy – Deux B… Two B, comme on dit dans la langue de Shakespeare…

Michael – Two B… or not to be. Telle est la question…

Gonzague, le metteur en scène, les interrompt en applaudissant depuis les coulisses avant d’entrer en scène.

Gonzague – Bravo ! Vous êtes complètement dans la peau de vos personnages !

Nancy – Vous trouvez, vraiment ?

Gonzague – Je dirais même plus : vous êtes vos personnages !

Michael – Merci, Gonzague !

Gonzague – Vous allez faire un triomphe ce soir, j’en suis sûr !

Nancy – Grâce à vous, Gonzague…

Michael – Merci de nous avoir fait confiance pour cette pièce.

Nancy – Etre dirigée par Gonzague de Saint-Petersbourg, le metteur en scène le plus en vogue et le mieux payé de la scène contemporaine d’aujourd’hui... Jamais je n’aurais pu en rêver, même dans mes rêves les plus fous.

Gonzague – Mais... si je vous ai choisi, c’est parce que vous le valez bien. (Un temps) Juste une petite chose… Et cette remarque s’adresse à tous les deux, d'ailleurs… Comment s’intitule cette pièce ?

Michael – « Le jour juste avant la nuit »…

Gonzague – Voilà… Donc, le titre de la pièce, ce n’est pas « La nuit juste avant le jour », mais « Le jour juste avant la nuit »… Vous me suivez ?

Nancy – J’essaie, Gonzague… J’essaie…

Gonzague – Si ça s’appelait « La nuit juste avant le jour », ce serait une pièce optimiste ! Du genre… Après la pluie vient le beau temps… À toute chose malheur est bon… Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort… Ce genre de conneries, vous pigez ? Mais là non !

Michael – D’accord… Donc là, ce serait plutôt… après le beau temps vient la pluie…

Nancy – Ou… le calme avant la tempête.

Gonzague – Exactement ! Toute la dimension dramatique de cette pièce est résumée dans son titre : « Le jour juste avant la nuit » ! Et il faut qu’on sente dans votre jeu cette vision désespérée de l’existence si caractéristique de l’âme russe… (S’énervant) C’est une tragédie, bordel ! On n’est pas dans Au Théâtre Ce Soir !

 

Nancy – Ah parce que vous trouvez que…

Gonzague – Je n’ai pas dit ça… Mais ce n’est pas une comédie de boulevard ! Même si c’est une tragédie empreinte de beaucoup d’humour, comme cela ne vous aura pas échappé non plus.

Michael – Bien sûr…

Gonzague – Et il est très important de ne pas passer non plus à côté de ce deuxième degré dans les répliques. Il faut qu’on rit aussi !

Nancy – C’est clair…

Gonzague – Allez, je ne dis plus rien. Je ne voudrais pas vous perturber à quelques minutes de la première…

Nancy – Merci de vos conseils, Gonzague.

Michael – Ça va sûrement nous aider beaucoup…

Gonzague – Vous allez être formidables, j’en suis sûr. Et vous avez intérêt ! Parce que je peux vous le dire, maintenant : Marcel Rideau, l’auteur, sera dans la salle ce soir… Ainsi qu’Edmonde Ratelier…

Nancy – La célèbre critique de Télédrama !

Gonzague – Comme vous le savez, elle fait la pluie et le beau temps sur la scène parisienne. Un bon papier dans Télédrama et le succès de la pièce est garanti. Si elle nous assassine, en revanche, c’est le four assuré… Alors soyez bons !

Gonzague s’en va. Les deux comédiens se regardent.

Michael – Tu savais que l’auteur venait à la première ?

 

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