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Fernand et Janine Dubois aimeraient bien marier leur fille Charlotte avec Stanislas de Coursensac, le fils du Maire, en passe d’être réélu. Mais cette comédie de boulevard semble être sans issue...

ISBN 979-10-90908-97-0

Octobre 2016

54 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

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Dans une petite ville de province, le salon d’une maison bourgeoise. Charlotte, jeune femme dans la vingtaine, arrive en pyjama. Elle s’affale sur le canapé et allume la télé avec la télécommande. Elle zappe sur plusieurs programmes, avant d’arriver sur une chaîne d’information parlant de la montée des eaux résultant du réchauffement de la planète. Janine, sa mère, arrive avec une mine catastrophée.

Janine – C’est une catastrophe !

Charlotte coupe le son de la télé.

Charlotte – Quoi ? Le réchauffement climatique ?

Janine – Pour l’instant, c’est dans nos toilettes que les eaux sont en train de monter ! Ça déborde jusque dans le couloir. Tu n’as rien remarqué ?

Charlotte – Non...

Janine – Si ça continue, il va falloir une gondole pour circuler dans cette maison !

Charlotte – Ça te rappellera ton voyage de noces.

Janine – Oui... Ton père m’avait emmenée dans un petit hôtel à La Bourboule. Et il avait déjà une fuite au robinet.

Charlotte – Papa ?

Janine – Il est enfermé dans son bureau avec son urologue.

Charlotte – Tu sais que quand il est enfermé dans son bureau avec son urologue, on ne doit pas le déranger. Mais je pensais que vous étiez allés en voyage de noces à Venise...

Janine – Ça, c’est ce que raconte ton père. D’après lui, je me suis aussi mariée en blanc à l’église.

Charlotte – Ce n’est pas vrai ?

Janine – La vérité, ma chérie, c’est que papa a mis maman en cloque, et après... Il va encore falloir que je fasse ça moi-même...

Charlotte – Réparer la fuite ?

Janine – Appeler le plombier !

Janine ressort.

Charlotte (au public avec un air attendri) – La première chose qui me vient à l’esprit quand je pense à mes parents c’est... (Abandonnant son sourire) comment peut-on être aussi con ?

Elle remet le son de la télé. La sonnerie d’un portable retentit. Elle coupe le son de la télé et répond.

Charlotte – Secrétariat du Front de Gauche National, j’écoute... Ah, c’est toi, Sabrina. Oui, oui, ne t’inquiète pas, j’ai bien imprimé les flyers... Ok, les tracts, si tu préfères. Tu as des nouvelles de Karim ? C’est quand même notre tête de liste pour les municipales. Je lui ai laissé plusieurs messages mais... (Son visage se figeant) Non... Non, ce n’est pas vrai... Lui aussi ! Comment c’est arrivé ? Mais c’est horrible...

Janine revient.

Janine – Ça y est, j’ai appelé. Ils envoient quelqu’un d’ici une heure.

Charlotte – Excuse-moi, je te rappelle...

Charlotte range son portable.

Janine – Qu’est-ce qui se passe, ça ne va pas ?

Charlotte – C’était Sabrina. Mon copain Karim est mort cette nuit dans un accident de voiture.

Janine – Tu m’as fait peur. J’ai cru que tu étais encore enceinte, ou quelque chose comme ça.

Charlotte – C’était quand même un ami très proche.

Janine – J’ai toujours pensé que ce n’était pas un garçon pour toi.

Charlotte – Et pourquoi ça ?

Janine – D’abord... il était plus petit que toi ! Tu te rends compte ? Toute une vie à ne plus pouvoir porter des chaussures à talons !

Charlotte – C’est ça... Et puis surtout, son père est éboueur.

Janine – Et pas très catholique, si tu veux mon avis... Tu devrais te préparer un peu, non ?

Charlotte – Pour ?

Janine – Pour recevoir le fils du maire !

Charlotte – Désolée, j’avais oublié. Mais je ne sais pas si j’ai vraiment la tête à ça.

Janine – D’un autre côté, maintenant, tu n’as plus de petit ami. Tu es libre comme l’air !

Charlotte – Stanislas de Coursensac... Mais qu’est-ce qu’il vient faire ici ? Je ne le connais même pas.

Janine – Vous étiez ensemble au collège, tu ne te souviens pas ?

Charlotte – Si, si.

Janine – Moi, en tout cas, si je le croisais dans la rue, je ne le reconnaîtrais pas. Il vient de rentrer de San Francisco où il a fait ses études.

Charlotte – Ah oui, en effet, il a dû changer un peu.

Janine – Il ne connaît plus personne ici. Je me suis dit que... Il est de très bonne famille, tu sais. De Coursensac. Ça veut dire quelque chose à Trouville-la-Rivière.

Charlotte – Ah oui ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

Janine – Plus que Ben Ali ou Dos Santos en tout cas. Il va arriver d’un instant à l’autre. Tu ne vas pas le recevoir dans cette tenue !

Charlotte – D’accord, maman, je vais m’habiller.

Charlotte sort. Janine soupire.

Janine (au public) – Les enfants... Vous savez ce que c’est. Heureusement qu’on est là pour veiller à leur avenir... Karim... Si je n’avais pas trafiqué moi-même les freins de la voiture de ce petit voyou avant qu’il n’engrosse ma fille... (Sur le ton de la confidence) Croyez-moi, liquider les prétendants non désirés de nos filles, c’est encore le moyen de contraception le plus efficace. Et celui-là au moins n’est pas formellement interdit par l’Église.

Fernand arrive, reboutonnant son pantalon.

Fernand – Bonjour ma chérie.

Janine – Ah Fernand ! J’ai appelé quelqu’un pour ce problème de fuite.

Fernand – C’est gentil, mais ce n’était pas la peine. Mon urologue vient de m’ausculter.

Janine – Je parlais de la fuite dans les toilettes.

Fernand – Ah oui...

Janine – Tu es vraiment sûr que c’est un urologue ?

Fernand – Pourquoi tu me demandes ça ?

Janine – Les femmes urologues, ce n’est pas très courant. Et puis elle a plutôt le type asiatique, non ?

Fernand – Elle pratique la médecine chinoise.

Janine – C’est pour ça qu’elle se promène en kimono alors... Bon, quoi qu’il en soit, je l’ai appelé.

Fernand – Qui ça ?

Janine – Le plombier !

Fernand – Ah oui...

Le portable de Janine sonne.

Janine – J’espère que ce n’est pas lui, pour se décommander. Allo ! Madame de Coursensac, quel bonheur de vous entendre. Mais je vous en prie, c’est un plaisir. Stanislas ? Tout à fait, oui, nous l’attendons d’un instant à l’autre. Mais venez donc pour le thé ! Si vous n’êtes pas trop occupés par cette campagne électorale, bien sûr. Très bien. Alors disons pour le café. À tout à l’heure, Madame de Coursensac. D’accord. À tout à l’heure, Alexandra... C’était Madame de Coursensac. Elle tient absolument à ce que je l’appelle Alexandra. Elle vient pour le café.

Fernand – Excellente idée, Janine. Dans une petite ville comme la nôtre, il est toujours utile d’entretenir des relations cordiales avec le Maire. Charlotte est réveillée ? Je sais que c’est les vacances, mais bon. Comme disait ma mère : la matinée appartient à ceux qui se lèvent avant midi !

Janine – Je l’ai envoyée s’habiller. Le fils de Coursensac ne devrait pas tarder à arriver. Je l’ai invité à venir jouer avec Charlotte.

Fernand – Stanislas, c’est bien ça. Il a quel âge, déjà ?

Janine – Dans les 25 ans.

Fernand – Ah oui, en effet... Il a dû changer un peu depuis le collège.

Janine – J’espère que le plombier arrivera avant lui.

Fernand – Ou que le petit Stanislas n’aura pas envie d’aller faire pipi...

Janine – Il faut avouer que ce serait un beau mariage, non ?

Fernand – Les De Coursensac, ça veut dire quelque chose à Trouville-la-Rivière.

Janine – C’est quand même le fils du maire.

Fernand – Pour l’instant, en tout cas... C’est que nous sommes en pleine campagne électorale.

Janine – Les De Coursensac sont maires de Trouville-la-Rivière depuis la Révolution Française.

Fernand – Et les Dubois font des pipes depuis 1824.

Janine – Je ne vois pas pourquoi ça changerait.

Fernand – Sans compter que le maire sortant a un programme qui a le mérite de la clarté. Tiens, regarde.

Il lui met sous le nez un tract électoral, qu’elle lit.

Janine – « Votez De Coursensac ». C’est tout ?

Fernand – Tu ne trouves pas ça convainquant ?

Janine – « Votez de Coursensac »... C’est vrai que ça sonne bien.

Fernand – Plus que « Votez Dubois », en tout cas. C’est aussi pour ça que j’ai décidé de ne pas me présenter, finalement.

Janine – Un jour, c’est Stanislas qui héritera du fauteuil de sa mère à la mairie.

Fernand – Et si notre fille l’épouse, elle deviendra automatiquement la femme du maire.

Janine – Tu sais ce que m’a raconté le boucher ?

Fernand – Quoi ?

Janine – Il paraît que depuis qu’il est rentré des États unis, son fils est végétarien.

Fernand – Le fils du boucher est végétarien ?

Janine – Le fils du maire !

Fernand – Non ?

Janine – Maintenant, on dit vegan, à ce qu’il paraît.

Fernand – Vegan... On dirait le nom d’une secte ou d’une civilisation extraterrestre...

Janine – Tout petit, déjà, il faisait du théâtre... Sa mère est très pieuse. Ça doit sûrement la contrarier.

Fernand – Qu’il fasse du théâtre ?

Janine – Qu’il soit vegan !

Fernand – Tant qu’il n’est pas terroriste ou homosexuel.

Janine – Ou les deux à la fois.

Fernand – Tu crois qu’on peut être à la fois terroriste et homosexuel ?

Janine – Je ne sais pas, je ne m’étais jamais posé la question. Non, sûrement pas.

Fernand – Terroriste et végétarien ?

Janine – Non plus, non.

On entend des bruits de travaux, genre marteau-piqueur.

Janine – Qu’est-ce que c’est que vacarme ?

Fernand – Les travaux de construction du nouveau boulevard. J’ai dû laisser une fenêtre ouverte...

Il sort un instant.

Janine – Un boulevard ? À Trouville-la-Rivière ? Mais c’est inouï !

Le bruit cesse. Fernand revient, avec un tableau.

Fernand – Un boulevard, tu te rends compte ? Chez nous. À Trouville-la-Rivière !

Janine – Ça... Personne ne pourra plus dire que nous habitons un simple village.

Fernand – C’est évident. Je ne connais aucun village qui soit doté d’un boulevard, non ?

Janine – Et c’est notre maire qui est à l’origine de ce projet. De quoi laisser son nom dans l’histoire, c’est sûr.

Fernand – Oui... Surtout si ce boulevard porte son nom.

Janine – Un Boulevard de Coursensac ?

Fernand – Pourquoi le construirait-on sinon ?

Janine – Tu te rends compte ? Si notre fille épousait un De Coursensac... Elle s’appellerait Charlotte de Coursensac !

Fernand – Tu as raison...

Janine – Et elle aussi aurait un boulevard à son nom !

Fernand – C’est notre dernière chance de passer à la postérité, Janine. Par alliance.

Janine – C’est clair. Parce qu’un Boulevard Dubois, ce n’est sans doute pas pour demain...

Fernand – On voit mal pourquoi on donnerait à un boulevard le nom de quelqu’un qui a fait des pipes toute sa vie.

Janine – À moins qu’il ne soit mort au champ d’honneur.

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