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Un mariage sur deux se termine en divorce... Ce soir-là, Stéphane doit apprendre à ses beaux-parents, qui l'idéalisent, son divorce d'avec leur fille, qu'il a trompée. C'est le moment que choisissent ces derniers pour annoncer au couple la donation de leur villa à Neuilly pour élever leurs futurs enfants. Comment dès lors ranimer la flamme sans avoir l'air de vouloir simplement investir dans la pierre ?

ISBN 978-2-37705-003-1

Octobre 2016

54 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

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Un salon très bourgeois. La table est mise pour quatre. Dans un coin, un sapin enguirlandé. Robert, la soixantaine pantouflarde, et Marianne, la cinquantaine BCBG, sont assis chacun à un bout du canapé. Ils restent un instant silencieux. Une pendule à l'ancienne ou un coucou alsacien, en sonnant huit heures, les sort de leur torpeur.

Robert - Ils t'ont dit qu'ils arrivaient à quelle heure ?

Marianne - Huit heures et demie. Mais tu sais comment c'est. Avec les embouteillages...

Robert - Montreuil-sous-Bois/Neuilly-sur-Seine... Un jour comme aujourd'hui, ils en ont au moins pour une heure...

Marianne - Je ne sais pas pourquoi on appelle ça Montreuil-sous-Bois, parce que c'est quand même assez loin du Bois de Boulogne.

Robert - Du Bois de Vincennes, tu veux dire...

Marianne - Quelle idée ils ont eu d'aller s'installer à l'Est !

Robert - C'est moins cher qu'à Paris...

Marianne - L'Est, c'est toujours moins cher. Je ne sais pas pourquoi. Regarde à Berlin. Même après la chute du mur, ça reste moins cher...

Robert - Et puis Stéphane ne doit pas terminer de bonne heure... Il fait un remplacement dans un cabinet dentaire à Rosny-sous-Bois... Par là-bas, les bonnes femmes se font soigner les dents après leur boulot...

Marianne - Quand elles ont de quoi se faire soigner les dents... Je suis allée les voir une fois en métro. C'est effrayant... Les gens ont les dents dans un état, par là-bas...

Robert - Tu as pris le métro ?

Marianne - Il me restait un ticket jaune, mais il n'était plus valable. Tu sais que les tickets sont verts, maintenant ?

Robert - J'ai fait un remplacement à Fontenay-sous-Bois, quand j'étais jeune, juste après mon diplôme.

Marianne - Du temps où les tickets de métro étaient jaunes.

Robert - Au temps où il y avaient encore des poinçonneurs aux Lilas. Mais pour un dentiste, ce n'est pas du boulot. Un petit détartrage une fois par an pour le réveillon, et encore.

Marianne - Il est courageux.

Robert - Oui.

Marianne - Elle a de la chance d'être tombée sur lui.

Robert - Ouais...

Un temps.

Marianne - L'avocat t'a bien donné tous les papiers ?

Robert - Oui, oui, ils sont là, sur la commode... Il n'y a plus qu'à les signer...

Marianne - Très bien. (Silence) Tu te rends compte ? C'est le dernier Noël où on reçoit notre fille ici avec son mari... Je veux dire ensemble, chez nous...

Robert - Tu es vraiment sûre que c'est ce que tu veux ? Il est encore temps de changer d'avis. Après, quand on l'aura annoncé à Stéphane et à Dorothée... Ce ne sera plus possible de faire machine arrière...

Marianne - C'est bien pour ça qu'il faut leur dire ce soir. Sinon, on ne le fera jamais. (Silence) Ça va leur faire un choc...

Robert - On pourrait attendre un peu. Rien ne presse...

Marianne - On en a déjà parlé cent fois. À quoi ça servirait de repousser encore d'un mois ou deux...

Robert - Tu as raison. Il faut savoir tourner la page.

Marianne - Bientôt une nouvelle année qui commence. On est encore jeunes. On peut refaire notre vie...

Robert - Je suis moins jeune que toi...

Marianne - Allez... Je sais que tu peux encore plaire aux femmes...

Robert - On aura quand même vécu trente ans ensemble dans cette maison. Ce n'est pas rien...

Marianne - Ces dernières années, on n'arrêtait pas de se disputer, pour un oui ou pour un non... Ce n'était plus possible, Robert, tu le sais bien. Il vaut mieux arrêter avant qu'on ne devienne vraiment des ennemis l'un pour l'autre... Ce n'est pas ce que tu veux...

Robert - Non, bien sûr...

Marianne - Bon, ce sera peut-être un peu dur les premiers temps. Pour toi comme pour moi. Mais après, la vie reprendra le dessus... On s'inventera de nouvelles habitudes, chacun de notre côté. Avec d'autres gens...

Robert - Oui, bien sûr...

Marianne - Je t'assure, c'est mieux pour tout le monde. Et puis je te l'ai dit : en divisant notre patrimoine en deux, on échappera à l'ISF.

Robert - Tu as raison. Mais quand même... Ça va leur faire un choc...

Marianne - Ils sont grands, non ? Et puis maintenant qu'elle est mariée...

Robert - Oui.

Marianne - Allez, il faut que je m'occupe de ma cuisine, moi... (Elle se lève) Tu n'as pas oublié de prendre le pain à la boulangerie, au moins ?

Robert - Merde, le pain... Tu vois, je commence déjà à perdre la tête...

Marianne - Bon ben tu n'as plus qu'à y retourner...

Robert - Oui, oui, j'y vais.

Marianne - Dépêche toi, ça va fermer... Et tu sais qu'à cette heure-là, souvent, ils n'ont plus que du pain de mie ou des biscottes...

Robert (se levant) - Ou pire : du pain aux noix.

Marianne - C'est bon, avec le fromage.

Robert - Je déteste le pain aux noix.

Marianne - Tu vois, Robert ? C'est ça le problème de la vie en couple ! Tu n'aimes pas le pain aux noix, alors moi je n'ai pas le droit d'en manger !

Robert - Ça fait grossir, le pain. Alors le pain aux noix...

Marianne - Tu me trouves trop grosse, c'est ça ?

Robert - Allez, on ne va pas recommencer à se disputer. Plus maintenant...

Marianne - Non.

Robert - Tu as raison, je crois qu'on a pris la bonne décision...

Robert sort vers l'entrée. Marion soupire et disparaît vers la cuisine. Arrivent Stéphane, la petite trentaine conservatrice genre Lacoste et mocassins, et Dorothée, un peu plus jeune, style Prénatal enceinte jusqu'aux dents. Stéphane a un bouquet de fleurs dans une main, et l'autre encombrée de quelques paquets cadeaux.

Stéphane - Ça roulait bien finalement... On a mis à peine vingt minutes...

Dorothée (à la cantonade) - Il y a quelqu'un ?

Stéphane dépose ses paquets au pied du sapin, mais garde le bouquet à la main.

Stéphane - Qu'est-ce que tu as acheté, pour ta mère, finalement ? Que j'ai l'air d'être un peu au courant...

Dorothée - Tu verras, c'est une surprise... (Haussant le ton) Oh, oh ! On est là !

Stéphane - La maison est tellement grande... De la cuisine, on n'entend pas la sonnette de l'entrée. Heureusement que j'ai les clefs.

Dorothée - Oui... D'ailleurs, je n'ai pas très bien compris pourquoi c'est à toi que ma mère a confié les clefs de la maison. Après tout, c'est moi, la fille de la famille...

Stéphane - Je viens plus souvent... C'est moi qui m'occupe de la comptabilité de ton père...

Dorothée - Oui ben justement, ça non plus, je n'ai pas très bien compris. C'est bien moi qui suis expert comptable, non ? (Un temps) Et puis jusque là, c'était ma mère qui s'occupait de la comptabilité du cabinet !

Stéphane - Je lui donne juste un coup de main avec l'informatique. À son âge, elle ne va plus s'y mettre...

Dorothée - Parce que moi je ne pourrais pas aider mon père avec l'informatique...?

Stéphane - Apparemment, il préfère avoir à faire à un confrère... Et puis il dit que tu compliques tout... Ce n'est pas entièrement faux, si ?

Dorothée - Il y a un message subliminal ?

Stéphane - Pas du tout...

Dorothée - Parce que je n'accepte pas que mon mari se fasse sucer par son assistante entre deux plombages, je complique tout ?

Stéphane - Si on pouvait éviter la vulgarité...

Dorothée - Tu préfères le mot fellation ?

Stéphane - À la limite, oui... Même si techniquement...

Dorothée - Techniquement ?

Stéphane - Je ne suis pas sûr qu'on puisse vraiment appeler ça tromper sa femme, voilà.

Dorothée - C'est ça... Parles-en à Bill Clinton...

Stéphane - Sa femme à lui n'a pas divorcé...

Dorothée - Mais tu n'es pas Président des États Unis... Tu n'as pas la puissance nucléaire... En attendant, c'est à mes parents que tu dois en parler, tu te souviens ?

Stéphane - Tu es sûre de vouloir vraiment divorcer ?

Dorothée - J'ai cru que tu allais ajouter pour si peu...

 

Stéphane - On pourrait attendre une semaine ou deux avant de leur annoncer ça. Histoire de laisser passer les fêtes. Ça va leur faire un choc...

Dorothée - Et à moi, tu crois que ça ne m'a pas fait un choc d'entrer dans ton cabinet et de te voir allongé sur le fauteuil en train de te faire liposucer par cette garce en blouse blanche...?

Stéphane - Je sais, c'était une grave erreur de jugement de ma part...

Dorothée - Au moins, maintenant, je sais où tu cachais ta faculté de jugement...

Stéphane - Et je me suis déjà excusé pour ça, mais bon... On pourrait réfléchir encore un peu...

Dorothée - C'est tout réfléchi.

Stéphane - Pense au bébé...

Dorothée - Et toi, tu y as pensé ?

Stéphane - Mais pourquoi ce serait à moi de leur annoncer ça ? C'est toi qui veux divorcer, pas moi. Et puis ce sont tes parents, après tout !

Dorothée - Pourquoi ? Parce que si c'est moi qui leur dis, ils ne vont pas me croire, figure-toi ! Et puis ce serait trop facile, hein ? Ils te portent aux nues ! Tu es le gendre idéal ! Non, je veux t'entendre leur dire devant moi : Je ne suis qu'un salaud, j'ai trompé votre fille...

Stéphane - Techniquement...

Dorothée - Ok, alors si tu préfères : Oui, je me suis fait tailler une pipe par mon assistante. Ça te va, comme expression ? C'est un peu désuet, mais bon... Fellation, je ne suis pas sûr qu'ils comprennent.

Stéphane - Ça va leur faire un choc...

Dorothée - C'est ça, un choc salutaire... Un électrochoc ! Je veux de mes yeux te voir descendre du piédestal sur lequel ils t'ont injustement placé, alors que moi, ils m'ont toujours considérée comme une conne ! (Haussant le ton en apercevant le bouquet que Stéphane a toujours dans les mains) Et je t'avais dit que le bouquet, je n'étais pas pour !

Stéphane - C'est Noël, quand même...

Dorothée (hurlant) - Maman !

Stéphane - Ne crie pas si fort... Pourquoi tu t'énerves...? Elle va bien finir par arriver... Mais la maison est tellement grande...

Dorothée - Et dire que nous on vit à deux dans un studio à Montreuil.

Stéphane - Bientôt trois...

Dorothée - Tu ne comptes pas rester vivre avec nous après le divorce, quand même ?

Stéphane - Non, bien sûr...

Dorothée - On devra se saigner aux quatre veines pour payer leur retraite ! Alors qu'à nous, en remerciement, la Sécu nous promet seulement quelqu'un pour changer nos couches si on devient centenaire...

Marianne revient de la cuisine avec un vase.

Marianne - Ah, vous êtes là ? Je ne vous avais pas entendus arriver...

Stéphane - Bonjour belle-maman.

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