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Paresse, avarice, envie, luxure, orgueil, colère, intempérance... Comment, au cours d'une même soirée, sans même sortir de chez soi, commettre les sept péchés.

ISBN 978-2-37705-027-7

Novembre 2016

46 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

 

 

 

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Un salon, avec au centre un lit servant aussi de canapé. Le décor est constitué essentiellement de sept grands tableaux posés contre le mur du fond. Tableaux aux motifs abstraits et aux couleurs criardes, peu différents l'un de l'autre. Jean-Luc est assis en face de son ordinateur, un bonnet sur la tête et une grosse écharpe autour du cou. Gabrielle, en revanche, a fait un effort de toilette et procède à un dernier raccord de maquillage.

Gabrielle - Tu es vraiment sûr que tu ne veux pas venir...?

Jean-Luc - Je préférerais, crois-moi... Mais je t'ai dit. Il faut absolument que je termine ce scénar pour lundi...

Gabrielle - Ça fait six mois que tu es dessus. Ça ne pourrait pas encore attendre jusqu'à demain matin ?

Jean-Luc - Non, je te jure... Le tournage a été avancé de deux semaines. Ils sont déjà en prépa. Ils n'attendent plus que le scénario, et je n'ai pas encore écrit une ligne de dialogue...

Gabrielle - Mais tu as déjà l'histoire, non ?

Jean-Luc - Oui, évidement.

Gabrielle - Ça parle de quoi, déjà...?

Jean-Luc - C'est l'histoire de... Comment dire... C'est l'histoire d'un pêcheur de morues surendetté qui... Il finit par demander à sa femme de se prostituer pour payer les traites de son chalutier...

Gabrielle - Un pêcheur de morues qui devient maquereau...

Jean-Luc - Ça devait se passer à Saint-Brieuc, mais la prod a une équipe de tournage qui vient de se libérer à Sofia, à cause d'un autre film dont le tournage vient d'être annulé...

Gabrielle - Alors c'est pour ça qu'ils sont si pressés...

Jean-Luc - Du coup, il faut revoir un peu l'intrigue, évidemment... La Bulgarie, ça ressemble beaucoup à la Bretagne, mais quand même... (Pris d'un doute) Il y a la mer en Bulgarie...?

Gabrielle - En tout cas, si Sofia était un grand port de pêche à la morue, ça se saurait...

Jean-Luc - Non, je te jure, je commence à flipper grave, Gabrielle...

Gabrielle - Allez, tu vas t'en sortir, comme d'habitude... Et puis tu n'es pas tout seul sur ce coup-là... Tu travailles avec Stanislas, non ?

Jean-Luc - Ouais, enfin, Stanislas, tu sais...

Gabrielle - Si tu viens avec moi chez mes parents, on peut rentrer tôt... Ça te détendra un peu, et tu te mettras à travailler après... Et puis il faut bien que tu manges, quand même...

Jean-Luc - Je n'ai pas la tête à ça, je t'assure... Je suis fatigué, je n'ai pas le moral... J'ai des frissons, je ne sais pas ce que j'ai... En tout cas, je n'ai vraiment pas faim...

Gabrielle (s'approchant de lui) - Mon pauvre chéri... Tu es malade ? Je peux rester là pour te soigner, tu sais...

Jean-Luc - Non vraiment, je t'assure... Je vais prendre une aspirine et ça ira très bien... Je ne veux pas te gâcher ta soirée... Tu m'excuseras auprès de tes parents, et puis voilà...

Gabrielle - Mais oui, ne t'inquiète pas. Ils vont être déçus, c'est tout...

Jean-Luc - En même temps, ce n'est pas comme si je ratais Noël ou le Jour de l'an, hein ? (Souriant) Shabbat, c'est tous les vendredi...

Gabrielle - Bon, alors je vais y aller...

Elle met son manteau pour sortir. Le regard de Jean-Luc tombe sur les tableaux qui l'entourent.

Jean-Luc - Ça représente quoi, déjà, ces tableaux que tu viens de peindre ?

Gabrielle - C'est une série sur les sept péchés capitaux.

Jean-Luc - Ah ouais...

Gabrielle (désignant les toiles) - La paresse, l'avarice, l'envie, la luxure, l'orgueil, la colère et l'intempérance...

Jean-Luc - Ah ouais...

Gabrielle - D'après Saint Augustin, ces sept péchés sont à l'origine de tous les autres...

Jean-Luc – Saint Augustin...

Gabrielle - Tu n'aimes pas...?

Jean-Luc - Si, si... Enfin, c'est vrai que c'est un peu...

Gabrielle - Un peu...?

Jean-Luc - Un peu oppressant, quoi... Mais j'imagine que c'est fait pour ça... Pour détourner du vice les pauvres pêcheurs que nous sommes...

Gabrielle (déçue) - Tu n'aimes pas...

Jean-Luc - Mais si je t'assure... (Désignant un tableau) J'aime bien la luxure...

Gabrielle - Celui-là, c'est la paresse...

Jean-Luc - Ah tiens ?

Gabrielle - Oui...

Gabrielle s'apprête à s'en aller.

Jean-Luc - Tu pars avec ton frère ?

Gabrielle - Il est déjà là-bas. Tu sais bien que lui, le vendredi, il ne prend pas les transports...

Jean-Luc - Ah oui, c'est vrai... Mais toi, prends la voiture, ça ira plus vite.

Gabrielle - Je vais y aller en métro... Je n'ai pas très envie de conduire... Et puis comme ça, si tu veux nous rejoindre pour le dessert...

Jean-Luc - Pourquoi pas... Si j'arrive à avancer assez vite... Je vais mettre le paquet... (Ils s'embrassent) Mais si je ne peux pas venir, je préfère autant que tu dormes là-bas... Je n'aime pas trop te savoir dans le RER un vendredi, passé minuit...

Gabrielle - Ok...

Jean-Luc - Allez, amuse-toi bien...

Gabrielle - Bon courage, mon chéri...

Jean-Luc - Merci.

Gabrielle partie, Jean-Luc reprend vie. Il enlève son bonnet et son écharpe, et enclenche un CD : la chanson de Bénabar "Le Dîner", détaillant tous les faux prétextes qu'il vient de servir à sa copine pour se défiler : "J'veux pas y'aller à ce dîner, j'ai pas l'moral, j'suis fatigué, ils nous en voudront pas, allez on n'y va pas. En plus faut que je fasse un régime ma chemise me boudine, j'ai l'air d'une chipolata, je peux pas sortir comme ça...".

Jean-Luc (baissant la musique) - Putain, j'ai les crocs, moi...

Il va à la cuisine et revient avec un pack de bière et un paquet de chips. Il commence à boire à même la cannette et à se goinfrer bruyamment de chips. Son regard s'arrête sur un tableau, et il semble mal à l'aise, comme si la toile lui rappelait ses mensonges. Il se lève et retourne le premier tableau... au dos duquel est inscrit en gros : La paresse. Il semble à nouveau perturbé par l'inscription. Il se remet à son ordinateur, mais on l'entend jouer à des jeux vidéos. Jusqu'au moment où on sonne à la porte. Il semble paniqué.

Jean-Luc - Et merde...

Il arrête la musique et coupe le son de l'ordinateur. Il remet son bonnet et son écharpe en hâte. Il range le paquet de chips et la cannette de bière sous le lit. Et va ouvrir.

Jean-Luc - Stanislas...?

Stanislas - Salut ma poule, ça biche ?

Jean-Luc - Qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu avais une soirée, et que tu ne pouvais pas bosser avec moi sur notre scénar avant demain...

Stanislas entre.

Stanislas - Il est à peine sept heures et demie, ma poule ! Je te dérange ? Tu allais te coucher ?

Jean-Luc - Non...

Stanislas - Tu pars aux sports d'hiver ?

Jean-Luc - Non pourquoi ?

Stanislas - Je ne sais pas... Avec l'écharpe et le bonnet...

Jean-Luc enlève à nouveau son écharpe et son bonnet.

Jean-Luc - Ah non, c'est parce que... Je croyais que c'était Gabrielle...

Stanislas (intrigué) - Ah ouais...? Alors comme ça, quand vous êtes tous les deux, tu joues le moniteur de ski... Enfin, chacun ses fantasmes, hein... À propos, au sujet de ma soirée, tu n'en as pas parlé à Gabrielle ? Je l'ai croisée dans la rue, je lui ai dit que je venais ici...

Jean-Luc - Non, rassure-toi... Encore un de tes plans culs foireux ? (Stanislas fait un geste d'acquiescement faussement gêné). Alors, tu as des idées ?

Stanislas - Des idées...?

Jean-Luc - Pour le scénar ! Tu te souviens qu'on écrit un scénario ensemble ? C'est bien pour ça que tu es venu, non ? Pour bosser un peu avec moi avant ta... "soirée".

Stanislas - À vrai dire, euh... Pas exactement...

Jean-Luc - Pas exactement...?

Stanislas - Bon, ça va, ils peuvent bien attendre encore un jour ou deux... On n'est pas à leur disposition, non plus...

Jean-Luc - En même temps, ils nous ont quand même signé un à valoir de 5000 euros chacun. Et pour l'instant, on n'a écrit que nos initiales sur le contrat. On peut imaginer que ça leur donne le droit d'espérer...

Stanislas - Écoute, je m'y mets dès que possible, je t'assure. Mais ce n'est pas pour parler boulot que je suis passé te voir.

Jean-Luc - Tiens donc...

Stanislas - Tu te souviens de cette fille que j'avais rencontrée sur ce tournage à Cergy-Pontoise ?

Jean-Luc - Non...

Stanislas - Mais si ! Deborah ! Une figurante. Une blonde. Elle jouait le rôle d'une serveuse à la cafétéria du tribunal.

Jean-Luc - Et alors ?

Stanislas - Ben... C'est avec elle que je dois passer la soirée...

Jean-Luc - Pour des raisons professionnelles, bien sûr.

Stanislas - Plus ou moins...

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