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Jérôme et Christelle ont invité des amis à dîner. Mais Madame arrive seule, effondrée. Elle vient d'apprendre que l'avion qui ramenait son mari à Paris s'est crashé en mer. Suspendu aux nouvelles avec la veuve potentielle pour savoir si son mari fait partie ou non des survivants, le couple apprend qu'il vient de gagner au super tirage du loto de ce vendredi 13. Le mot d'ordre est dès lors "cache ta joie"...

ISBN 979-10-90908-68-0

Octobre 2016

78 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

Traduction disponible en anglais, en espagnol et en portugais.

 

 

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LIRE LE DÉBUT

La salle de séjour d'un appartement bobo. Une peinture avant-gardiste est posée par terre contre le mur du fond. Le reste est déjà dans les cartons. Dans un coin, un sapin de Noël enguirlandé. Personne sur scène. Le téléphone sonne, et on entend le message d'accueil :

Jérôme (voix off) - Bonjour ! Vous êtes bien chez Jérôme et Christelle. Nous sommes momentanément retenus à la Brigade Financière pour une affaire de fraude fiscale, mais vous pouvez nous laisser un message après le bip sonore. Nous vous rappellerons dès la fin de notre garde à vue. Parlez, c'est à vous...

Bip sonore, suivi du message d'accueil :

Patrick (voix off) - Ouais, salut, c'est Patrick. Ça va ? Je suis con, tu ne peux pas me répondre... Bon, c'est toujours d'accord pour ce soir, mais...

Entre Jérôme, un sac Leader Price dans une main, et une baguette sous le bras. Encombré, il ne prend pas la peine de décrocher et se contente d'écouter la suite du message.

Patrick (voix off) - ... on arrivera plutôt vers 20h30. Mon avion atterrit à Beauvais. Le temps de sauter dans un bus, de déposer ma valise à la maison, et de repartir en bagnole avec Nathalie... Ah, au fait, merci pour la valise. J'en profiterai pour vous la ramener. Bon ben, à toute ! Et ne vous cassez pas trop la tête, hein ? C'est un dîner entre amis...

Jérôme va poser ses sacs à la cuisine et revient un cubitainer de vin de pays bas de gamme à la main. Il enlève son imper, et sort une carafe à vin d'un placard. Il débouche le cubitainer, place un entonnoir sur le goulot de la carafe, et la remplit. Christelle arrive.

Christelle - Salut ! Ça va ?

Jérôme - Patrick a appelé, ils arriveront un peu en retard.

Christelle - Tant mieux, parce qu’on n’est pas trop en avance...

Elle retire son manteau.

Christelle - On se gèle, non ? Il fait encore plus froid que dehors...

Jérôme - J'ai arrêté le chauffage. On est supposé faire des économies, non ?

Christelle remarque enfin ce qu'il est en train de faire.

Christelle (étonnée) - Qu'est-ce que tu fais ?

Jérôme - Ben tu vois, je mets le vin en carafe. Faut que ça respire un peu, le vin, avant de le boire. C'est meilleur, il paraît.

Christelle - Ce n’était peut-être pas la peine d'investir dans un grand millésime... Parce qu'à choisir, je préférerais qu'on économise sur le vin que sur le chauffage...

Jérôme - C'est un vin de pays. Ne me demande pas de quel pays. Pas de la Communauté Européenne, en tout cas. Un euro vingt-quatre le litre chez Leader Price. Une promo pour les Fêtes de Noël...

Christelle - Alors pourquoi tu le mets en carafe ?

Jérôme - C'est le sommelier de chez Leader Price qui m'a conseillé de faire ça. Pour que ce précieux nectar exhale toutes ses nuances de fruits rouges et de vanille. Avec quand même un léger arrière-goût de raisin... (Redevenant sérieux) À ton avis ? Tu préfères qu'on mette directement le cubitainer sur la table ?

Christelle - Ah, d'accord...

Jérôme - Et puis ça ne peut pas lui faire de mal non plus, à cette piquette, de s'oxygéner. Le vin de pays, c'est comme l'eau du robinet. Il vaut mieux que ça décante un peu avant de le boire. Que les gaz toxiques aient le temps de s'évaporer, et les métaux lourds de se déposer au fond...

Christelle - Tu t'es occupé des courses ?

Jérôme - J'ai pris une tourte aux artichauts chez Tricard Surgelés, il y aura juste à la faire décongeler.

Christelle - Une tourte aux artichauts ?

Jérôme - C'était en promo aussi... Avec une salade...

Christelle - Bon, je vais préparer l'apéritif.

Christelle commence à sortir des verres.

Christelle - Tu es passé à Pôle Emploi ?

Jérôme - Ouais...

Christelle - Alors ?

Jérôme - Ils m'ont proposé un stage...

Christelle - Un stage...?

Jérôme - Chez un restaurateur.

Christelle - Super... C’est ce que tu voulais, non ?

Jérôme - Un restaurateur de tableaux...

Christelle – De tableaux ? Mais tu as fait l’École Hôtelière !

Jérôme - Pôle Emploi, tu sais... Ils ont dû confondre.

Christelle – Mais tu leur as dit que tu étais chef cuisinier. Qu’est-ce qu’ils ont répondu ?

Jérôme - Il paraît qu'il faut être polyvalent, maintenant...

Christelle – C’est dingue. Avant d'être licencié, tu encadrais une équipe de cuistots dans un hôtel. Qu'est-ce que tu vas bien pouvoir encadrer chez un restaurateur de tableaux ?

Jérôme - Des tableaux... Mais rassure-toi, à la maison, je serai toujours ton maître queux.

Christelle – Tu es bête. Et tu y es allé ?

Jérôme (se tournant vers le tableau) - J'en ai profité pour faire évaluer notre toile...

Christelle - Ah, oui... Cette croûte que tu as achetée une fortune il y a dix ans à ton copain des Beaux-Arts...

Jérôme - C'était juste après sa première tentative de suicide... C'était pour le dépanner. Et puis je me suis dit que ça ne pouvait que prendre de la valeur...

Christelle - Si ça pouvait au moins nous permettre de payer le chauffage... Et alors, il te l'a estimé à combien, ce chef d'œuvre, ton restaurateur ?

Jérôme - Une bonne centaine d'euros...

Christelle - Tu l'as acheté 1500 !

Jérôme - Non, mais tu as vu comment la cote de Van Gogh a explosé juste après sa mort ?

Christelle - Il n'y a plus qu'à espérer que ton génie de la peinture réussisse son suicide avant que nous, on soit morts de froid... On ne peut même pas rêver que le cadre prenne de la valeur, il n'y en a pas...

Jérôme - C'est ça le problème, avec la peinture moderne...

Christelle - J'espère au moins que Patrick va nous rembourser les 1000 euros que tu lui as généreusement prêtés. Ça nous permettrait de payer le garde-meuble en attendant le logement social que nous a promis ton copain à la mairie... Tu lui en as parlé, au fait ?

Jérôme À qui ?

Christelle - À Patrick ! De nos 1000 euros !

Jérôme - Je me demande si c'est vraiment le moment... Ce n'est pas facile pour lui non plus, tu sais. France Télécom vient de le délocaliser dans un centre d'appel à Mulhouse. Tu te rends compte ? À Mulhouse ! Il était Directeur des Ressources Humaines à La Défense... Et ce n'est pas Nathalie, avec son salaire d'instit à mi-temps...

Christelle - Oui, et bien moi, au boulot, j’en fais trois, des mi-temps ! Et on n’a même pas assez pour payer nos factures !

Jérôme - Ok, je lui en parlerai ce soir...

Le téléphone sonne.

Christelle - Ah, ça doit être eux... (Elle décroche.) Allo...? Oui, bonsoir Nathalie, ça va ? Ah, d'accord... Non, non, pas de problème, Nathalie... Ok, on t'attend... À tout de suite, Nathalie... (Elle raccroche.) C'était Nathalie...

Jérôme - Oui, je ne sais pas pourquoi, mais dès que tu as décroché et tu as dit : « bonsoir Nathalie », je me suis tout de suite douté que c'était elle...

Christelle - L'avion de Patrick a du retard, alors elle arrive toute seule en voiture...

Jérôme - Et lui ?

Christelle - Elle lui a laissé un message sur sa boîte vocale pour qu'il nous rejoigne directement ici. Je crois qu'on prendra l'apéro sans lui...

Jérôme - Quelle idée, aussi, de prendre l'avion pour revenir de Mulhouse...

Christelle - Oui... Surtout que ça le fait atterrir à Beauvais. Mais bon, maintenant, avec les low cost, un aller-retour Mulhouse, c'est moins cher qu'un ticket de métro...

Jérôme s'approche d'elle et la prend dans ses bras.

Jérôme - Allez, on va s'en sortir.

Christelle - Bien sûr... Et puis tant qu'on est tous les deux, il ne peut rien nous arriver de grave, non ?

Jérôme - Je préfère boire du vin de pays avec toi, que de déguster de la Veuve Clicquot avec n'importe qui d'autre.

Christelle - La chance va tourner, je le sens. C'est bientôt Noël. Et puis c'est vendredi 13, aujourd'hui, non ?

Jérôme - On va peut-être gagner au loto.

Christelle - On ne joue pas...

Jérôme - J'ai pris un billet au tabac, quand on est allé voir ta mère à Cabourg... J'ai joué mon numéro d'immatriculation à Pôle Emploi...

Christelle - Je me sens tout de suite plus rassurée...

Ils s'embrassent.

Jérôme - Et Nathalie ? Elle est sur la route ?

Christelle - Ça fait un quart d'heure qu'elle tourne en bas pour essayer de trouver une place...

Jérôme - Ah... Dans le quartier, à cette heure-ci...

Christelle - C'est sûr que s’ils avaient une Smart, comme nous, au lieu de ce gros 4X4 Mercedes, elle se garerait plus facilement...

Jérôme - Ils ont deux gosses, tout de même. Il n’y a que deux places, dans une Smart.

Christelle - Ils pourraient se contenter d’une Twingo ! Je croyais qu'ils avaient des problèmes d’argent...

Jérôme - Il faudrait surtout qu’elle apprenne à faire les créneaux...

Christelle commence à sortir les bouteilles. La sonnette de l'entrée retentit.

Christelle - Tu vois, tu es médisant... Elle a quand même réussi à se garer... Tu vas ouvrir...?

Jérôme va ouvrir.

Jérôme - Salut Nathalie ! Ben qu'est-ce qui t'arrive, tu es toute blanche ? On dirait que tu viens de voir un mort...

Nathalie arrive avec Jérôme. Elle tient une bouteille de champagne à la main et elle a l'air en effet effondrée.

Nathalie (en pleurs) - Tu ne crois pas si bien dire...

Christelle approche, affolée.

Christelle - Mais qu'est-ce qui se passe, Nathalie ?

Nathalie - Je m'apprêtais à couper l'autoradio, et à sortir de la voiture. C'était l'heure des informations. L'avion de Patrick s'est crashé en mer...

Jérôme - En mer ?

Christelle - Tu es sûre que c'est son avion ?

Jérôme - Il venait de Mulhouse...

Nathalie - C'était un low cost, avec une correspondance à Londres. Ils ont donné le numéro de vol et le nom de la compagnie. Il n'y a aucun doute. L'avion a disparu au-dessus de la Manche...

Nathalie éclate en sanglots. Jérôme et Christelle échangent un regard désemparé.

Christelle - Écoute, ils vont peut-être le retrouver...

Jérôme - La Manche, ce n'est pas bien grand...

Christelle - Le pilote a peut-être réussi à poser l'avion sur l'eau...

Jérôme - Entre deux pétroliers...

Christelle - Ça s'est déjà vu...

Jérôme - Pas très souvent, mais ça s'est vu...

Nathalie - Vous croyez...?

Christelle - Qu'est-ce qu'ils ont dit, à la radio ? Ils ont dit qu'il n'y avait pas de survivants ?

Nathalie - Ils ne savent pas encore...

Christelle - Eh ben tu vois !

Jérôme - Et puis l'avion, ça reste quand même le moyen de transport le plus sûr au monde ! D'après les statistiques, quand tu prends l'avion, tu n'as qu'une chance sur un million d'y rester. À peu près autant de chances que de gagner au loto, alors tu vois...

Christelle lui lance un regard consterné.

Nathalie (effondrée) - Et il a fallu que ça tombe sur Patrick... Je lui avais dit de ne pas prendre l'avion un vendredi 13...

Jérôme - Bon, en tout cas, c'est que la Manche... Ils retrouveront au moins les boîtes noires...

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