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Au Bistrot du Hasard, Thelma et Louise, en panne de voiture, croisent Paul et le fantôme de Virginie. Drôle d’endroit pour une drôle de rencontre, aux allures de retrouvailles et de règlements de comptes. Car le hasard ne fait pas toujours bien les choses…

 

ISBN : 978-2-37705-089-5
Avril 2017
54 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 9,90 €

 

 

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Un bar au décor assez sommaire. Au centre un comptoir, et devant trois tables avec chacune sa chaise. Au-dessus du comptoir, une enseigne : Le Bar Hasard. Une femme arrive. Ne connaissant visiblement pas l’endroit, elle est en outre étonnée de le trouver désert. Elle fait quelques pas, et toussote pour signaler sa présence.

Louise (timidement) – Il y a quelqu’un ? (Elle fait quelques pas supplémentaires, avant de répéter, plus fort.) Il y a quelqu’un ? Apparemment, il n’y a personne... Voilà que je me mets à parler toute seule, maintenant... (Elle hésite un peu, puis s’assied à l'une des tables, avant de sortir son portable et de regarder l’écran.) Toujours pas de réseau... (Relevant la tête et regardant autour d’elle) C’est quoi, ce trou ? (Elle se dirige vers le comptoir.) Il doit bien y avoir un téléphone, dans ce bistrot... (Elle regarde sur le comptoir, mais ne voit rien, et soupire.) Je prendrais bien un café, au moins... C’est dingue ! N’importe qui pourrait entrer ici et se barrer avec la caisse... (Elle avise une bouteille et trois verres posés sur le comptoir.) Je peux toujours prendre un petit remontant en attendant... (Elle se sert un verre, qu’elle avale cul sec, en manquant de s’étrangler.) Ouah... C’est plutôt le genre agricole... (Ragaillardie, hurlant presque) Il y a quelqu’un ? Ce n’est pas vrai, il y a sûrement un téléphone quelque part...

Elle passe derrière le comptoir et, farfouillant dans les étagères, laisse tomber un portrait dans un cadre. Elle se baisse pour le ramasser, disparaissant ainsi à la vue des spectateurs. Une deuxième femme entre. Ne voyant personne, elle fait le même manège que la première, mais plus énergiquement.

Thelma (hurlant) – Il n’y a personne ? (L’autre femme, surprise, émerge de sous le comptoir avec le portrait à la main, l’air ahurie.) Ah, bonjour ! J’ai cru qu’il n’y avait personne. Je vais prendre un café, s’il vous plaît.

Louise – Ah, non... C’est-à-dire que...

Thelma – Non mais ça ne fait rien, un thé si vous préférez... Vous avez un téléphone? Il n’y a pas de réseau, chez vous...

Louise – Oui, je sais... Non, mais... C’est un malentendu... Je ne suis pas la patronne...

Thelma – Bon, mais... vous pouvez quand même me servir un café... ou un thé ?

Louise – Je ne suis pas non plus la serveuse... Je suis une cliente, comme vous.

Thelma – D’accord... Et... qu’est-ce que vous faites derrière ce comptoir, alors ?

Louise – Je cherchais un téléphone, justement.

Thelma – Et vous l’avez trouvé ?

Louise – Non...

Thelma – Bon... Et la patronne, elle est où ?

Louise – Aucune idée...

Thelma – Aucune idée ?

Louise – Comment voulez-vous que je le sache ?

Thelma – Je ne sais pas... Vous venez de dire que vous n’étiez pas la patronne. Donc vous savez déjà qu’il y a une patronne.

Louise – Mais pas du tout ! Je voulais simplement dire que la patronne, ce n’était pas moi. Mais je ne sais pas... La patronne... C’est peut-être un patron...

Thelma – Je vois... Donc, en somme, vous n’êtes pas de la maison...

Louise – Voilà...

Thelma – Comme je vous ai vue derrière le comptoir...

Louise – Bon, on ne va pas y passer la nuit, non plus.

Thelma – J’espère... Je suis crevée...

Louise – Oui, moi aussi...

Thelma – Non, je veux dire, je suis crevée... J’ai crevé. Crevé un pneu. Enfin, deux, plus exactement. Sur la nationale, là... Bon, je ne sais pas ce que c’est. Certainement pas une nationale. Une départementale, peut-être. Et encore. Un chemin vicinal, plutôt. Bref, j’ai crevé sur la route. Et figurez-vous que je n’ai qu’une roue de secours.

Louise – Ah, vous aussi ?

Thelma – Ben, oui... On a beau être prudent... En général, personne ne se trimbale avec deux ou trois roues de secours dans son coffre, non ?

Louise – Non, je veux dire, vous aussi, vous êtes en panne ? Parce que moi aussi j’ai crevé.

Thelma – Vous avez crevé un pneu ?

Louise – Trois.

Thelma – Non ? Vous aussi ?

Louise – C’est ce que je me tue à vous dire.

Thelma – Ok... Et vous avez appelé un dépanneur ?

Louise – Ben... Comme vous disiez... Il n’y a pas de réseau ! Et je n’ai pas trouvé de téléphone fixe...

Thelma – Je vois...

Louise – Je ne sais pas ce qu’on va devenir... Encore heureux que vous aussi, vous avez crevé...

Thelma – Vous trouvez ?

Louise – Non, je veux dire... Au moins, je ne suis pas toute seule... Et vous non plus...

Thelma – Bon, restons calmes... Quelqu’un va bien finir par arriver...

Louise – Si vous le dites...

Thelma – C’est un café, non ? Et la porte est ouverte.

Louise – Oui... (Regardant l’enseigne) Le Bar Hasard... Drôle de nom pour un bistrot. Je ne sais pas si c’est très bon signe...

Thelma – Vous savez changer une roue, vous ?

Louise – Oui, quand même... Enfin, je crois... Je ne l’ai jamais fait, mais bon... Ça ne doit pas être très compliqué... Malheureusement, comme vous dites... Quand on n’a qu’une roue de secours, et plusieurs pneus crevés...

Thelma – C’est dingue...

Louise – La loi des séries...

Thelma – Cinq pneus crevés en cinq minutes, ce n’est plus la loi des séries... Et je ne crois pas au hasard...

Louise – Vous voulez dire que...

Thelma – Quelqu’un a dû placer des clous sur la route, ce n’est pas possible autrement... Ou des tessons de bouteilles...

Louise – Mais... pourquoi ?

Thelma – Est-ce que je sais, moi ! Peut-être un garagiste, pour augmenter son chiffre d’affaires...

Louise – Dans ce cas, c’est bizarre qu’il ne soit pas déjà là pour prendre les commandes...

Thelma – Qui ?

Louise – Le garagiste ! Et puis je n’ai vu aucun garage dans le coin, et vous ?

Thelma – Non... D’ailleurs, dans le coin, il n’y a pas grand chose...

Louise – Vous vous souvenez de ce film, L’Auberge rouge, avec Fernandel ?

Thelma – Non... Et je déteste Fernandel.

Louise – Vous voulez que je vous raconte ?

Thelma – Je préfère autant pas, non...

Louise – Mais si ! L’histoire d’une famille de nobles qui tiennent des chambres d’hôtes dans leur château en ruine. Ils sont en cheville avec le garagiste du coin, qui leur envoie des clients en s’arrangeant pour que les voyageurs de passage tombent en panne.

Thelma – C’est Le Diable par la queue.

Louise – Quoi ?

Thelma – Ce film-là ! Ce n’est pas L’Auberge rouge, c’est Le Diable par la queue, avec Yves Montand.

Louise – Ah, oui, peut-être...

Thelma – Remarquez, en ce qui nous concerne, je préfère autant...

Louise – C’est vrai que je ne suis pas très cinéphile... Au fait, je ne me suis pas présentée. (Lui tendant la main) Louise.

Thelma (lui serrant la main) – Thelma.

Louise – Bon... Alors qu’est-ce qu’on fait ?

Thelma – Je ne sais pas... On attend, je suppose... Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ?

Thelma fait le tour de la pièce, et s’arrête devant une porte (qu’on ne voit pas forcément). Elle essaie d’ouvrir.

Thelma – Il y a une porte, mais elle est fermée...

Louise – On pourrait marcher jusqu’au prochain village...

Thelma – Le village le plus proche, je ne sais pas à combien de kilomètres il est... Et avec mes talons...

Louise – Et puis il va bientôt faire nuit...

Thelma regarde autour d’elle.

Thelma – C’est curieux, j’ai un drôle de pressentiment.

Louise – Vous voulez dire... un mauvais pressentiment.

Thelma – J’ai l’impression de connaître déjà cet endroit.

Louise – Ah oui...?

Thelma – De l’avoir connu autrefois, si vous préférez. Il y a très longtemps.

Louise – Vous voulez dire... dans une autre vie ?

Thelma – Du temps où il y avait une patronne, en tout cas.

Louise – Ou un patron...

Thelma s’approche du comptoir.

Thelma (apercevant le portrait) – C’est quoi, cette photo ?

Louise – Un portrait... Je crois que j’ai cassé le verre... Je vais me faire engueuler par la patronne...

Thelma prend le portrait et l’examine.

Thelma – C’est bizarre...

Louise – Ne me dites pas ce portrait vous rappelle aussi quelque chose, parce que ça commence à devenir flippant...

Thelma – Je ne sais pas... Ce n’est pas seulement la photo... C’est un air de déjà vu... Le sentiment d’avoir déjà vécu cette situation...

Louise – Comment ça ?

Thelma – Ça ne vous est jamais arrivé ? L’impression de jouer dans un film que vous avez déjà vu. Sans réussir à vous souvenir de la fin.

Louise – J’espère qu’il finissait bien, votre film...

Thelma – Je ne sais pas...

Louise – Bon ben je vais reboire un coup, moi. (Elle prend la bouteille et se sert un verre.) Vous en voulez ?

Thelma – Qu’est-ce que c’est ?

Louise – Aucune idée. On demandera combien on doit quand la patronne arrivera.

Thelma – Ok.

L’autre lui sert un verre. Elles trinquent.

Louise – Allez... On ne va pas se laisser abattre pour un pneu crevé.

Thelma – Vous avez raison.

Louise – Même si en l’occurrence, à nous deux, ça fait cinq...

Elles vident leurs verres cul sec.

Thelma (avec une grimace) – Qu’est-ce que c’est ?

Louise – Il n’y a rien d’écrit sur la bouteille. Il n’y a même pas d’étiquette...

Thelma – La patronne doit distiller ça dans sa cave avec un alambic clandestin.

Louise – Vous croyez qu’on pourrait avoir des ennuis ?

Thelma – Vous ne croyez pas qu’on en a déjà ? Échouées toutes seules en pleine nuit au Bistrot du Hasard, dans un bled fantôme qui ressemble à Oradour-sur-Glane... Je commence à me demander si j’ai vraiment envie de voir débarquer quelqu’un ici, finalement...

Louise la regarde, perturbée. Paul entre, un sac de voyage à la main. Le temps qu’il ouvre la porte et la referme, on entend un bruit de tonnerre et on voit la lueur d’un éclair.

Louise – On est sauvées ! Voilà le patron...

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