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Catalogue

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Vendredi 13
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MIRBEAU Le Foyer
RENARD Monsieur Vernet
ROSTAND Les Romanesques
SAND Molière
ZOLA Thérèse Raquin

Ménage à trois de Jean-Pierre Martinez

Quand on vit à trois dans un deux pièces, c’est qu’il y en a un de trop. Mais qui ?

Ouvrage publié aux Editions La Comédiathèque
ISBN 978-2-37705-028-4
Octobre 2016
48 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

 

 

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LIRE LE DÉBUT

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Le salon d’un modeste deux pièces. Patrick, recouvert d’un drap, dort sur le canapé. Justine, qui vient visiblement de se lever, arrive de la cuisine avec une cafetière qu’elle pose sur la table, sans prêter la moindre attention au dormeur. Elle se sert une tasse de café. Florent arrive à son tour en mode zombie. Il se penche vers Justine pour déposer un baiser sur sa bouche.

Florent – Bonjour mon cœur.

Justine – Bonjour mon chéri.

Florent s’assied en face d’elle, sans poser non plus le moindre regard sur le dormeur.

Justine – Café ?

Florent – Merci.

Elle lui sert une tasse de café. Ils se sourient bêtement tout en sirotant leur café. Florent bâille, allume son ordinateur et commence à pianoter sur le clavier.

Justine – Déjà ?

Florent – Excuse-moi… Tu as bien dormi ?

Justine – Très bien. (Souriant avec un sous-entendu) Enfin, quand tu t’es décidé à me laisser dormir… Et toi ?

Florent – Comme un bébé.

Justine – Un bébé ?

Florent – Oui, enfin…

Justine – Va savoir… On en a peut-être fait un cette nuit…

Florent – On n’avait pas dit qu’on attendait encore un peu ? Le temps que je retrouve un vrai boulot…

Justine – Et le temps qu’une place se libère…

Florent – En crèche.

Justine – Ici !

Florent – Ah oui, pardon…

Justine – Je prends toujours la pilule, rassure-toi… Mais un accident est toujours possible, tu sais…

Florent – C’est clair…

Justine saisit un journal sur la table.

Justine – Voyons voir… Que dit mon horoscope ? (Lisant) Amour : Vénus vous veut du bien. Savourez pleinement le fruit de la passion…

Florent – Hun, hun…

Justine – Argent : vos problèmes pourraient se régler très rapidement. Vous tirerez votre épingle du jeu, mais restez prudente.

Le regard de Florent est irrésistiblement attiré vers son écran d’ordinateur.

Justine – Je te parle de notre avenir, Florent ! Et toi tu regardes les cours de la bourse !

Florent replie l’écran pour ne plus être tenté.

Florent – Pardon Justine… (Florent se tourne vers une étagère sur laquelle trône un vase chinois) Il n’y avait pas un autre vase, là ?

Justine – Je l’ai cassé hier en faisant le ménage… Je suis vraiment désolée. C’était un cadeau de ta mère.

Florent – Ce n’était qu’un vase, après tout... Mais celui qui reste a l’air de s’ennuyer un peu. Il faudra qu’on lui trouve un autre compagnon.

Justine sourit. Ils continuent à boire leur café.

Justine – Je ne voudrais pas aborder les sujets qui fâchent dès le matin, mais il t’a dit combien de temps il comptait rester ici à peu près…

Florent – Qui ?

Justine (désignant du menton le dormeur) – Patrick !

Florent – Ah… Lui… Écoute, je ne sais pas exactement, mais c’est provisoire…

Justine – Provisoire ?

Florent – C’est juste pour lui donner le temps de se retourner un peu…

Justine – Ça va faire un an qu’il dort sur notre canapé. Je crois qu’il a eu largement le temps de se retourner, non ?

Florent – Il est momentanément sans domicile fixe… On ne peut pas le jeter à la rue comme ça…

Justine – Mais Patrick n’a jamais eu de domicile fixe ! Avant de squatter chez nous, il squattait chez moi. Et chez moi, c’était déjà ici justement...

Florent – C’est clair.

Justine – Il a seulement déménagé de mon lit jusqu’au canapé ! Je ne sais pas moi… C’est mon ex, quand même.

Florent – Ça ne me dérange pas, je t’assure…

Justine – Oui ben moi, ça me dérange !

Florent – C’est quand même grâce à lui qu’on s’est connu. On lui doit bien ça. Il n’a que nous !

Justine – Tu veux qu’on l’adopte ? Comme ça, il fera vraiment partie de la famille !

Florent – C’est vrai qu’il n’a jamais eu beaucoup de chance. ..

Justine – Tu as raison. Déjà, quand on s’appelle Patrick, on est mal parti dans la vie.

Florent – C’est clair…

Justine – Remarque, je me demande si ce n’est pas à cause de ce prénom à la con que j’ai accepté de sortir avec lui à l’époque. Par pitié. Patrick… Ce n’est pas un pseudo au moins?

Florent – Non, non, je t’assure. Il m’a montré ses papiers, un jour. Il s’appelle vraiment Patrick. Il en a beaucoup souffert, tu sais… Dès la crèche, c’était le seul de sa génération à s’appeler Patrick.

Justine – C’est vrai qu’on a du mal à s’imaginer un bébé s’appelant Patrick. Ou alors on imagine un gamin pas très normal…

Florent – C’est clair…

Justine – Et notre bébé à nous, si c’était un garçon ? Tu as une préférence, pour le prénom ?

Florent – Je ne sais pas moi… Jean-Pierre ? (Elle le regarde atterrée) Je déconne…

On sonne à la porte. Justine sort pour aller ouvrir. Florent en profite pour relever le capot de son ordinateur et se remet à pianoter dessus. Justine revient.

Florent – C’était quoi ?

Justine lance une pile de lettres sur la table basse.

Justine – Le facteur… Alors ? Notre portefeuille a pris combien, depuis hier soir ?

Florent – Tant qu’on n’a pas vendu, on n’a pas perdu…

Justine – Je vois… Je me demande quand même si tu as bien fait d’investir toutes tes indemnités de licenciement en actions Carrefour.

Florent – Pourquoi pas ?

Justine – C’est chez Carrefour que tu travaillais avant qu’ils te licencient !

Florent – Et alors ?

Justine – Je ne sais pas moi… S’ils font des plans sociaux, c’est que la boîte ne va pas très fort, non ?

Florent – C’est là où la plupart des gens se trompent, et où un bon trader flaire la bonne affaire.

Justine – Ah oui ?

Florent – Si les entreprises licencient, aujourd’hui, c’est pour que le cours de leurs actions remontent. C’est ce qu’on appelle des licenciements boursiers, justement.

Justine – D’accord… Et elles ont remonté de combien, tes actions Carrefour, depuis que tu les as achetées ?

Florent – Tu sais, la bourse, c’est un investissement à long terme.

Justine – C’est pour ça que tu passes tes journées devant ton écran à surveiller les cours… (Elle prend le paquet de lettres et les commente) EDF, Veolia, Bouygues Telecom… Eh ben ça, c’est du court terme, tu vois, et c’est toujours à la hausse…

Florent – C’est clair…

Justine – Heureusement qu’il y a au moins une personne qui ramène un salaire dans cette maison…

Florent – Il faut bien que je m’investisse dans quelque chose en attendant de retrouver un boulot. Tu préfèrerais que je reste là à ne rien faire et à déprimer ?

Justine – Tu as raison, excuse-moi…

Elle l’embrasse.

Florent – On va s’en sortir, tu verras… Je le sens… Et puis il y a des traders qui gagnent beaucoup d’argent, tu sais ?

Justine – Mmm… Il y en a aussi qui finissent en prison…

Florent – C’est clair…

Justine prend une carte de visite au milieu de la pile de lettres et lui tend.

Justine – Tiens, il y avait aussi une carte de visite dans la boîte aux lettres.

Florent (lisant) – Marabout et voyant africain. Travail, argent, amour, grossesse… Efficacité garantie et résultats rapides en toute discrétion…

Justine (lisant par dessus son épaule) – Protection occulte et désenvoûtement… Et si on lui demandait de désenvoûter Patrick ? Je pense que ce serait un investissement plus rentable que la bourse… À court et à long terme…

Florent – C’est clair…

Ils s’embrassent.

Justine – En tout cas, il a l’air de dormir profondément.

Florent – C’est vrai qu’il n’a pas bougé d’un centimètre depuis qu’on est levé.

Justine – Il est peut-être mort…

Florent – Tu crois ?

Justine – On serait enfin débarrassé de ce boulet.

Florent – Ça résoudrait tous nos problèmes…

Justine – Et les siens.

Florent – On ne devrait pas plaisanter avec ça…

Justine – C’est vrai qu’il ne bouge plus du tout, dis donc.

Florent – Oui, ça commence à m’inquiéter un peu.

Justine – Arrête, ce serait trop beau…

Florent (secouant légèrement le dormeur) – Patrick…?

Patrick garde une rigidité cadavérique. Florent et Justine échangent un regard inquiet.

Justine – Non…

Florent se penche sur le corps de Patrick.

Florent – On dirait qu’il ne respire plus…

Justine – Il a toujours eu le sommeil un peu lourd, mais d’habitude il ronfle…

Florent – Oh, putain… Je me demande si je n’ai pas fait une connerie…

Justine – De quoi tu parles ?

Florent – Hier soir, Patrick m’a dit qu’il avait mal à la tête…

Justine – Et alors ?

Florent – Je lui ai donné un Aspro Effervescent…

Justine – Et tu crois que c’est cette aspirine qui aurait pu…

Florent – Le problème, c’est que sans lui dire, j’ai ajouté à l’aspirine un comprimé de tes somnifères…

Justine – Non ?

Florent – En fait, comme tu m’avais dit qu’ils étaient très légers, j’en ai mis deux…

Justine – Mais pourquoi tu as fait ça ?

Florent – Tu te plaignais qu’à cause de Patrick, on n’ait plus aucune intimité… C’est vrai que d’ici, on entend tout ce qui se passe à côté… Je sais, c’est moi qui dormais sur ce canapé quand c’était Patrick qui dormait dans la chambre avec toi, et je peux te dire que…

Justine – Oui, bon, ça va…

Florent – Comme c’était samedi soir, je me suis dit que… C’est pour ça que ce matin, je ne me suis pas inquiété qu’il fasse la grasse matinée. Il est peut-être allergique aux somnifères… Tu te rends compte s’il ne se réveillait pas ?

Justine – C’est plutôt l’aspirine qui m’inquiète…

Florent – L’aspirine ?

Justine – En cas de lésion interne, ça peut provoquer une hémorragie.

Florent – Une lésion interne ? Patrick ?

Justine – Tu me demandais tout à l’heure où était passé le deuxième vase… Et bien si Patrick avait mal à la tête hier soir, c’est parce que je lui ai cassé le vase de ta mère sur la tronche…

Florent – Mais… pourquoi ?

Justine – Parce qu’il a essayé de me sauter dessus, ton copain, figure-toi !

Florent – Non ?

Justine – Il a commencé par me proposer qu’on ressorte ensemble… Surtout pour éviter de se retrouver à la rue, j’imagine… Et comme je lui ai dit non, il s’est montré un peu insistant, si tu vois ce que je veux dire…

Florent – Le petit salopard…

Justine – En attendant, s’il est vraiment mort, on peut dire qu’on est dans la merde…

Florent – Tu crois ?

Justine – Entre toi qui le drogues à son insu et moi qui lui écrase un vase sur la tête, on pourra difficilement faire passer ça pour un accident domestique…

Florent – Qu’est-ce qu’on fait ? Il faut quand même appeler les urgences, non ?

Justine – S’il est mort de toute façon…

Florent – La police alors ?

Justine – Il faudrait d’abord qu’on se mette d’accord sur une version des faits…

Florent – On n’a qu’à dire que…

Tandis qu’ils se concertent, Patrick se retourne enfin et tombe du canapé. Florent et Justine se tournent vers lui.

Patrick – Oh, putain, j’ai dormi comme une souche, moi. Je ne me souviens même pas de ce qui s’est passé hier soir…

Justine – Tant mieux…

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