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Morts de rire de Jean-Pierre Martinez

Humour noir sur le thème de la mort.

Comédie à sketchs (2 ou 3 personnages par saynète)

 

Ouvrage publié aux Editions La Comédiathèque
ISBN 979-10-90908-70-3
Octobre 2016
73 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €


Traduction disponible en espagnol.

 

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LIRE UN EXTRAIT

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1 - Condoléances

Un homme se recueille devant une tombe. Un autre arrive.

Deux - Excusez-moi, je cherche la tombe de Polnareff...

Un - Il est mort ?

Deux - Autant pour moi... Je voulais dire Gainsbourg, bien sûr...

Un - Au fond de l'allée, à gauche... Vous ne pouvez pas vous tromper... Il y a plein de mégots autour...

Le deuxième s'apprête à y aller, puis se ravise et regarde à son tour la tombe devant laquelle est planté le premier.

Deux - C'est quand même un drôle de truc, les cimetières, quand on y pense.

Un (ailleurs) - Oui...

Deux - Est-ce que les morts sont radioactifs, pour qu'on les enterre dans des enceintes confinées pendant des siècles, comme des déchets nucléaires ? (L'autre semble absent) Moi, je suis pour l'incinération, pas vous ?

Un - Pardon ?

Deux - Vous la connaissiez ?

Un - C'était ma maîtresse...

Deux - Ah, je suis désolé.

Un - Oh, c'est vraiment pas la peine... C'était une salope...

Deux - Allez, dites pas ça... (Silence) Alors c'est pour ça que vous venez seulement maintenant, après la cérémonie. Pour ne pas croiser le mari.

Un - Oui...

Deux - Ce n'est pas vous qui l'avez tuée, au moins ?

Un - Ah, non...! Elle est morte écrasée par un tramway... Elle sortait de chez moi pour aller me chercher mon briquet que j'avais oublié dans mon quatre-quatre... C'est en retraversant la rue que... Ils avaient inauguré la ligne la veille. Elle ne s'est plus souvenue...

Deux - C'est ça le problème, avec les tramways. C'est peut-être écologique, mais comme c'est électrique, on ne les entend pas arriver...

Le premier sort une cigarette et la met à sa bouche.

Un - Vous avez du feu...? Du coup, je n'ai plus de briquet...

Deux - Bien sûr.

Un - Ce n'est pas interdit, au moins ?

Deux (lui donnant du feu) - Les cimetières, c'est le dernier endroit où on a encore le droit de fumer. Et puis si c'était un cimetière non fumeur, ils n'y auraient pas enterré Gainsbourg...

Le premier tire avec avidité sur sa cigarette.

Un - C'est comme ça que son mari a appris notre liaison... Elle lui racontait qu'elle allait voir sa grand-mère à la maison de retraite. La grand-mère ne se souvient jamais de rien, c'était pratique. Mais comme le tramway lui est passé dessus en face de chez moi... Son mari a dû se douter de quelque chose...

Deux - Évidemment... Apprendre en même temps qu'on est veuf et qu'on est cocu...

Un - Depuis, je suis à pied...

Deux - Pardon...?

Un - Il a fait enterrer sa femme avec mes clefs ! Pour se venger, sûrement...

Deux - Vos clefs ?

Un - Les clefs de mon quatre-quatre ! Je les lui avais données... Pour qu'elle aille me chercher le briquet...

Deux - Ah, oui, bien sûr...

Un - Je suis allé à la présentation du corps, je les ai vues qui dépassaient de sa poche... Mais il y avait plein de monde... J'ai rien pu faire... Maintenant, je ne sais plus comment les récupérer...

Deux - Mais vous n'avez pas un double...?

Un - Si... C'est ma femme qui l'a...

Deux - Vous n'avez qu'à lui dire que vous avez perdu les vôtres...

Un - On est séparés... (Désignant la tombe) Cette salope venait de lui apprendre que je la trompais avec elle... Alors il y a peu de chance que mon ex-femme me rende le double des clefs...

Deux - Je vois...

Un - Il va bientôt faire nuit... (Un temps) Vous n'auriez pas une pelle ?

Deux - Vous plaisantez ?

Un - Vous n'avez pas de pelle... Vous êtes en voiture ?

Deux - Je vous ramène ?

Un - Volontiers. Vous allez de quel côté ?

Deux - La Butte aux Cailles.

Un - Tiens, c'est marrant, c'est là qu'habitait ma maîtresse.

Deux - Je sais... Je suis son mari...

Un - Ah, d'accord... J'ai eu un doute, aussi, quand j'ai vu le briquet...

Le premier ressort le briquet de sa poche.

Deux - Ah, oui, excusez-moi... Je vous le rends, bien sûr... Je ne savais pas qu'il était à vous... J'étais étonné, aussi, de trouver ça dans sa main, quand ils me l'ont ramenée. Comme ma femme ne fume pas... Enfin, ne fumait pas...

L'autre prend le briquet.

Un - Merci. (Jetant un regard au briquet) Pas une égratignure... C'est un miracle...

Deux - Ma femme, en revanche...

Un (rangeant le briquet dans sa poche) - J'y tiens beaucoup... C'est elle qui me l'avait offert...

Deux - Mais pour vos clefs... Je suis vraiment désolé... Je vous jure que je n'étais pas au courant... Je n'ai pas eu l'idée de lui faire les poches...

Un - Je vous crois... Vous avez l'air d'un brave type...

Ils s'apprêtent à partir.

Un - Mais je croyais que vous cherchiez la tombe de Gainsbourg ? C'est pour ça que je ne me suis pas méfié... C'était pour me piéger...?

Deux - Pas du tout... Pendant la cérémonie, évidemment, je n'ai pas eu trop le temps de flâner... Je me suis dit que je reviendrai plus tard pour faire un peu de tourisme... Ça fait rien, ce sera pour une autre fois... (Un temps) Je me suis toujours demandé ce qu'on faisait des morts quand les cimetières étaient pleins...

Un - On les oublie... À part quelques célébrités... Ça doit être ça l'immortalité. Une concession perpétuelle...

Ils s'éloignent.

Un - C'est vrai que c'est un bel endroit...

Deux - C'est elle qui a tenu à être enterrée ici...

Un - Ça doit coûter bonbon, non ? C'est très people...

Deux - Ça vous pouvez le dire... C'était son côté show-biz...

Ils s'en vont.

Deux - Vous avez raison, c'était vraiment une salope...

Un - Allez, dites pas ça...

Noir.

 

2 - Dead line

Un homme est assis en face d'un autre installé devant un ordinateur.

Un (consultant son écran) - Alors, d'après tous les renseignements que vous nous avez fournis, ce serait pour le... 27 décembre 2041 dans la soirée.

Deux - Ah...

Un - Ça vous pose un problème ? Si je ne me trompe, vous aurez 76 ans et 3 mois... C'est un peu jeune, bien sûr, mais... Compte tenu de votre hygiène de vie, et de votre logement plutôt insalubre... Croyez-moi... Vous ne pouviez guère espérer mieux...

Deux - Oui, bien sûr, mais... Le 27 décembre, c'est en plein dans les fêtes... Ça ne m'arrange pas. Ma femme et moi, on tient un magasin de chocolat. On fait la moitié de notre chiffre d'affaires de l'année à cette époque là...

Mimique de l'autre pour dire qu'il n'y peut rien.

Deux - Et si j'arrêtais de fumer...?

Un - Ah, là, évidemment... Voyons voir... (Il pianote sur son ordinateur) Non-fumeur... Vous n'envisagez toujours pas de déménager...?

Deux - C'est à côté du magasin... et avec la flambée des prix de l'immobilier...

Un - Bien... Ça nous ferait donc... le 29 février 2044... C'est une année bissextile...

Deux - Mmmm...

Un - Vous gagnez presque trois ans.

Deux - Est-ce que ça vaut vraiment le coup...

Un - Ah, ça, c'est vous qui voyez.

Deux - Et si j'arrêtais aussi les apéritifs...?

Un - Il faut bien vivre...

Deux - Vous avez raison... On ne peut pas se priver de tout... (Un temps) Et ma femme...?

Un - Oh, ça, vous savez, ça n'a guère d'incidence. Ce serait même plutôt bon pour le coeur... et pour la prostate.

Deux - Non, je veux dire ma femme, euh... C'est prévu pour quand...?

Un - Ah... Désolé... Mais... C'est strictement confidentiel...

Deux - Mais... Avant, ou après moi...?

Un - Même si je le savais, je ne pourrais rien vous dire... Vraiment...

Deux - Mmmm... (Songeur) Elle ne fume pas...

Un - Oh, vous savez, des fois, ça ne veut rien dire. Et puis il faut aussi prendre en compte le tabagisme passif...

Deux - Elle m'oblige à fumer sur le balcon...

Un - Elle peut avoir un accident... Elle fait beaucoup de kilomètres par an en voiture ?

Deux - Elle ne conduit pas...

L'autre prend un air désolé.

Un - Les piétons aussi peuvent se faire écraser en traversant la rue, vous savez... Et puis il y a aussi les accidents domestiques... Une fuite de gaz... Une chute dans l'escalier...

Deux (songeur) - Un sèche-cheveux qui tombe dans la baignoire...

Un - Ça vous tient tant à coeur que votre femme parte avant vous ? (Complice) Vous voulez lui épargner la peine de vous survivre, c'est ça...?

Deux - C'est pas ça... C'est pour le caveau de famille... Depuis que ma mère est morte, il ne reste plus qu'une place...

Un - Et...?

Deux - Eh bien... Je m'entendais très mal avec ma mère... Je ne tiens pas à... Vous comprenez...? Alors si ma femme part la première, ça résoudrait le problème... Elle prend la dernière place, et moi je peux aller m'installer ailleurs... Sans que ça fasse d'histoires...

Un - Je comprends...

Deux - Et si je me mettais à faire un peu de sport...?

Un - Si ce n'est pas un sport trop dangereux... Vous pensiez à quoi ?

Deux - Je ne sais pas, moi... La pétanque...

Un - Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de fractures du crâne qu'on dénombre chaque année chez les amateurs de boules...

Deux - Bon... Tant pis... Va pour le 27 décembre 41...

Il se lève pour partir, puis se ravise et se retourne une dernière fois vers son interlocuteur.

Deux - Au fait, j'ai oublié de vous demander... Je meurs de quoi, au juste...? Cancer du poumon ?

Un (pris au dépourvu) - Ah, oui, c'est vrai, je suis désolé, j'ai complètement oublié de vérifier... Vous faites bien de me le demander...

Il vérifie sur son ordinateur avant de lever la tête avec un air embarrassé.

Un - Je vous avais prévenu que votre logement était insalubre...

Tête de l'autre qui ne comprend pas bien.

Un - Le balcon... Un effondrement... Finalement, je crois que vous feriez mieux d'arrêter de fumer...
Noir.

3 - Faux départ

Une femme en deuil arrive. Elle sort un mouchoir de son sac et sèche une larme. Son portable sonne. Elle répond d'une voix très affectée.

Femme 1 - Oui...? Ah, c'est toi... Oui, oui, je suis à la chambre funéraire, là. C'est vrai que je ne le voyais plus depuis des années, mais bon. Ça fait quand même un choc. Je voulais le revoir une dernière fois...

Une deuxième femme arrive côté jardin, en deuil elle aussi.

Femme 1 - Excuse-moi, il va falloir que je te laisse. Ma soeur vient d'arriver. Je te rappelle plus tard, d'accord ? Merci d'avoir appelé...

Les deux femmes s'embrassent, sans chaleur.

Femme 2 (désignant le côté cour) - Heureusement que tu m'as prévenue. Moi je n'ai pas reçu de faire-part. Il est là ?

Femme 1 - Oui.

Femme 2 - Tu l'as vu ?

Femme 1 - Oui.

Femme 2 - Ça fait au moins dix ans... Il a dû changer, non ?

Femme 1 - Il est mort.

Femme 2 - Oui... Je ne suis pas vraiment sûre d'avoir envie de le voir, en fait. Je n'ai jamais vu un mort. Il vaut peut-être mieux que je garde de lui l'image qu'il avait la dernière fois que je l'ai rencontré. Plein de vie...

Femme 1 - Allez. Fais ça pour lui. Je suis sûre que ça lui aurait fait plaisir de te voir une dernière fois

Femme 2 - Bon.

Elle se dirige sans enthousiasme vers le côté cour et disparaît. Sa soeur écrase à nouveau une larme. L'autre revient au bout d'un instant, un peu perturbée.

Femme 1 - Ça va...?

Femme 2 (embarrassée) - Tu m'as bien dit que c'était là, la porte à droite ?

Femme 1 - Oui, pourquoi ?

Femme 2 - C'est pas lui.

Femme 1 - Tu ne l'as pas vu depuis dix ans. Il a changé, forcément.

Femme 2 - Il n'a pas changé de sexe, quand même... C'est une femme, là, dans le cercueil.

Femme 1 - T'es sûre...?

Femme 2 - Une femme qui ne lui ressemble pas du tout, hein.... Tu ne t'en es pas rendu compte ?

Femme 1 - J'étais tellement bouleversée, ce matin. J'ai laissé tomber mes lentilles dans le lavabo. Ça doit être la porte de gauche. Il y a deux chambres funéraires... Je vais aller voir.

Femme 2 - Je crois qu'il vaut mieux que ce soit moi...

Elle repart côté cour, laissant sa soeur encore plus bouleversée, et revient au bout d'un instant.

Femme 1 - Alors ?

Femme 2 - C'est pas lui non plus.

Femme 1 - T'es sûre ?

Femme 2 - À moins qu'il nous ait caché toute sa vie qu'il était noir... Fais voir le faire-part ? Tu t'es peut-être trompée d'adresse. Des chambres funéraires, il y en a un peu partout...

Femme 1 - Oh, mon Dieu... Ça m'a tellement retournée, d'apprendre qu'il était mort. Et maintenant, on ne va même pas pouvoir assister à son enterrement...

Elle sort le faire-part de son sac et le tend à sa soeur.

Femme 2 (jetant un coup d'oeil au faire-part) - Non, pourtant, c'est bien là, je ne comprends pas... (Continuant à lire à haute voix) Ont la douleur de vous faire part du décès de Monsieur... Mais c'est pas son nom !

Femme 1 - C'est pas possible ! Fais voir...

Elle prend le faire-part que lui tend sa soeur et plisse les yeux pour le déchiffrer.

Femme 1 - Merde ! C'est le nom des voisins... Ça arrive au moins une fois par mois que le facteur se trompe de boîte. Il faut dire qu'entre Martinez et Ramirez... J'ai pas fait attention.

Femme 2 (consternée) - Donc, il n'est pas mort...

L'autre la regarde avec un air pitoyable.

Femme 1 - Je suis vraiment désolée...

Silence embarrassé.

Femme 1 - Qu'est-ce qu'on va faire de la couronne ?

Femme 2 - Je ne pense pas qu'ils vont nous la reprendre, hein...? T'imagines un peu, si les fleuristes se mettaient à rembourser les fleurs après les enterrements... On n'a qu'à la laisser pour fleurir la tombe du défunt de tes voisins.

Femme 1 - Surtout qu'ils n'avaient pas l'air de beaucoup y tenir. Ils ne sont même pas venus...

Femme 2 - C'est normal, c'est toi qui as le faire-part...

Femme 1 - Merde, c'est vrai. Comment je vais leur annoncer ça, moi...

 

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