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Un os dans les dahlias de Jean-Pierre Martinez

Alban et Delphine sont sur le point de vendre leur maison à des amis, avant de partir à l’étranger pour commencer une nouvelle vie. Mais à peine la promesse signée, ils découvrent qu’il y a un os. Suffisamment gros pour faire capoter la vente…

 

Ouvrage publié aux Editions La Comédiathèque
ISBN 978-2-37705-021-5
Novembre 2016
62 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 9,90 €

 

Achat du livre

Pour les libraires : voir les conditions de vente (remise 30%)

Pour les particuliers : achat auprès de votre librairie ou en ligne 

 

 

LIRE LE DÉBUT

Le salon d'un pavillon de banlieue, seulement meublé de quelques cartons de déménagement. La pièce donne sur un jardin (côté salle). Delphine arrive avec un carton de taille moyenne, sous le poids duquel elle semble crouler. Elle le pose par terre avec difficulté et pousse un soupir de soulagement.

Delphine (off) - C'est gentil de m'avoir laissé le petit carton, mais qu'est-ce qu'il y a là-dedans ? Ça pèse une tonne...

Alban arrive avec un énorme carton qui semble très léger et qu'il porte sans effort.

Alban - Je ne sais plus... Ça doit être marqué dessus... J'ai tout noté pour qu'on puisse s'y retrouver quand il faudra déballer tout ça...

Delphine regarde sur le carton.

Delphine (lisant) - Assiettes... Ah d'accord... C'est le service en faïence que nous a offert ta mère quand on s'est marié. On ne s'en est jamais servi...

Alban - Un service de 24 pièces en faïence de Sarreguemines... Il faut avoir une grande famille...

Delphine - Je suis fâchée avec la mienne... et de ton côté, ils sont tous morts ou disparus.

Alban - Mmm…

Delphine - Ta mère devait nous imaginer avec beaucoup d’enfants…

Alban - Pour tous les deux, c'est un peu surdimensionné, c'est sûr... Ou alors il faut avoir beaucoup d'amis...

Alban pose sans effort son gros carton à côté du petit.

Delphine - On aura peut-être davantage l'occasion de s'en servir là-bas... Et dans le tien, qu'est-ce qu'il y a ?

Alban fait mine de découvrir ce qu'il y a d'écrit sur son carton.

Alban - Garnitures de couettes.

Delphine - Ah oui... Ça prend plus de place, mais c'est nettement moins lourd...

Alban - C'était les deux derniers cartons.

Delphine - On va en garder quelques-uns ici pour pouvoir s'asseoir et prendre l'apéro.

Alban - Et surtout pour signer la promesse de vente... Ils viennent à quelle heure ?

Delphine - Ils devraient déjà être là... Ils ne vont sûrement pas tarder.

Alban - J'espère qu'ils n'ont pas changé d'avis...

Alban s'affale sur un carton, l'air épuisé.

Alban - Je suis crevé.

Delphine - Pas autant que moi...

Delphine s'apprête à s'asseoir sur un autre carton.

Alban - Attends... (Il jette un regard sur le carton) Non pas celui-là, c'est la télé...

Delphine s'immobilise.

Delphine - Et tu crois qu'une télé ne pourrait pas supporter mon poids ?

Alban - C'est un écran plat...

Delphine pose une main sur son ventre, un peu inquiète.

Delphine - Mon ventre aussi, il est plat… Pour l’instant…

Alban - Assieds-toi plutôt là-dessus, c'est mes bouquins. Ça ne craint rien.

Delphine (ironique) - Merci... (Elle s'assied) Ça fait drôle d'être là au milieu de tous ces cartons... Savoir qu'on ne dormira plus jamais dans cette maison...

Alban - Mmm...

Delphine regarde en direction du jardin.

Delphine - Tu as vu, les dahlias sont en fleurs.

Alban – Mmm…

Delphine - Je ne savais même pas qu’il y avait des dahlias dans le jardin.

Alban - Il y en avait avant. Je pensais qu’ils étaient tous morts…

Delphine - Ça ne te fait pas quelque chose, à toi ?

Alban - Quoi ? Que les dahlias connaissent une nouvelle jeunesse ?

Delphine - De quitter cette maison ! Cette vie…

Alban - Tu regrettes?

Delphine - Non, pas du tout ! Mais on a passé de bons moments, ici, non ?

Alban - Ouais...

Delphine - Cache ta joie...

Alban va s'asseoir sur le même carton qu'elle et la prend par l'épaule.

Alban - Mais oui, bien sûr... Je ne regrette pas une seule seconde les années qu'on a passées ensemble dans cette maison. Mais bon, je crois qu'il était temps de passer à autre chose...

Delphine - Je sais...

Alban - On n'a pas d'enfant, pas de chien, même pas un poisson rouge... On n'a rien qui nous retient ici.

Delphine - Moi aussi, je suis très heureuse de démarrer une nouvelle vie... Avec toi...

Alban - C’est un peu le saut dans le vide, mais bon. Avec un élastique quand même...

Delphine - Un élastique, tu crois ?

Alban - Qu’est-ce qu’on risque ? Si on ne se plaît vraiment pas là-bas, on peut toujours revenir.

Delphine - On n'aura plus de maison…

Alban - On en achètera une autre ! Ou un appartement à Paris. De toutes façons, cette maison était trop grande pour nous deux.

Delphine - On avait un jardin... Si près de Paris, c'est rare...

Alban - On n'y mettait jamais les pieds, dans le jardin ! Vu le temps qu'il fait dans la région parisienne... Une terrasse, ça nous suffirait largement.

Delphine - C'est vrai qu'on n'a pas la main verte...

Alban - À chaque fois qu'on a essayé de planter quelque chose dans ce jardin, ça a crevé...

Delphine - Mais les dahlias ont brusquement ressuscité…

Alban - Ah non ! Tu ne vas pas me dire que c’est un miracle ! Le signe que Dieu nous envoie pour nous indiquer qu’il préférerait qu’on reste ici !

Delphine - Tu as raison, si on ne bouge pas maintenant, on ne le fera jamais.

Alban - Et puis je n’en pouvais plus, moi, de cette baraque... Elle est trop chargée de souvenirs.

Delphine - De souvenirs ?

Alban - Je parle de ma famille... Et là, ce n'est pas que des bons souvenirs, crois-moi...

Delphine - Je comprends…

Alban - Et puis quand bien même... Bons ou mauvais, on ne peut pas vivre en permanence avec ses souvenirs... C'est mortifère. Mes grands-parents habitaient déjà ici. Moi j'ai passé toute mon enfance dans cette maison avant d'en hériter. Je suis pratiquement né dans cette baraque. Je ne préférerais ne pas y mourir, tu comprends ?

Delphine - Ce départ, ça nous donnera un nouvel élan… À tous les deux.

Le portable de Delphine sonne. Elle regarde l'écran mais ne prend pas l'appel.

Alban - Tu ne réponds pas ? C'est peut-être eux...

Delphine - C’est un numéro masqué, ça doit être de la pub. Depuis qu’on a résilié notre abonnement à Canal Plus, ils n’arrêtent pas de me harceler… Pas toi ?

Alban - Non.

Semblant un peu embarrassée, Delphine se lève.

Delphine - Bon, il faut quand même le préparer un peu cet apéro… Je vais aller voir ce qu'il y a dans la cuisine...

Alban - Tu as besoin d'aide ?

Delphine - Non, non, ce n'est pas la peine. J'ai mis une bouteille de blanc au frigo et il nous reste un peu de liqueur de cassis. Ce sera kir pour tout le monde, et puis voilà...

Elle part.

Alban - Ok.

Alban sort son portable pour consulter ses messages.

Delphine (off) - En revanche, je n'ai pas pensé à garder un tire-bouchon pour ouvrir la bouteille de blanc...

Alban (sans se détourner de son écran) - Ce n'est pas grave, on pourra toujours boire le cassis...

Delphine (off) - Non, sérieux… Cherche un peu ! Je les ai invités pour l'apéritif, pas pour le digestif...

Alban - Je ne sais pas où il est, ce tire-bouchon, moi !

Delphine (off) - Tu veux qu'ils la signent, cette promesse de vente, oui ou non ?

Alban abandonne à regret son portable.

Alban - D'accord, je vais voir...

Il va directement au bon carton. Il l'ouvre et en sort un tire-bouchon qu'il brandit sous le nez de Delphine, de retour de la cuisine avec un plateau sur lequel est posé tout ce qu'il faut pour prendre l'apéritif.

Delphine - Bravo ! Tu peux ouvrir la bouteille de blanc…

Alban - On n'attend pas qu'ils soient là ?

Delphine - Débouche la bouteille, je te dis, ça les fera venir.

Alban débouche la bouteille.

Alban - Ils n'avaient pas dit qu'ils viendraient un peu en avance pour nous donner un coup de main avec le déménagement ?

Delphine - Ils ont dû avoir un empêchement...

Alban - Ils n'ont rien foutu, mais il faut encore leur offrir l'apéro...

Delphine - Ils nous achètent la maison... Il faut bien marquer le coup…

Alban - Elle est prof de quoi, déjà ?

Delphine - Christelle ? Prof de gym.

Alban - Ah oui, je me disais aussi...

Delphine - Quoi ?

Alban - Non, non, je... Je me demandais ce qu'elle pouvait bien enseigner... (Delphine préfère ne pas relever) Et Jérôme ? Je sais qu'il est VRP, mais je ne sais plus ce qu'il vend ?

Delphine - On dit commercial, maintenant... VRP, c'est légèrement méprisant, tu vois...

Alban - Ah oui ?

Delphine - Il travaille chez Gillette, il me semble...

Alban - D'accord… Donc, il vend des lames de rasoirs. Ça doit être pour ça qu'il l'est autant...

Delphine - Autant quoi ?

Alban - Rasoir !

Delphine - Si tu pouvais éviter ce genre de blagues, tout à l'heure... J’ai l’impression qu’inconsciemment, tu ne veux pas la vendre, cette maison de famille…

Alban - Non, non, tu as raison... Je vais faire un effort pour me montrer aimable…

Delphine - Je crains le pire…

Alban - En même temps, s'ils nous achètent cette baraque, ce n'est pas seulement pour nous faire plaisir...

Delphine - C'est un fait que ça nous rend bien service.

Alban - N'empêche... Ils ne font pas une mauvaise affaire.

Delphine - Tu trouves qu’on ne leur vend pas assez cher ?

Alban - Je pense qu'on aurait pu en tirer un peu plus, oui.

Delphine - On était pressés... Et puis ce sont des amis…

Alban - Oui, enfin, des amis… Christelle, c'est juste une collègue de travail, non?

Delphine - Même à ce prix-là, les acheteurs ne se sont pas bousculés.

Alban – Mouais… C'est vrai que c'est plus simple comme ça...

Delphine - C'est juste un apéro... Le temps de signer la promesse... Après on quitte la France... De toutes façons, on ne les reverra plus...

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