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Catalogue

CONTEMPORAINS

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Amour propre et argent sale
Apéro tragique à Beaucon-les-deux-Châteaux
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Bed and breakfast
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Happy hour
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Vendredi 13
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BECQUE Les Corbeaux
BECQUE Michel Pauper
BERTRAND T. Acteurs, Auteurs, Spectateurs
BERTRAND T. L'Accord parfait
BERTRAND T. Le Costaud des Epinettes
BERTRAND T. Le Danseur inconnu
BERTRAND T. Les Deux Canards
BERTRAND T. Théâtre sans directeur
BERTRAND T. Triplepatte
BERTRAND T. Un perdreau de l'année
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FEYDEAU La Lycéenne
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MIRBEAU Farces et Moralités
MIRBEAU Le Foyer
RENARD Monsieur Vernet
ROSTAND Les Romanesques
SAND Molière
ZOLA Thérèse Raquin

Sur une Terre devenue inhabitable en raison du réchauffement climatique, une humanité à l’agonie vit ses dernières heures. Deux hommes et deux femmes s’apprêtent à s’élancer dans un vaisseau spatial vers la planète inconnue qui pourrait leur servir d’ultime refuge. La mission de ces quatre « élus » : donner à l’Humanité une chance de se perpétuer après avoir causé sa propre perte par sa folie autodestructrice. Mais une telle humanité mérite-t-elle vraiment d’être sauvée ? Tous ne sont pas d’accord…

Une tragi-comédie écologique pour 2 comédiennes et 2 comédiens.

Ouvrage publié aux Editions La Comédiathèque
ISBN 9782377052721
/ Août 2019
61 pages ; 18 x 12 cm ; broché. Prix TTC : 12,00 €

 

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Lire le début

Le poste de commandement d’un vaisseau spatial baptisé « L’Arche » (le nom peut figurer sur un élément du décor ou sur les combinaisons des membres de l’équipage). Debout devant une table de commande électronique futuriste équipée d’un écran, Virginie s’affaire à de mystérieuses manipulations (réglages, contrôles, mesures...). Paul arrive.

Paul – Que dit la météo ?

Virginie – Les vents sont toujours très violents à la surface de l’océan. Ce serait suicidaire de décoller maintenant.

Paul – Je vois... Mais la température ne cesse de monter. L’eau est entrée en ébullition juste au-dessus de nos têtes. Si nous attendons trop longtemps, notre système de réfrigération ne tiendra pas le coup.

Virginie – Il fait déjà une chaleur à crever... Autre chose ?

Paul – J’ai repéré une fuite dans le silo de lancement. Le béton est fracturé sur plus de dix mètres, et l’eau est en train de s’engouffrer par la brèche. Si la paroi cède d’un coup, on finira comme des homards plongés dans une marmite d’eau bouillante.

Virginie – Une accalmie est prévue dans cinq ou six heures. Il faut tenir jusque-là, on n’a pas le choix...

Paul – OK. Je vais surveiller cette fissure en attendant.

Virginie – Malheureusement, il n’y a rien d’autre à faire pour l’instant... (Elle se détourne de ses instruments et se lève de son siège.) Comment est-ce qu’on a pu en arriver là...?

Paul – Je ne sais pas.

Virginie – Je n’attendais pas vraiment une réponse.

Paul – Je sais...

Virginie – Tu crois qu’on est les derniers ? À part nos deux coéquipiers, bien sûr...

Paul – D’après les images fournies hier par les derniers satellites encore opérationnels, il ne reste plus aucune terre émergée à la surface du globe.

Virginie – Alors ça y est... La Terre n’est plus qu’un unique océan...

Paul – La température de l’air atteint plusieurs centaines de degrés. Même ceux qui ont réussi à embarquer sur un bateau ne peuvent pas survivre très longtemps dans de telles conditions.

Virginie – Quelques sous-marins nucléaires, peut-être, pendant un mois ou deux...

Paul – Mais contrairement à nous, ils ne peuvent pas espérer décoller vers une autre planète pour fuir cet enfer.

Virginie – La Terre était un paradis. Cet enfer, c’est nous qui l’avons créé.

Paul – Plus un morceau de glace... Plus une goutte d’eau douce... Plus un bout de terre où poser les pieds... Et cette température qui n’arrête pas de monter. Le processus est enclenché. Cette fois il est irréversible...

Virginie – C’est avant qu’il aurait fallu arrêter cette machine infernale.

Paul – Oui... mais maintenant, il est trop tard. Il faut penser à l’avenir...

Virginie – L’avenir ?

Paul – Qu’on le veuille ou non, c’est la fin de notre monde. La seule chose qu’on peut encore espérer, c’est sauver notre peau.

Virginie – On a provoqué l’extinction de tous les animaux qui vivaient sur cette planète. À présent c’est notre tour. Nous sommes les derniers spécimens d’une espèce en voie de disparition. Et si nous mourons sans descendance, l’humanité mourra avec nous.

Paul – « L’Arche »... Au moins, ils auront gardé le sens de l’humour jusqu’au bout...

Virginie – J’ai l’impression d’être un de ces animaux que Noé avait embarqués avec lui sur son bateau, enfermés dans des cages...

Paul – Reste à savoir si on arrivera à se reproduire en captivité...

Virginie – Et surtout si on trouvera une nouvelle terre d’accueil pour y refonder un embryon de civilisation. Tu y crois vraiment, toi ?

Ève arrive.

Ève – On n’a pas le choix. Il faut y croire. Y214 est la seule planète susceptible de nous accueillir, à une distance qu’on puisse atteindre avec ce vaisseau. Si on arrive à le faire décoller, évidemment...

Virginie – Un nouvel ouragan passe juste au-dessus de nous. On aura une fenêtre de tir dans quelques heures.

Ève – Deux hommes et deux femmes pour sauver l’humanité...

Virginie – On se croirait dans un programme de télé-réalité.

Ève – C’est curieux, on a été tirés au sort parmi des milliers de candidats... Pourquoi je n’ai pas l’impression que c’est une chance de faire partie des quatre finalistes ?

Paul – Tu penses que « L’Arche » peut nous conduire là-bas ?

Ève – Comment savoir ? C’est une première. Cette fusée est un prototype. Elle est propulsée par des réacteurs utilisant une technologie entièrement nouvelle, supposée nous faire voyager à la vitesse de la lumière.

Virginie – Mais cette technologie révolutionnaire n’a pas pu être testée auparavant en conditions réelles.

Paul – On n’a jamais envoyé un vaisseau aussi loin avec des passagers à bord. Les vols habités avaient été abandonnés depuis des années.

Ève – Pas assez rentables.

Virginie – Et puis il reste cette incertitude au sujet d’une hibernation aussi prolongée. Est-ce que notre organisme y résistera ? Les expériences qu’on a tentées portaient sur un ou deux mois au maximum. Là on parle de plus de dix mille ans.

Ève – Oui, sur le papier, c’est possible. Mais je ne suis même pas sûre d’avoir envie que ça marche.

Paul – Eh bien moi, oui... C’est notre seule chance de survie. Même si elle est mince, je n’ai pas l’intention de la laisser passer.

Ève – Ouais...

Paul – Virginie ?

Virginie – C’est tout ce qui nous reste. Autant s’accrocher à cet espoir. Sinon on n’a plus qu’à se laisser mourir.

Ève – Je me demande si ce ne serait pas mieux. En tout cas ce serait plus simple.

Paul – Je t’en prie, Ève, reprends-toi. On va avoir besoin de tout le monde pour mener cette arche à bon port.

Virginie – Et puis c’est pour ça qu’on nous a choisis, non ? On a une mission !

Ève – Sauver l’humanité...

Alban arrive.

Alban – Mais est-ce que l’humanité mérite d’être sauvée ?

Paul – Ouh là... Excuse-moi, Alban, mais moi je veux juste sauver ma peau. Alors les débats philosophiques...

Alban – Si l’humanité s’était un peu plus préoccupée de philosophie que de profit, on n’en serait pas là... C’est par égoïsme et par cupidité que l’homme a scié la branche sur laquelle il était assis.

Ève – Et pour finir qu’il a abattu l’arbre entier, et toute la forêt avec, pour en faire de la pâte à papier.

Alban – En gardant bonne conscience au prétexte que ce papier serait recyclé.

Paul – D’accord, mais quand on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait ? Si on n’a pas décollé avant ce soir, on sera tous morts. Pourquoi ne pas tenter notre chance ailleurs ?

Alban – Parce que tu crois vraiment que c’est une chance ? Une chance pour qui, d’abord ? Pas pour la planète qu’on envisage de coloniser, en tout cas.

Paul – Une chance pour nous quatre. Notre dernière chance. Et on n’a pas de temps à perdre en bavardages inutiles.

Ève – Pour l’instant, malheureusement... à part attendre que le vent tombe. Il n’y a rien d’autre qu’on puisse faire dans l’immédiat...

Silence.

Paul – Très bien, alors allons-y ! Bavardons un peu... Histoire de faire connaissance... Il n’y a plus aucun être humain sur cette terre à part nous, alors on a plutôt intérêt à s’entendre, non ? (Un temps) À propos, Alban et Ève, Paul et Virginie... C’est des noms de codes, c’est ça ? Au point où on en est, on pourrait s’appeler par nos vrais noms, vous ne croyez pas ? Bon, moi je m’appelle vraiment Paul, mais vous ? C’est quoi vos vrais noms ?

Un temps.

Virginie – Je m’appelle vraiment Virginie.

Les deux autres restent muets.

Paul – Non ? Alors ça aussi ce serait un hasard ? Bon, je prends ça pour un signe, alors... Alban et Ève, Paul et Virginie... Moi ça me va. (Avec un regard appuyé vers Virginie) Je suis volontaire pour repeupler cette nouvelle planète.

Alban – Eh ben... Elle est bien barrée, la planète...

Paul lui lance un regard incendiaire.

Paul – Woh, woh... Doucement quand même. J’ai le sens de l’humour, mais jusqu’à un certain point.

Il s’avance menaçant, et l’autre lui fait front.

Alban – Jusqu’au point où ce sont les autres qui commencent à faire de l’humour ? En fait, il n’y a que tes propres blagues de merde qui te font rire, c’est ça ?

Virginie s’interpose.

Virginie – Oh, les chatons, on se calme un peu sur la testostérone, d’accord ! Même si on arrive jusqu’à cette planète et qu’elle est habitable, ce ne sera pas l’île de la tentation. On aura assez à faire comme ça pour essayer de survivre jour après jour dans un monde totalement inconnu.

Ève – Je rejoins Virginie là-dessus. Sur Terre, tout paraissait simple parce que des milliers de générations nous avaient transmis leur expérience, pour distinguer les plantes comestibles des plantes toxiques, les animaux inoffensifs des animaux dangereux, les régions hospitalières des zones inhabitables...

Virginie – On devra tout réapprendre. Le danger sera partout. Chaque pas que nous ferons sera un saut dans l’inconnu. Et comme on n’est que quatre, on n’aura pas droit à l’erreur.

Ève – On nous a sélectionnés pour nos compétences en médecine, en aéronautique, en astrophysique, en biologie... Mais dans un monde totalement nouveau et peut-être hostile ?

Paul – On sait des choses. On ne part pas de rien. On n’est pas des hommes préhistoriques.

Ève – Nos connaissances sont purement théoriques. À quoi ça nous servira de savoir comment fonctionne une voiture, un ordinateur ou un téléphone quand on ne disposera plus d’une industrie pour les produire ?

Virginie – Il faudra repartir à zéro. Réapprendre à construire une hutte, à chasser avec un arc, à faire du feu avec deux silex, à s’éclairer avec une torche...

Alban – Et les hommes préhistoriques en savaient beaucoup plus que nous là-dessus.

Ève – Au bout de deux ou trois générations, nos beaux souvenirs du monde d’avant, totalement inutiles, deviendront des récits fabuleux que nos descendants finiront par oublier.

Alban – Ou qu’ils se mettront à déformer et à embellir pour en faire une nouvelle Bible.

Virginie – Alban et Ève, c’est vrai que c’est tentant...

Un temps.

Paul – Très bien, alors on jouera les Robinsons. Tous les gosses en rêvent, non ?

Ève – Oui... mais l’île de Robinson, elle était sur Terre.

Paul – Au moins, je ne serai pas obligé de me taper Vendredi. Si l’idée c’est de perpétuer l’espèce... Deux hommes, deux femmes, ça fait au moins deux possibilités, non ?

C’est cette fois à Ève qu’il lance un regard appuyé.

Ève – Si tu ne changes pas un peu de disque, je crois surtout que tu es condamné à te pelucher pour le restant de tes jours. Parce que question méthode de drague, il faudrait penser à une mise à jour immédiate.

Paul – D’accord, alors on parle de quoi ?

Virginie – Si on ramène l’histoire de la Terre à 24 heures, l’Homme est né à minuit moins deux. Et pendant ces deux minutes, il a réussi à rendre sa planète inhabitable. Ça mérite quand même qu’on s’arrête un instant là-dessus, non ?

Paul – Un jour ou l’autre, la Terre serait devenue invivable. À terme en tout cas, c’est une certitude, en raison de l’explosion programmée du soleil.

Alban – Oui, mais dans des milliards d’années. L’Homme serait mort de vieillesse. Là, il s’agit d’un suicide collectif. Homo sapiens avait à peine 300.000 ans. Les dinosaures ont dominé la Terre pendant près de 165 millions d’années !

Ève – Et ce n’est pas eux qui ont causé leur propre perte, en détruisant consciencieusement la planète.

Virginie – Et puis en quelques milliards d’années, on aurait eu le temps de se préparer. D’organiser le déménagement. Là, c’est le Radeau de la Méduse.

Ève – Et on en est déjà à se bouffer le nez...

Virginie – C’est vraiment sûr à cent pour cent, pour Y214 ?

Ève – Cent pour cent, non. Sur le papier, c’est une planète jumelle de la Terre. Presqu’exactement les mêmes caractéristiques.

Virginie – En théorie... Mais personne n’est jamais allé voir.

Alban – Et puis même si ce vaisseau fonctionne parfaitement bien, le voyage vers cet éventuel refuge sera très long et très incertain.

Ève – On risquera à tout moment une collision avec un astéroïde.

Paul – Rien n’est sûr tant qu’on ne sera pas là-bas, évidemment, mais a priori, tous les clignotants sont au vert, non ?

Un temps.

Alban – Et si cette planète habitable était déjà habitée ?

Virginie – Habitée ?

Ève – Par des êtres doués d’intelligence.

Paul – Si c’est le cas, il s’agit probablement d’une civilisation primitive. On n’a observé aucun signe d’une vie évoluée. Ondes radio, satellites artificiels, mégalopoles émettrices de lumière ou de chaleur...

Alban – C’est peut-être des écolos...

Paul – Ou des sauvages.

Alban – Des sauvages ?

Ève – Quand on voit ce que les Espagnols ont fait des Incas en débarquant en Amérique... Oui, il y a peut-être une perspective de salut. Mais à quel prix ? Je suis d’accord avec Alban, il faut poser la question : l’espèce humaine mérite-t-elle d’être sauvée ?

Alban – Ce serait rendre un service au monde que d’empêcher qu’elle le soit.

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