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Catalogue

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Amour propre et argent sale
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Vendredi 13
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CLASSIQUES

BECQUE Comédies Courtes
BECQUE Les Corbeaux
BECQUE Michel Pauper
BERTRAND T. Acteurs, Auteurs, Spectateurs
BERTRAND T. L'Accord parfait
BERTRAND T. Le Costaud des Epinettes
BERTRAND T. Le Danseur inconnu
BERTRAND T. Les Deux Canards
BERTRAND T. Théâtre sans directeur
BERTRAND T. Triplepatte
BERTRAND T. Un perdreau de l'année
BOURSAULT Le Mercure galant
CUREL F. La Nouvelle Idole
DESMARETS Les Visionnaires
FEYDEAU L'Âge d'or
FEYDEAU La Lycéenne
HUGO Mille francs de récompense
LABICHE Si jamais je te pince
MIRBEAU Farces et Moralités
MIRBEAU Le Foyer
RENARD Monsieur Vernet
ROSTAND Les Romanesques
SAND Molière
ZOLA Thérèse Raquin

Brèves de confinement de Jean-Pierre Martinez

Comédie à sketchs.
Une trentaine de personnages se succèdent deux par deux sur la scène dans des situations tragicomiques, mêlant au réalisme l’absurde et le fantastique. La crise dans laquelle nous a plongés le Coronavirus, en nous privant brutalement de nos libertés fondamentales, que nous pensions inaliénables, aura au moins eu le mérite de nous révéler la fragilité du monde qui est le nôtre. Depuis ses travers les plus ridicules jusqu’aux germes plus inquiétants de la dictature, sous couvert d’urgence sanitaire.
Pour 2 à 32 comédiens (sexes des personnages indifférents)

ISBN 9782377055067
Décembre 2020
51 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 12,00 €

 

Achat du livre

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Lire le début
Click and collect

Un personnage est là, semblant chercher son chemin. Un autre arrive et l’interpelle, tout en le gratifiant d’un salut militaire.

Un – Bonjour monsieur. Attestation, s’il vous plaît.

Deux – Tout de suite, monsieur l’agent... (Il fouille dans ses poches et finit par en sortir un papier froissé.) Ah, la voici !

L’autre examine le papier, et s’arrache les yeux pour essayer de lire ce qui est inscrit dessus.

Un – Qu’est-ce que vous avez marqué, là ? Je n’arrive pas à lire...

Deux – Faites voir... (L’autre lui tend le papier.) Ah c’est curieux, moi non plus... Attendez voir... Qu’est-ce que j’ai encore fait de mes lunettes...

Il finit par trouver ses lunettes, qu’il a accrochées autour du cou, et examine le papier avec un air dubitatif.

Un – Alors ?

Deux – Non, décidément, je n’arrive pas à déchiffrer...

Un – C’est vous qui l’avez remplie, cette attestation, non ? Vous devriez savoir ce qu’il y a dessus...

Deux – D’accord, j’avoue, monsieur l’agent : c’est illisible parce que... c’est en langage codé.

Un – En langage codé ?

Deux – Au cas où je perde ce papier, vous comprenez, pour que personne ne sache où je suis allé.

Un – Mais vous, vous connaissez le code...

Deux – Eh bien... Oui, je devrais... Mais tout de suite, là, je ne m’en souviens pas... Vous savez ce que c’est, avec les codes.

Un – Dans ce cas, je vais devoir vous verbaliser. Ça fait 135 euros si vous payez tout de suite.

Deux – 135 euros ! Et si je paie plus tard ?

Un – Pareil... 135 euros.

Il sort son carnet à souche.

Deux – Ça y est ! Ça me revient maintenant.

Un – Tiens donc...

Deux – Je vais acheter une télé.

Un – Une télé ?

Deux – Oui, une télé.

Un – Ce n’est pas un achat essentiel.

Deux – Ça dépend.

Un – Ça dépend de quoi ?

Deux – Si c’est pour du télétravail.

Un – Du télétravail ?

Deux – Je suis en télétravail. Comme nous l’a recommandé le Chef de l’État...

Un – Et votre travail, c’est de regarder la télé ?

Deux – Absolument.

Un – Et c’est quoi, votre travail ?

Deux – Je fais de la télésurveillance.

Un – De la télésurveillance ?

Deux – De la télésurveillance.

Un – C’est-à-dire ?

Deux – Vous êtes policier, et vous ne savez pas ce que c’est que la télésurveillance ?

Un – Si, évidemment.

Deux – Alors si vous savez, pourquoi vous me demandez ce que c’est ?

Un – La télésurveillance, ça ne veut pas dire regarder la télé, si ?

Deux – Pourquoi pas ? Si les gens qu’on vous a demandé de surveiller travaillent à la télévision...

Un – Et qui pourrait vous demander de surveiller les gens qui travaillent à la télévision...?

Deux – Là, si vous permettez, monsieur l’agent, cela relève du secret professionnel. Pour ne pas dire du secret d’État... voire du secret défense. Vous êtes un militaire, vous aussi.

Un – Non.

Deux – Quoi qu’il en soit, vous êtes au service de la République, comme moi. Alors entre collègues...

Un – Collègues ?

Deux – Vous vous souvenez du Ministère de l’Information ?

Un – Non.

Deux – Le temps béni de l’ORTF. À l’époque, l’État n’avait pas besoin de surveiller les journalistes, c’est lui qui les embauchait. Mais maintenant... il faut bien les garder à l’œil d’une façon ou d’une autre, vous ne croyez pas ?

Un – Si... Enfin, je ne sais pas...

Deux – Vous êtes un patriote, n’est-ce pas ?

L’autre hésite.

Un – C’est bon, vous pouvez circuler...

Deux – La patrie vous en sera éternellement reconnaissante... Et si ce n’est pas abuser, vous pourriez m’indiquer où se trouve le magasin d’électroménager le plus proche ?

Un – Tout droit, première à gauche, vous avez Darty.

Deux – Merci monsieur l’agent.

L’autre le gratifie d’un nouveau salut militaire.

Un – À votre service.

Il lui rend son salut militaire.

Deux – Merci pour votre collaboration, monsieur l’agent. En ces temps difficiles, vous êtes la fierté de notre Nation, et le dernier rempart contre cet envahisseur invisible qui nous menace tous.

Un – Merci.

Deux – Comme on dit chez vous : « Sauver ou périr » !

Un – Ça c’est les pompiers.

Deux – Bon, je vous laisse... Le devoir n’attend pas... Et comme on dit chez nous : « Click and collect ! »

Il s’éloigne, laissant l’autre perplexe.

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