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SAND Molière
ZOLA Thérèse Raquin

Comédie à sketchs de Jean-Pierre Martinez

S’il est parfois difficile de démêler le vrai du faux, on peut prendre un malin plaisir à les entremêler.
Pour de rire.

 

Ouvrage publié par les Editions la Comédiathèque
ISBN 978-2-37705-525-8
Mars 2021
53 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 11,00 €

 

Achat du livre

Pour les libraires : voir les conditions de vente (remise 30%)

Pour les particuliers : achat auprès de votre librairie ou en ligne 

Lire le début

1 – La fête des morts

Une tombe, avec un portrait du défunt et une plaque « À la mémoire de Jacky ». Par terre un vieux journal. Deux personnages arrivent l’un après l’autre, chacun avec un pot de fleurs, qu’ils déposent maladroitement devant la tombe. Ils semblent ne pas se connaître, et ils ont l’air embarrassés. Silence.

Un – Toutes mes condoléances.

Deux – Merci...

Un – Vous êtes de la famille, sans doute...?

Deux – Euh... non, pas vraiment. Et vous ?

Un – Moi non plus.

Ils regardent autour d’eux pour vérifier qu’ils sont bien seuls.

Deux – On est peut-être en avance.

Un – Oui...

Deux – Ou en retard.

Un – C’est étonnant qu’on soit si peu nombreux.

Deux – Pourtant... c’était quelqu’un de très apprécié.

Un – Oui.

Deux – Vous le connaissiez ? Enfin, je veux dire... vous le connaissiez bien ?

Un – Pas plus que ça, en fait... Et vous ?

Deux – Moi non plus. D’ailleurs, je vous avoue que je ne sais pas très bien ce que je fais là.

Un – C’est toujours un peu ce qu’on se dit quand on assiste à un enterrement, non ?

Deux – Oui... On vient pour faire plaisir et puis... on finit par se demander ce qu’on fait là.

Un – Pourtant, je m’étais bien juré de ne plus assister à aucun enterrement.

Deux – Oui, moi aussi... Sauf le mien, évidemment.

Un – On a quand même bien fait de venir... sinon il n’y aurait eu personne.

Un temps.

Deux – C’est bien triste...

Un – Ce n’est pas un âge pour mourir, c’est sûr.

Deux – Il avait quel âge, exactement ?

Un – Exactement... je ne sais pas. Mais il n’était pas si vieux que ça, non ? D’après sa photo, en tout cas...

Deux – C’est peut-être une vieille photo.

Un – Peut-être... Vous avez remarqué ? Quand on met une photo sur une tombe, en général, on choisit une photo du défunt quand il était encore jeune et en bonne santé.

Deux – C’est vrai. Une photo de lui avant sa maladie ou... son accident.

Un – Ou... sa décrépitude.

Un temps.

Deux – D’ailleurs, il est mort de quoi, au juste ?

Un – Ah, je ne sais pas...

Deux – Ce qu’on sait, c’est qu’il est mort.

Un – C’est même la seule chose qu’on sait de lui avec certitude.

Silence.

Deux – Elles sont très belles, vos fleurs.

Un – Les vôtres aussi.

Deux – Ce sont les mêmes, non ?

Un – On a dû les trouver au même endroit.

Deux – Oui...

Un – J’ai trouvé les miennes sur une tombe, pas très loin d’ici. Je n’avais pas pensé à acheter des fleurs alors... j’ai pris celles-ci en passant.

Deux – Ah, oui...

Un – Et vous ?

Deux – Pareil. Je n’avais pas d’argent sur moi... Je les ai ramassées sur une tombe, un peu plus loin, là-bas.

Un – Les fleurs, c’est devenu tellement cher, de nos jours.

Deux – Et puis bon, celui à qui on les a volées n’ira pas se plaindre à la police.

Le regard de l’autre tombe sur le journal, par terre.

Un – Je ne sais pas ce qu’il fait là, ce journal... Ils auraient pu le ramasser...

Il ramasse le journal et regarde la une.

Deux – Il n’est pas très bien entretenu, ce cimetière. Je ne sais pas s’il y a un gardien. N’importe qui peut voler des fleurs sur la tombe d’un inconnu.

Un – Tiens c’est curieux, il y a sa photo en première page...

Deux – Sa photo ?

Un – C’est au sujet de sa disparition...

Deux – Et alors ? Il est mort comment ?

L’autre parcourt l’article.

Un – Un carambolage, apparemment.

Deux – Ah oui...?

Un – Il avait trois grammes d’alcool dans le sang, il roulait trop vite, il a franchi une ligne jaune, et il a pris de plein fouet la voiture qui venait en face.

Deux – Ah merde.

Un – Celle qui venait juste derrière n’a pas eu le temps de freiner non plus.

Deux – Plusieurs victimes, donc...

Un – Avec lui, ça fait trois.

Deux – Tout ça à cause d’un chauffard...

Un – Si j’avais su... je ne suis pas sûr que je serais venu.

Deux – Non, moi non plus...

Un – Mais est-ce qu’on avait le choix ?

Ils échangent un regard énigmatique. Nouveau silence. Un troisième personnage apparaît.

 

Deux – Ah... voilà quelqu’un d’autre.

Un – La famille, sans doute.

Le troisième personnage s’approche. C’est celui dont on voit le portrait sur la tombe.

Deux – Ça doit être son frère, il lui ressemble un peu.

Trois – Bonjour... Merci d’être là... Enfin, je veux dire...

Deux – Non, non... C’est normal.

Ils se recueillent un instant en silence.

TroisVous ne m’en voulez pas trop, j’espère...

Les deux autres échangent un regard étonné.

UnPourquoi est-ce qu’on vous en voudrait ? Ce n’est pas vous qui l’avez tué, j’imagine...

TroisNon bien sûr... Encore que, d’une certaine façon...

UnAh oui...?

TroisEn tout cas, merci pour les fleurs.

DeuxIl n’y a pas de quoi, je vous assure...

UnC’est la moindre des choses... (Un temps) Vous êtes... Enfin vous étiez...

Deux – Vous le connaissiez bien...?

Le troisième personnage semble un peu surpris.

Trois – Oui, on peut dire ça.

Deux – C’est vraiment trop bête de partir comme ça... Aussi jeune...

Trois – Oui...

Un – Sans parler des deux autres victimes, qui n’avaient rien demandé à personne.

Deux – L’alcool au volant, quel fléau... On ne le dira jamais assez...

Malaise.

Trois – Enfin, maintenant, on ne peut rien y changer, alors à quoi bon se lamenter ? (Un temps) Je vous sers quelque chose ?

Un – Pardon ?

Trois – Un rafraîchissement ? Une coupette...

Moment de flottement.

Deux – Va pour une coupette. Après tout, ça nous remontera un peu le moral...

Trois – Et puis maintenant, qu’est-ce qu’on risque ?

Le troisième personnage repart.

Un – Pourquoi pas...? Ça se fait de boire un verre à la santé du défunt, non ?

Deux – Vous voulez dire à sa mémoire, sans doute. Parce que boire à la santé d’un mort...

Un – Oui, bien sûr...

Deux – Et puis généralement, on ne trinque pas directement sur sa tombe, si ?

Un – Je crois qu’ils font ça, au Mexique, le jour de la Fête des Morts.

Deux – C’est vrai... mais on n’est pas au Mexique.

Un – Et puis ce n’est pas la Fête des Morts.

Deux – Vous êtes sûr ?

Un – De quoi ?

Deux – Que ce n’est pas la Fête des Morts.

Un – Je ne sais pas...

Deux – En tout cas, on n’est pas au Mexique... Si...?

Silence. Le troisième revient avec trois coupes de champagne sur un plateau, qu’il tend aux autres avec un large sourire. Il tient dans l’autre main une bouteille de champagne, qu’il pose sur la tombe.

Trois – Allez-y, je vous en prie...

Chacun prend une coupe.

Deux – Merci.

Ils semblent tous un peu embarrassés.

Un – Bon, alors à la mémoire de... (Vérifiant sur la plaque) Jacky.

Trois – C’est ça.

Ils lèvent leurs verres, avant de les vider.

Deux – Il est bien frais.

Un – Oui, c’est du bon.

Le deuxième saisit la bouteille et regarde l’étiquette, intrigué.

Deux – Madame Clicquot...?

Trois – Ici, les veuves, ça n’existe plus... Au cimetière, tous les couples finissent par se retrouver un jour ou l’autre.

Un – Bien sûr...

Moment de flottement. Ils boivent à nouveau.

Trois – Ce serait encore meilleur avec des canapés, non ?

Deux – Ne vous dérangez pas, on va rester debout.

Un instant déconcerté, le troisième affiche ensuite un large sourire.

Trois – Ah oui ! Non, je voulais dire, des canapés...

Deux – Oui, j’avais compris... Je plaisantais...

Trois – Je vais les chercher...

Le troisième sort à nouveau, en emportant le plateau.

Un – Des canapés... C’est dingue, non ?

Deux – Oui...

Un – Qu’est-ce qu’il a voulu dire avec son histoire de veuve ?

Deux – Je ne sais pas...

Un – Remarquez, c’est sympa, cet enterrement, non ?

Deux – Oui, ça ressemble un peu à un barbecue entre amis.

Un – Sauf que personne ne se connaît.

Deux – Je n’ai pas bien compris qui c’était... Je veux dire, par rapport au défunt.

Nouveau silence. Il regarde la tombe, et donc le portrait.

Un – Il lui ressemble un peu, non ?

Deux – Je dirais même qu’il lui ressemble beaucoup...

Un – Vous croyez que c’est lui ?

Deux – Comment ça pourrait être lui ? Il est mort...

Un – Je ne sais pas.

Le troisième revient avec cette fois des canapés sur son plateau.

Trois – Et voilà ! Je vous en prie, servez-vous...

Un – Merci.

Ils se servent chacun leur tour.

Deux – Je crois que je vais goûter celui-là.

Un – Oui, ils sont très bons.

Deux – Et puis c’est original, ces canapés, en forme de...

Un – En forme de cercueils.

Trois – Je me suis dit que pour cette occasion...

Deux – Oui...

Ils mâchent leurs canapés.

Un – Ça donne soif...

Trois – Je vais chercher sa petite sœur...

Deux – Sa petite sœur ?

Trois – Une autre bouteille !

Un – Ah, oui...

Il sort à nouveau. Les autres regardent le portrait.

Deux – C’est vraiment lui, non ?

Un – On dirait bien.

Deux – Alors il ne serait pas mort ?

Un temps.

Un – Ou alors, c’est qu’on est morts aussi.

Deux – Oui...

Ils échangent un regard embarrassé.

UnExcusez-moi un instant... (Il s’éloigne un moment et revient) C’est dingue...

Deux – Quoi ?

Un – Il y a la mienne aussi...

Deux – La vôtre ?

Un – Ma tombe.

Deux – Vous êtes sûr ?

Un – Il y a mon nom gravé sur la pierre tombale.

Deux – Ah, oui...

Un – Et puis il y a mon portrait. Quand j’étais plus jeune...

Deux – C’est laquelle ?

L’autre lui désigne une tombe du doigt.

Un – C’est la tombe sur laquelle j’ai pris ce pot de fleurs. Je n’avais pas fait attention...

Silence.

Deux – Dans ce cas... il y a sûrement la mienne aussi.

Un – Possible... (Un temps) Donc, ce n’est pas... un pot de départ.

Deux – Ce serait plutôt un pot de bienvenue.

Un – Pour ne pas dire une pendaison de crémaillère.

Silence.

Deux – Vous vous en souvenez, vous ?

Un – De quoi ?

Deux – Ben... Comment on est morts...

Un – Je ne suis pas sûr, mais...

Il reprend le journal et regarde à nouveau l’article.

Deux – Qu’est-ce qu’il y a ?

Un – Il y a une photo de l’accident.

Deux – Et alors  ?

Un – Les bagnoles ne sont plus que des tas de ferraille mais... je me demande si je ne reconnais pas ma Twingo rouge, là...

Deux – Faites voir... (Il prend le journal et regarde) Ah oui... je n’aurais pas reconnu la mienne, mais... c’est bien ma plaque d’immatriculation.

Un – Alors dans les voitures d’en face, c’était nous...

Deux – Apparemment...

Un temps.

Un – Et il espère se faire pardonner avec son champagne Madame Clicquot...

Deux – Et ses petits fours en forme de cercueils.

Un – Il ne manque pas de culot...

Deux – Je vais le tuer.

Un – Il est déjà mort.

Deux – Et nous aussi...

Le troisième revient, un large sourire sur les lèvres, et une autre bouteille de champagne à la main.

Trois – Je vous ressers ?

Les deux autres lui lancent un regard assassin.

Noir

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