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Catalogue

CONTEMPORAINS

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Amour propre et argent sale
Apéro tragique à Beaucon-les-deux-Châteaux
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Au bout du rouleau
Avis de passage
Bed and breakfast
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Brèves de trottoirs
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Crise et châtiment
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Dessous de table
Diagnostic réservé
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Erreur des pompes funèbres en votre faveur
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Flagrant délire
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Happy hour
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La Représentation n'est pas annulée
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Une soirée d’enfer
Vendredi 13
Vous m'en direz des nouvelles
Y a-t-il un auteur dans la salle?
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CLASSIQUES

BECQUE Comédies Courtes
BECQUE Les Corbeaux
BECQUE Michel Pauper
BERTRAND T. Acteurs, Auteurs, Spectateurs
BERTRAND T. L'Accord parfait
BERTRAND T. Le Costaud des Epinettes
BERTRAND T. Le Danseur inconnu
BERTRAND T. Les Deux Canards
BERTRAND T. Théâtre sans directeur
BERTRAND T. Triplepatte
BERTRAND T. Un perdreau de l'année
BOURSAULT Le Mercure galant
CUREL F. La Nouvelle Idole
DESMARETS Les Visionnaires
FEYDEAU L'Âge d'or
FEYDEAU La Lycéenne
HUGO Mille francs de récompense
LABICHE Si jamais je te pince
MIRBEAU Farces et Moralités
MIRBEAU Le Foyer
RENARD Monsieur Vernet
ROSTAND Les Romanesques
SAND Molière
ZOLA Thérèse Raquin

Sept ans ont passé depuis la fermeture de tous les théâtres en raison de la crise sanitaire. Trois comédiens présumés arrivent sur scène pour un casting. À moins qu’il ne s’agisse d’une lecture publique. Ou même de la première du spectacle… Le problème c’est qu’ils n’ont pas le texte de la pièce. L’auteur ne l’a pas encore écrite. Il va falloir improviser.


4 personnages de sexe indifférent

Ouvrage publié aux Editions La Comédiathèque
ISBN 978-2-37705-523-4
Janvier 2021 
42 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 11,00 €

Achat du livre

Pour les libraires : voir les conditions de vente (remise 30%)

Pour les particuliers : achat auprès de votre librairie ou en ligne 

Lire le début

La scène est vide. Dans la salle, un siège au premier rang est réservé, avec un papier sur lequel est inscrit « critique ». Jacky, le présumé critique, arrive le dernier en marchant à l’aide de béquilles, l’air plutôt mal en point et semblant plus vieux qu’il n’est réellement. Il porte éventuellement une fausse barbe et des lunettes. Il s’installe à sa place. Fred arrive sur la scène depuis les coulisses. Elle jette un regard autour d’elle, hésitante.

Fred – Eh ben... Ils ne se sont pas foulés sur le décor... Encore une production à petit budget. Tant qu’ils ont de quoi payer les comédiens... Ils auraient pu nous offrir un café, au moins... (Elle aperçoit le public.) Ah pardon... Je ne savais pas que c’était en public... Désolée, je... On ne m’a prévenue qu’hier soir et... (Un peu embarrassée) Apparemment, je suis la première... À part vous, bien sûr... (Un temps) Ça fait longtemps que vous attendez ? Rassurez-vous, les autres ne devraient pas tarder à arriver... J’espère... (Elle continue d’arpenter la scène en cherchant une contenance.) Non mais vous pouvez continuer à bavarder entre vous en attendant... Le spectacle n’a pas encore vraiment commencé... Ne vous occupez pas de moi... Et moi... je vais faire comme si vous n’étiez pas là. Je veux dire... comme si la pièce avait déjà commencé, justement. On appelle ça le quatrième mur, vous le saviez ? Le côté où se trouvent les spectateurs. Donc, on fait comme si... il n’y avait personne dans la salle. On sait bien qu’il y a des gens qui nous regardent, puisqu’ils ont payé pour ça mais... Enfin, vous j’imagine que vous n’avez pas payé... (Max arrive à son tour, mais Fred ne le voit pas tout de suite, et il l’écoute soliloquer, un peu étonné.) C’est une convention, quoi. Le comédien sait bien qu’il y a des gens assis là devant la scène, mais le personnage, lui, il fait comme si c’était un mur, et il évite de regarder les spectateurs... Et de leur adresser la parole, évidemment. Pour ne pas casser... la magie du théâtre. L’illusion que sur scène, ce n’est pas seulement des comédiens qui récitent un texte, mais de vrais personnages à qui il arrive réellement des tas de trucs absolument passionnants. C’est comme au cinéma, si vous préférez. L’acteur n’est pas supposé regarder la caméra... Au théâtre, c’est très important de respecter les conventions. Il ne faut surtout pas jouer avec ça, sinon... (Un peu perdue) Tout s’effondre...

Max – Bonjour...

Fred sursaute légèrement.

Fred – Excusez-moi... je ne vous avais pas entendu arriver.

Max – Non, non, c’est moi... Pardon de vous interrompre... Vous répétiez votre texte, j’imagine.

Fred – Mon texte ?

Max – Le texte de la pièce.

Fred – Ah, non, je...

Max – Mais c’est bien ici ?

Fred – Oui, oui, c’est là... je suppose, mais... pour l’instant, il n’y a personne. À part vous et moi, évidemment. Et le public...

Max aperçoit le public.

Max – D’accord... Donc c’est un casting... en public.

Fred – Ah parce que c’est un casting ?

Max – Ce n’est pas ce qu’on vous a dit ?

Fred – Si, si... Enfin, moi, on m’a parlé d’une lecture, plutôt, mais bon... Ça revient au même, non ?

Max – Oui, j’imagine... (Un temps) En revanche... on ne m’a pas donné le texte, et vous ?

Fred – Non, moi non plus.

Max – Ah oui...? Non, parce que comme tout à l’heure je vous ai entendue... réciter un monologue.

Fred – Ah, non, mais je... Je ne récitais pas.

Max – Vraiment ?

Fred – Non, je... J’improvisais.

Max – Vous improvisiez ?

Fred – Enfin, non... Je parlais, c’est tout. Comme on fait dans la vie.

Max – Vous parliez toute seule, donc. Vous... soliloquiez, comme on dit.

Fred – Mais pas du tout ! Je parlais... au public.

Max – Bien sûr.

Un temps.

Fred – Alors à votre avis, quand je parle, je donne l’impression de réciter ?

Max – Je ne sais pas...

Fred – Qu’est-ce que ça doit être quand je récite... Enfin, je veux dire... quand je dis un texte, comme au théâtre...

Max – Oui...

Un temps.

Fred – D’ailleurs, le texte, j’aurais quand même préféré pouvoir le lire avant, pas vous ?

Max – Si... moi aussi.

Fred – Enfin... on est des professionnels, non ?

Max – C’est sûr...

Un temps.

Fred – Et... on sera combien ?

Max – Pardon ?

Fred – Dans la pièce ! C’est une pièce à combien de personnages ?

Max – Au moins deux, en tout cas.

Fred – Oui, bien sûr... Vous et moi...

Un temps.

Max – Trois, je crois.

Fred – C’est ce que j’ai compris aussi, oui. Trois personnages...

Max – Donc on n’attend plus que... le troisième homme.

Fred – Ou la troisième femme.

Max – Oui... Non c’était juste une allusion au film.

Fred – C’est pour un film ? Je croyais que c’était pour une pièce de théâtre...

Max – Le film... Le Troisième Homme...

Fred – Ah, oui... Le... Le film. Excusez-moi, je ne suis pas très réveillée...

Max – Moi aussi, j’aurais bien pris un café.

Silence un peu embarrassé.

Fred – On a rendez-vous avec le metteur en scène, je suppose.

Max – J’imagine que l’auteur sera là aussi.

Fred – Sûrement... Au moins à la première lecture de sa pièce.

Max – Le producteur aussi, probablement. Et ils décideront ensemble. Pour le casting, je veux dire...

Un temps.

Fred – Vous croyez qu’il y a d’autres candidats ? Si c’est un casting...

Max – Je ne sais pas...

Fred – Il me semblait qu’aujourd’hui, c’était plutôt une lecture.

Max – Ou alors... ils ont déjà décidé que ce serait nous.

Fred – Ils ont sans doute été impressionnés par notre expérience professionnelle...

Max – Ou alors ils n’ont pas réussi à trouver d’autres candidats...

Sam arrive.

Sam – Salut ! Je viens pour la lecture.

Fred – Ah, vous voyez bien qu’il s’agit d’une lecture !

Sam – Je ne suis pas trop en retard, j’espère...

Max – Non, non, rassurez-vous. D’ailleurs, pour l’instant, on n’a vu personne.

Sam – OK... (Elle jette un regard autour d’elle et aperçoit les spectateurs, elle est un peu surprise mais reste très à l’aise.) Bonjour tout le monde... Comment ça va bien ? (Revenant à ses deux partenaires) Donc, on va jouer ensemble...

Max – Il semblerait.

Sam – Super.

Un temps.

Fred – J’imagine qu’on ne vous a pas donné le texte non plus.

Sam – Le texte ? Euh... non.

Fred – Ils se disent peut-être que comme ça... on sera plus spontanés.

Sam – Spontanés ?

Fred – Si on ne connaît pas le texte à l’avance.

Max – Oui, peut-être...

Sam – En tout cas, ça nous aura évité de l’apprendre. C’est toujours ça...

Max – Enfin, si on est pris, il faudra bien l’apprendre un jour.

Fred – Oui...

Max – Le texte... Le texte de la pièce...

Un temps.

Sam – À ce propos, vous connaissez cette nouvelle application pour apprendre son texte ?

Max – Imparato ?

Fred – Qu’est-ce que c’est que ça ?

Sam – Vous chargez sur l’application le texte de la pièce que vous devez apprendre, et c’est une voix de synthèse qui vous donne la réplique.

Fred – Une voix de synthèse ?

Max – Une voix artificielle...

Fred – Ah oui...? Non, je ne connaissais pas...

Sam – Oui, c’est super pratique...

Max – À condition d’avoir un texte à charger sur l’application, évidemment.

Fred – Vous verrez qu’un jour, on remplacera aussi les comédiens sur scène par des robots avec des voix de synthèse.

Max – Ça réglerait définitivement le problème de l’intermittence.

Sam – Et quand on aura remplacé les spectateurs par des webcams, ça règlera aussi le problème du confinement.

Fred – Plus de comédiens, plus de spectateurs... Seulement des personnages désincarnés jouant devant des caméras de surveillance.

Max – Comme un dessin animé à la télé.

Fred – Oui... Mais même les personnages de dessins animés ont un texte. Nous, pour l’instant...

Un temps.

Sam – Je ne sais pas ce qu’ils foutent...

Max – Ils vont bien finir par arriver.

Fred – J’espère...

Un temps.

Sam – En tout cas, ça fait plaisir de retrouver les planches, non ?

Fred – Depuis le temps qu’on attendait ça... On n’y croyait plus.

Max – Tous les théâtres fermés pendant sept ans... et aujourd’hui le rideau qui se lève et la lumière qui se rallume.

Fred – Comme si le soleil se levait enfin après une nuit interminable. Nous sommes à l’aube d’un jour nouveau. D’une nouvelle ère, peut-être...

Les deux autres sont un peu surpris par cette envolée lyrique.

Sam – Oui... D’ailleurs ça sent un peu le renfermé, ici, non ?

Max – Sans parler de la poussière. Ils auraient pu passer un coup de balai et aérer un peu.

Sam – D’ici à ce qu’on trouve des cadavres dans les loges et un squelette dans le trou du souffleur...

Bref moment d’inquiétude générale.

Fred – Ça existe encore, les souffleurs ?

Sam – Qu’est-ce qu’ils pourraient bien nous souffler... De toute façon, on n’a pas de texte.

Un temps.

Max – Sept ans...

Fred – Tout ça laissera des traces, mais bon...

Max – Beaucoup ne s’en relèveront pas, c’est clair.

Fred – Des centaines de théâtres en faillite, des milliers de comédiens au chômage, des dizaines de milliers d’intermittents contraints à changer de métier.

Sam – Alors qu’évidemment, ils ne savent rien faire.

Max – À ce qu’il paraît, ce théâtre serait même le seul à envisager de rouvrir ses portes. Tous les autres ont été remplacés par des commerces essentiels : magasins de bricolage, épiceries de luxe, animaleries...

Sam – Mais nous on est là ! Toujours debout. J’ai hâte de commencer, pas vous ?

Max – C’est sûr.

Un temps.

Fred – Vous connaissez le titre ?

Sam – Le titre ?

Fred – Le titre de la pièce ! On n’a pas le texte mais... est-ce qu’au moins on connaît le titre ?

Max – Non...

Fred – Ça nous aurait donné une idée du sujet de la pièce...

Max – C’est vrai. On n’a absolument aucune idée de ce qu’on va jouer.

Sam – Moi, personnellement, je vous avoue que je m’en fous. Pourvu que je joue...

Max – Ça fait tellement longtemps... On serait prêts à jouer n’importe quoi. Des grands classiques jusqu’à... la pire des comédies de boulevard.

Fred – Oui... Pourvu qu’on nous donne un texte... (Silence) Parce que là je vous avoue que... je commence à ne plus trop savoir quoi dire.

Sam – Moi non plus.

Max – On ne va pas pouvoir enfiler des banalités comme ça pendant très longtemps. (Plus bas, en désignant discrètement le public) Ils vont finir par s’impatienter...

Sam – Ça fait déjà combien de temps que c’est commencé ?

Fred – Ah parce que c’est déjà commencé ?

Sam – Non, je veux dire... ça fait combien de temps qu’on est là ?

Max – Je ne sais pas. Je dirais... un petit quart d’heure, non ?

Sam – C’est toujours ça de fait, mais bon...

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