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MIRBEAU Le Foyer
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SAND Molière
ZOLA Thérèse Raquin

Une troupe de comédiens s’apprête à entrer en scène pour un spectacle sur les dernières heures de la vie de Molière. Rien n’est prêt et les difficultés s’accumulent. Jusqu’au vol de la recette du jour… Faut-il annuler la représentation en précipitant ainsi la ruine de ce théâtre au bord de la faillite, ou bien jouer coûte que coûte ?

8 comédiens. La plupart rôles sont indifféremment masculins ou féminins (1H/7F, 2H/6F, 3H/5F, 4H/4F, 5H/3F, 7H/1F)

ISBN 9782377056170
Février 2022
53 pages ; 18 x 12 cm ; broché.
Prix TTC : 12,00 €

 

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Lire le début

Le plateau est nu, à l’exception du fauteuil de Molière, seul décor de la pièce. Un spectateur et une spectatrice, qui sont en réalité des comédiens, sont en train de s’installer quelque part dans la salle. Pendant l’entrée du public, la directrice, qui fait office de metteuse en scène, est déjà là, en salopette de travail, occupée à régler les lumières avec le régisseur, en régie, qu’on ne verra donc pas et qui restera plus ou moins muet. Juchée sur l’escabeau à l’arrière du plateau, de dos, et regardant au plafond, la directrice ne remarque pas les premiers spectateurs qui pénètrent dans la salle pour aller s’asseoir. Les spectateurs ne la remarquent pas non plus, ou bien la prennent pour une technicienne opérant les derniers réglages.

Directrice (interpelant le régisseur) – Pablo ? Oh, Pablo ! Il y a une ampoule qui est grillée, là. Tu aurais pu vérifier, quand même... Je ne peux pas tout faire, moi. Tant pis, on s’en passera, on n’a pas le temps de la changer. De toute façon, je crois qu’on n’en a plus, des ampoules. Eh oui, c’est la crise, mon vieux... Il n’y avait plus un sou dans la caisse pour en racheter. Tu verras... on finira par s’éclairer à la bougie, comme au temps de Molière. (Elle aperçoit finalement le public) Ce n’est pas vrai, ils sont déjà là, eux...? Pourquoi on les a laissés entrer ? Ce n’est pas encore l’heure, non ? Bon ben... Maintenant que vous êtes là, on ne va pas vous demander de ressortir. Mais il faut bien qu’on finisse, nous. Alors messieurs-dames, si vous voulez bien nous excuser encore un instant...

Elle continue d’examiner les projecteurs, et change son escabeau de place pour un autre réglage. Elle s’affaire un instant en silence. Quand le public est installé, elle descend de son escabeau, jette un regard sur la scène, et déplace un peu le fauteuil pour le mettre au centre du plateau.

Directrice – Éclaire un peu le fauteuil de Molière, pour voir ? (Le régisseur éclaire le fauteuil, et elle s’assied dessus) Ça a l’air d’aller, non ? (Elle se lève et s’avance sur le devant du plateau) Vas-y, fais le noir dans la salle, qu’on voit un peu ce que ça donne... (Le noir se fait dans la salle) Ouais... (Elle semble hésiter encore) Tu peux me mettre un peu plus de lumière à l’avant-scène, côté jardin ? C’est là que le fantôme de Molière fera son monologue à la fin. Tu sais... juste avant de jeter un seau d’eau sur les spectateurs du premier rang... (Au public du premier rang probablement inquiet) Non mais rassurez-vous, on est au théâtre. Ce ne sera pas de l’eau qui mouille. On remplacera l’eau par... Je ne sais pas trop, d’ailleurs... (Au régisseur) Pablo, par quoi on peut remplacer de l’eau, pour que ça ne mouille pas, tu as une idée, toi ? (Le régisseur ne répond pas) En même temps, l’eau ça ne tache pas, au moins. (Au régisseur) Bon, Pablo, tu dors ou quoi ? Ça vient, cette douche, à l’avant-scène ? (Au public) Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas vraiment une douche non plus. C’est comme ça qu’au théâtre on appelle une lumière qui tombe sur le comédien juste à la verticale, au-dessus de sa tête. Malheureusement, c’est souvent le seul moment où les comédiens prennent des douches... Eh oui, c’est un métier, qu’est-ce vous croyez ? On a notre jargon, nous aussi. (Le régisseur allume sur le devant du plateau côté jardin la douche qui éclaire la directrice) Attends, je crois qu’elle tombe un peu en biais, cette douche, non ? Éteins, je vais essayer de régler ça. Ah, je vous jure, il faut tout faire soi-même, dans cette maison... Je suis déjà directrice et metteuse en scène. Il faut aussi que je sois électricienne et éclairagiste...

Le régisseur éteint le projecteur tandis que la directrice place l’escabeau à l’avant du plateau et monte dessus. Arrive le directeur du théâtre, dont on peut supposer qu’il est à la fois le partenaire et le conjoint de la directrice. Il est habillé avec une élégance un peu désuète. Il tient à la main la boîte métallique avec serrure contenant la recette de la billetterie.

Directeur – Ah, tu es là ? Je te cherchais partout.

Directrice – Ben oui, je suis là. Où tu veux que je sois ? Je travaille, moi... Le spectacle va commencer, et il n’y a rien qui marche... Ne me dis pas que la représentation est encore annulée ?

Directeur – Non, non, rassure-toi, la représentation n’est pas annulée. Enfin, pour l’instant...

Directrice – J’espère... Parce que ça fait trois fois qu’on annule cette semaine, le public va finir par se lasser... Il n’y a déjà plus grand monde qui vient au théâtre.

Directeur – Eh oui... Qu’est-ce que tu veux...? Avec ces protocoles sanitaires qui changent sans arrêt. Maintenant, il faut passer un check up complet avant d’aller au spectacle.

Directrice – Si on nous avait dit qu’un jour, il y aurait des vigiles à la porte des théâtres, comme à l’entrée des boîtes de nuit... Mais dis-moi, à ce propos... pourquoi les spectateurs sont déjà là ?

Directeur – Oui, tu as remarqué... ils arrivent de plus en plus tôt, non ? Pourtant ils savent bien qu’un spectacle, ça ne commence jamais à l’heure.

Directrice – Vous auriez dû attendre un peu pour les faire entrer. On n’est pas encore prêts, nous...

Directeur – En même temps, avec toutes les annulations qu’on a eu ces derniers temps... autant les faire entrer tout de suite. Au cas où on devrait encore annuler à la dernière minute, au moins ils auront déjà payé.

Directrice – Et on trouvera toujours une bonne raison pour ne pas avoir à les rembourser.

Directeur – Enfin... finissez tranquillement vos petits réglages, et faites comme s’ils n’étaient pas là.

Directrice – C’est ça... (Au public) Et vous, faites comme si on n’était pas là non plus.

Directeur (au public) – Ne vous inquiétez pas, on vous dira quand ce sera vraiment commencé...

Directrice – Et puis quand ce sera fini... le seau d’eau, ça réveillera ceux qui se seront endormis pendant la représentation.

Directeur – Le seau d’eau ?

Directrice – Je t’expliquerai... C’est une pièce... un peu avant-gardiste, tu verras.

Directeur – Je croyais que c’était une pièce sur Molière.

Directrice – Molière aussi, à l’époque, c’était avant-gardiste !

Directeur – En tout cas, il y a du monde, hein ?

Directrice – Oui... Une belle recette en perspective...

Directeur (montrant la boîte) – Elle est là, dans la boîte. (Au public) Merci à tous pour votre générosité.

Directrice – Combien ?

Directeur – Je n’ai pas encore compté, mais la boîte est pleine.

Directrice – On va enfin pouvoir payer les comédiens, alors.

Directeur – Oui, enfin, s’il reste encore quelque chose après avoir payé tout le monde.

Directrice – Tout le monde ?

Directeur – Le vigile, la caissière, les techniciens, le régisseur...

Directrice – Ah parce que le régisseur, il est payé ?

Directeur – Lui, c’est un technicien, ce n’est pas un artiste. Il ne fait pas ça pour son plaisir...

Directrice – Dans ce cas moi aussi, j’aimerais bien être payée... En tant que technicienne, alors. Parce que je te rappelle que je suis metteuse en scène. Je ne suis pas supposée monter sur un escabeau.

Directeur – Ne t’inquiète pas, je sens que le vent va tourner. Le public va revenir au théâtre, tu verras.

Directrice – Il serait temps, parce qu’on est au bord du dépôt de bilan, là... On n’a même plus de quoi racheter des ampoules pour les projecteurs...

Directeur – Avec ce qu’il y a dans la caisse, on pourra le faire, rassure-toi. On pourra peut-être même aller jusqu’à payer les comédiens.

Directrice – En attendant, rends-toi utile... Tu peux me passer le tournevis qui est sur le fauteuil ?

Directeur – Bien sûr... Quand on peut donner un coup de main... (Le directeur pose la boîte sur le fauteuil, prend le tournevis et lui passe) Mais ça fait beaucoup de projecteurs, non ? Vous avez vraiment besoin de tout ça ? Parce que je ne te raconte pas la note d’électricité...

Directrice – Si tu veux, on peut jouer dans le noir, ça coûtera moins cher... et puis ce sera encore plus avant-gardiste.

Directeur – Bon, si c’est absolument nécessaire...

Directrice – On a déjà réduit le décor au minimum, pour limiter les frais. Ça devait se passer au Château de Versailles, finalement ça se passera dans la loge de Molière. On n’a gardé qu’un fauteuil !

Directeur – Quand les acteurs sont bons, on oublie le décor, non ?

Directrice – Parlons-en, des acteurs. Au départ, la pièce était écrite pour dix-sept comédiens, et on est supposés la jouer à trois... Même moi je dois interpréter trois ou quatre personnages, alors que je ne suis même pas comédienne.

Directeur – Si on veut jouer la pièce au Festival d’Avignon, on ne va quand même pas partir à dix-sept ! Ou alors il nous faudrait un autocar... Il faut être raisonnable aussi...

Directrice – Tu as raison... Je pense qu’en retravaillant encore un peu le texte, je peux en faire un seul en scène.

Directeur – C’est quoi cette pièce, d’ailleurs, je n’ai pas bien compris ?

Directrice – La représentation est annulée.

Directeur – La représentation est annulée, tu es sûre ? Mais enfin pourquoi ?

Directrice – La représentation est annulée, c’est le titre de la pièce.

Directeur – Ah, d’accord... Tu parles d’un titre à la con.

Directrice – C’est vrai que ça peut prêter à confusion. En même temps, c’est bien dans l’air du temps, non ?

Directeur – Enfin, le public est venu quand même, c’est le principal.

Directrice – Oui... Il faut vraiment qu’ils soient motivés...

Directeur – Mais on les sent un peu inquiets, non ?

Directrice – Ils n’ont peut-être pas tort de se méfier.

Directeur – Quand on va voir de son plein gré une pièce dont le titre est « la représentation est annulée », on ne peut pas demander à se faire rembourser si c’est vrai.

Directrice – C’est clair.

Directeur – Et ça parle de quoi, exactement, ce chef d’œuvre ?

Directrice – C’est l’histoire des dernières heures de Molière, juste avant sa mort. La troupe s’apprête à entrer en scène, mais Molière a un malaise. Il hésite pour savoir s’il doit jouer malgré tout. Ou s’ils doivent annuler la représentation.

Directeur – Et alors ?

Directrice – Et alors... ils sont au bord de la faillite, comme nous. Ils doivent jouer coûte que coûte. Pour ne pas avoir à rembourser le public.

Directeur – C’est une pièce sur le théâtre, quoi.

Directrice – C’est ça. Une pièce sur les grandeurs et les servitudes de la vie de saltimbanque.

Directeur – Bon, ce n’est pas tout ça, mais il va falloir y aller maintenant.

Directrice – C’est sûr. Parce qu’une pièce qui s’appelle « la représentation est annulée »... on ne peut pas l’annuler.

Directeur – Eh oui... Qu’est-ce qu’on dirait au public ?

Directrice – Personne ne nous croirait. Ils se diraient, c’est dans la pièce...

Directeur – Allez, je vous dis merde.

Directrice – C’est ça, moi aussi, je t’emmerde.

Directeur – Accroche-toi au tournevis, je retire l’escabeau.

Directrice – Très drôle.

Directeur – Oui, j’aurais dû faire comique, moi aussi...

Le directeur sort en oubliant la caisse sur le fauteuil. La directrice descend de l’escabeau.

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